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Gérer les finances d’un athlète : un sport extrême?

31 octobre 2017 | La rédaction | Commenter

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ski_fils_pere_famille_hiver_425Avec un père comptable fiscaliste, Alexandre Bilodeau, 30 ans, double médaillé d’or en ski acrobatique aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010 et de Sotchi en 2014, a appris très tôt à gérer son argent. Il le fallait bien : quand on est athlète, la sécurité d’emploi n’existe pas! 

La gestion de patrimoine et d’image de marque des athlètes olympiques étaient au cœur du séminaire organisé hier par Gestion de patrimoine Blue Bridge. L’événement portait notamment sur le défi de gérer un actif sur une dizaine d’années, contrairement à une quarantaine d’années pour un salarié moyen.

Plusieurs sportifs de haut niveau étaient sur place, dont Alexandre Bilodeau. Conseiller lui a posé six questions.

Conseiller : En quoi la situation d’un sportif de haut niveau diffère-t-elle de celle de M. et Mme Tout-le-Monde?

Alexandre Bilodeau : Les finances des athlètes sont différentes de celles de la majorité de la population, notamment sur le plan de la sécurité d’emploi, qui est totalement absente. J’ai toujours pensé qu’un athlète était un entrepreneur et je me suis toujours considéré comme tel. Je vois le sport comme un investissement. Au début, c’est plus difficile parce qu’il faut que tu investisses dans ta business, qui est en fait toi-même puisque c’est toi le produit. Les revenus ne sont pas toujours là. La situation peut s’améliorer quand tu deviens plus connu. Quand on figure parmi les meilleurs au pays, on a de la facilité à trouver des partenaires financiers.

Dans le sport de haut niveau, au début ça peut coûter très cher, et ça peut ensuite coûter encore plus cher. Au Canada, dans mon sport, qui était le ski acrobatique, si on n’est pas dans le top 10 mondial, il est très difficile d’en vivre. Souvent, les contrats que les athlètes doivent signer stipulent que la rémunération est liée à la performance, donc au nombre de victoires ou de podiums, et aux retombées que cela génère dans les médias. Évidemment, en cas de blessure tout peut s’arrêter et les revenus peuvent chuter d’une année à l’autre.

C : Concrètement, comment ça s’est passé? 

A. B. : Durant ma carrière internationale, notamment quand je faisais partie du top quatre mondial, j’ai pu réduire mes dépenses au maximum, par exemple en ayant une grand partie de mes frais de déplacement payés par l’Association canadienne de ski acrobatique. Et dans le même temps, les revenus ont suivi. À ce moment-là de ma carrière, j’étais conscient que je faisais un certain montant d’argent et j’arrivais à en mettre de côté chaque année. Mais à la fin, je me demandais : à quel point est-ce que je veux m’améliorer et investir dans ma business? À quel point est-ce que je veux avoir de nouvelles ressources qui vont me permettre d’aller chercher encore davantage de performance, et donc de revenus? Est-ce que je réinvestis des fonds pour trouver de meilleurs entraîneurs ou un meilleur psychologue sportif? Donc j’étais en questionnement : est-ce que je sauve de l’argent pour ma préretraite ou pour financer ma prochaine carrière? Dans le sport extrême qui était le mien, on ne sait jamais ce qui peut se passer, donc j’ai essayé de maximiser mes revenus.

 

C : Comment avez-vous fait pour gérer vos finances tout en pratiquant votre sport?

A. B. : J’ai eu la chance d’être initié aux finances et à la valeur de l’argent assez tôt dans ma vie par mon père, qui était comptable fiscaliste. J’ai aussi eu la chance d’avoir des parents qui avaient les moyens de me laisser faire des camps d’entraînement à l’extérieur du pays quand j’étais jeune, ce qui m’a donné la possibilité d’atteindre mon plein potentiel dans mon sport. Mais ils n’ont jamais oublié de m’inculquer ce qu’était la valeur de l’argent pour que je puisse bien la comprendre. J’ai toujours vu la valeur de ce qu’ils me permettaient de faire, j’ai toujours vu les chèques que mon père faisait pour moi. Pour moi, ça a toujours été clair, et c’est sans doute pour ça qu’aujourd’hui je suis comptable même si j’ai toujours eu un intérêt pour ces questions-là. Je pense qu’il est très important de comprendre tout ça à un jeune âge; après, quand on vieillit et qu’on commence à avoir ses propres revenus et ses propres dépenses, on devient plus capable d’établir des budgets et de prévoir ce qu’il faut mettre de côté.

C : Avez-vous été aidé par des professionnels pour placer votre argent?

A. B. : Je n’ai jamais contacté de planificateurs financiers, parce que j’ai depuis le début planifié moi-même mes affaires et mes budgets. Cela dit, j’ai consulté des conseillers et j’ai un broker qui fait des investissements pour moi et qui s’occupe de gérer mes finances, parce que je ne peux pas prétendre que je m’y connais suffisamment là-dedans et qu’il y a des spécialistes qui sont meilleurs que moi pour maximiser mes profits.

Au début, mon père m’a beaucoup aidé en me conseillant, surtout qu’au Canada il existe certains avantages fiscaux destinés à aider les sportifs. Pour que l’argent que je gagnais soit bien géré, je l’ai placé dans une fiducie d’athlète amateur qui permet de le mettre à l’abri de l’impôt jusqu’à sept ans après la retraite. Donc j’ai utilisé plusieurs leviers qu’il fallait connaître pour maximiser l’effet financier de ma carrière sportive. Là-dessus, encore une fois, mon père m’a beaucoup aidé mais j’ai aussi su rapidement à qui m’adresser lorsque j’avais des questions. Dans ce domaine, il est primordial pour un athlète d’avoir un bon entourage et de bons conseillers. Il y a certains athlètes qui ne veulent pas toucher aux chiffres. Mais dans ce cas, il faut faire attention. Il faut au moins savoir à qui s’adresser et à qui poser les bonnes questions pour ne pas se faire avoir.

C : Y a-t-il une erreur que vous regrettez d’avoir commise ou un « bon coup » que vous avez réussi?

A. B. : Comme ce n’est pas moi qui gère mes investissements, je ne peux pas dire que j’aie commis des erreurs en tant que telles, ni réussi de « bons coups », d’ailleurs. D’une façon générale, je suis plutôt prudent dans mes investissements et je suis aussi quelqu’un d’assez économe. Cela dit, si on parle d’erreur, c’est probablement en immobilier qu’il peut y avoir des risques. Des fois, on peut s’emporter et faire des choix qu’on regrette. On dit que la pierre est une valeur sûre, mais j’ai déjà connu des problèmes avec ça. J’avais acheté un premier condo, qui s’est révélé être un très bon investissement, avant de rencontrer ma femme et de déménager dans un espace plus grand. Il s’agissait d’un achat en prévente d’un penthouse, dans le Vieux-Montréal. Je pensais que ce serait une très bonne affaire, mais finalement ça n’a pas du tout été le cas. On avait mal vérifié certaines choses et, de son côté, le promoteur ne nous avait pas non plus forcément donné toute l’information… Résultat : dans ce cas, mon plus gros investissement n’a pas été une valeur sûre!

C : Quels conseils donneriez-vous à de jeunes athlètes en matière de finances personnelles? Y a-t-il des pièges à éviter?

A. B. : La première chose qu’il faut éviter, c’est de penser qu’on connaît tout! Si on se lance tête baissée, on risque de frapper un mur. Donc il faut absolument se renseigner pour savoir où s’adresser et avoir les bonnes ressources autour de soi. Il est également important de développer une relation de confiance avec ces professionnels, et ne pas se laisser influencer par tout ce qu’on peut entendre autour de soi ou lire dans les grands médias. Dans ce cas, la valeur sûre consiste à bien s’entourer!

Gestion de patrimoine Blue Bridge

Gestion de patrimoine Blue Bridge a « l’ambition de devenir une référence auprès des athlètes, indique Alexandre Vignola-Côté, chargé des communications de la firme. Notre but est d’aider tous ceux et celles qui bénéficient d’une rémunération en contrepartie de leur activité sportive. En planifiant et en plaçant efficacement leur revenu dès le début de leur carrière sportive, ces sportifs de haut niveau pourront disposer d’une épargne fructifiée afin de développer leurs projets d’après carrière ».

L’offre de Blue Bridge comprend « un éventail de services, incluant la mise à disposition de notre réseaux de contacts de professionnels, la gestion de patrimoine, les conseils personnalisés, le soutien moral et le soutien financiers par l’octroi de bourses », ajoute-t-il.

« LE PARCOURS D’UN SPORTIF EST ATYPIQUE »

En effet, souligne-t-il, « le parcours d’un sportif est atypique, court et spécifique ». Ainsi, « la gestion de sa carrière n’est pas la même que celle d’un particulier, puisque ce dernier s’appuie sur un horizon d’environ 40 ans pour gérer ses avoirs et préparer sa succession, alors qu’un athlète ne dispose que de 10 à 12 ans en moyenne ».

Selon Alexandre Vignola-Côté, la société de gestion de patrimoine poursuit quatre objectifs : donner à chaque sportif, incluant les plus jeunes, les bons réflexes de gestion budgétaire, d’optimisation patrimoniale et de prévoyance; leur offrir des conseils en matière de gestion de patrimoine; leur dispenser des conseils en assurances afin de veiller à leur donner un plan d’assurance spécialisé et adapté à chacun en cas de blessures ou de perte de capital, par exemple; leur proposer des conseils en matière d’image.

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