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Économie

François Legault est un illettré financier

20 août 2012 | Yves Bonneau | Commenter

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On a beaucoup parlé de littératie financière depuis les deux dernières années. On ne sait pas trop ce que le chef de la Coalition avenir Québec a appris dans ses cours d’économie 101, ou ce qu’il fumait, mais François Legault est un cancre. Désolé. Pas vraiment.

Affirmer sans nuances que les Québécois n’ont pas confiance envers les conseillers financiers pour gérer leurs épargnes constitue une démonstration claire de la vacuité des connaissances de M. Legault sur le secteur des services financiers.

M. Legault nous a habitué déjà à ses dérapages, mais il faut convenir qu’il s’est surpassé en campagne électorale. Nos concitoyens anglophones ont une expression colorée pour illustrer la chose : on dira qu’il s’est mis un pied dans la bouche… J’ajouterai, pour faire un perronisme :… jusqu’à l’omoplate!

Avouez qu’il faut quand même le faire. Un homme qui prétend vouloir gérer la destinée de la province pour les cinq prochaines années, qui se présente comme un homme d’affaires, entrepreneur prospère, qui dit comprendre le monde financier et qui coule son premier petit test en se mettant à dos quelque 40 000 personnes. Bravo!

Il faudrait dire aux conseillers politiques de M. Legault de faire leurs devoirs et d’aider M. Legault à saisir l’ampleur de sa bourde tout en lui concoctant un petit cours de base.

On veut bien que le chef de la CAQ ait des opinions. Qu’il ait sa propre idée sur la gestion des RVER est tout à fait légitime. Mais ça ne passe plus quand les raisons pour justifier la gestion caquiste du RVER sont exprimées ainsi :

« L’argent serait administré par une institution gouvernementale (NDLR : la RRQ et la CDP), histoire de redonner confiance aux Québécois qui craignent de voir leurs épargnes dilapidées », a-t-il dit en entrevue à la Presse Canadienne. Et d’ajouter : « Les Québécois seraient plus enclins à épargner s’ils sont en confiance ». Selon M. Legault, le plan libéral fait fausse route en confiant l’administration des actifs à des gestionnaires privés et les citoyens seraient devenus méfiants envers ces derniers, appuyant son propos en disant que les Lacroix, Jones et compagnie avaient miné pour longtemps la confiance de la population à l’égard des entreprises qui investissent les fonds des citoyens.

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller.

Comme si au lendemain de ces scandales, la majorité des Québécois avait décidé de mettre leurs épargnes sous leurs matelas! Comme si les Desjardins, Standard Life, Banque Nationale, Banque Laurentienne, Industrielle-Alliance et autres étaient des entreprises louches et que les conseillers qui œuvrent dans le réseau étaient des parias. M. Legault doit aussi comprendre que, en matière de professionnalisme, les conseillers n’ont rien à envier aux autres professions. Le taux de radiation des conseillers est équivalent à celui des notaires et moitié moindre que celui des avocats. Étonnant non?

Il faudra rappeler à M. Legault qu’environ 160 000 personnes travaillent dans l’industrie des services financiers, que le PIB de cette industrie au Québec représente près de 18, 5 % du PIB de la province et que les quelque 40 000 conseillers servent avec rigueur et professionnalisme autour de 2,5 millions de clients (en accordant une moyenne très prudente de 60 clients par conseiller). Dans un sondage Accenture récemment publiée, 51 % des répondants disent demander conseil à un conseiller pour les aider. Une personne sur deux, M. Legault. Quand un politicien recueille un vote de confiance pareil, il s’agit d’un exploit. Combien d’électeurs vous font confiance déjà? Un sur quatre. Seriez-vous indigne de confiance pour gérer le Québec, alors?

Dans une autre étude menée pour l’IFIC par Ipsos-Reid en 2009, les ménages bénéficiant d’un conseiller affichant un revenu se situant entre 35 000 $ et 55 000 $ ont près de cinq fois plus d’actifs à investir que les ménages non conseillés. De plus, sur 1037 ménages interrogés, les épargnants qui utilisent les services d’un conseiller sont beaucoup moins susceptibles d’être la cible de fraudes et contribuent deux fois plus à leur REER et leur CELI que ceux qui ne sont pas conseillés. Pour M. Legault, les conseillers sont des bandits à cravate, les cégépiens : des fumeurs de pot, les jeunes : des paresseux; et les dentistes? des arracheurs de dents? Que pensez-vous des politiciens, M. Legault ? Des arrivistes prêts à tout pour accéder le pouvoir?

Cette déclaration simpliste d’un politicien est encore un exemple que les préjugés ont la vie dure, que les manchettes montées en épingle par les médias sur chaque affaire de fraude financière et que les campagnes de publicité jouant sur la peur des épargnants laissent une empreinte marquée dans l’imaginaire de la population, même si 90 % des malversations dépeintes dans les médias n’ont rien à voir avec les professionnels des services financiers. Pourtant, ça continue.

Il faut féliciter le planificateur financier et porte-parole du Regroupement indépendant des conseillers financiers du Québec (RICIFQ), Léon Lemoine ainsi que le conseiller Fabien Major pour avoir dénoncé vigoureusement les propos de M. Legault au nom des conseillers. À part eux, personne n’a publiquement repris le flambeau. L’insulte du chef de la CAQ touchait pourtant également les institutions… On comprend que vous êtes fâchés en coulisse et que vous préfériez la discrétion, mais vous ne trouvez pas qu’il y a des limites à laisser les conseillers se défendre seuls? Je dis ça comme ça. Pour les conseillers, l’affaire est classée depuis longtemps. Comme personne ne prendra votre parti, vous devriez résolument appuyer et joindre en masse les rangs du RICIFQ. Quand vous serez 40 000 au RICIFQ, plus un seul politicien n’osera alors faire de millage politique sur votre dos!

Cet article est tiré de l’édition de septembre du magazine Conseiller. Consultez-le en format PDF.

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