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Économie

Hausse continue du prix des ressources : une bonne nouvelle pour le Canada?

2 juin 2011 | Alexandre Daudelin | Commenter

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ressources_naturelles_80Dans le contexte d’un nouvel ordre économique mondial, les retombées d’une hausse des prix des marchandises ne sont plus aussi positives pour le Canada que par le passé, selon un rapport de Marchés mondiaux CIBC inc.

Pour Avery Shenfeld, économiste en chef à la Banque CIBC, les abondantes ressources naturelles du Canada constituent incontestablement une bénédiction à une époque où les matières premières coûtent de plus en plus cher alors que les prix des biens manufacturés, qu’il s’agisse de vêtements ou de produits de haute technologie, semblent diminuer sans cesse », indique-t-il. « Cependant, une progression des prix des marchandises est moins susceptible que par le passé de stimuler la croissance et de mener le Canada à une situation de plein emploi. »

En fait, selon une analyse par la Banque CIBC de la relation existante entre les prix des marchandises du Canada et le produit intérieur brut des États-Unis et du Canada, une forte progression des prix du panier de ressources a eu tendance à réduire légèrement le niveau du PIB canadien depuis 1995 au lieu d’exercer une incidence positive de un pour cent comme auparavant.

Moins lié à l’économie américaine
Les recherches menées par la Banque CIBC ont permis de mettre en lumière certains facteurs expliquant cette évolution. Par exemple, lorsque les prix des ressources augmentaient du fait de la demande par le passé, cela était attribuable à la prospérité économique des États-Unis, ce qui était propice pour les autres exportateurs canadiens dans les secteurs non liés aux ressources.

« Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les prix du cuivre, du coton, du pétrole, de l’or et d’autres ressources négociées à l’échelle mondiale ont tous atteint des niveaux jamais vus depuis plusieurs années bien que l’économie américaine affiche un écart de production de 5 % », souligne M. Shenfeld. « Au lieu d’être en pleine expansion, les États-Unis voient leur économie freinée par la situation désastreuse de leur marché de l’habitation et, dans une certaine mesure, par les prix élevés du pétrole qui ont eu l’effet d’une taxe sur les consommateurs américains. »

Ces prix élevés du pétrole ont eu les mêmes conséquences au Canada et absorbé une part plus importante des revenus et des ventes au détail. De plus, puisque le pétrole occupe une plus grande place dans le panier de marchandises du Canada, ces hausses influent plus sur les dépenses de consommation qu’avant.

« Par le passé, le panier de marchandises du Canada était bien diversifié et incluait des éléments très influents, tels les produits forestiers, qui ne font pas partie des composantes les plus déterminantes de l’IPC », explique M. Shenfeld. « Au cours des dernières décennies, la part de l’énergie, et particulièrement celle du pétrole, dans le panier de marchandises a crû, ce qui fait qu’une hausse de l’indice des prix à la consommation de la Banque du Canada exerce sur le pouvoir de dépenser réel des consommateurs une influence plus forte que celle qu’elle pouvait avoir précédemment lorsque les biens industriels y occupaient une plus grande place. »

La valeur du dollar canadien
Autre élément à considérer dans l’analyse des conséquences de la croissance des marchandises, la valeur du dollar canadien, qui est liée beaucoup plus étroitement aux prix des marchandises depuis 1995. Au cours des récentes remontées des prix des ressources, on a vu les investisseurs investir plus massivement dans des instruments comme les fonds cotés en bourse et acheter des « biens durables » en réaction aux craintes concernant une dévaluation du dollar américain. Ces mêmes craintes poussent les investisseurs à chercher dans le dollar canadien une solution de rechange au dollar américain.

Bien que l’appréciation du huard ait pour effet d’accroître le pouvoir d’achat des Canadiens qui ont un emploi, elle constitue également pour les exportateurs des secteurs non liés aux ressources un frein dont découle un « syndrome hollandais » qui rend l’atteinte du plein emploi plus difficile, selon M. Shenfeld.

« Ce syndrome hollandais qui touche le secteur manufacturier canadien a fait en sorte que les excédents commerciaux liés aux pièces d’automobiles, à l’équipement ferroviaire et à d’autres biens manufacturés ont laissé la place à des déficits, ce qui fait que les marchandises sont devenues la seule source de surplus commercial pour le Canada à la fin de la dernière période d’expansion et que notre devise est encore plus étroitement liée à celles-ci », dit-il.

L’incidence nette de cette conjoncture est que le coup de fouet à la croissance découlant de l’augmentation des dépenses en immobilisations dans le secteur des ressources est amorti en partie par l’influence du dollar canadien sur les autres exportations, comme le montre le fait que le Canada a perdu environ un quart de la part qu’il détenait auparavant dans les importations nominales des États-Unis, le Mexique ayant augmenté la sienne au cours de la même période.

« La résultante de toutes ces forces est qu’au cours des dernières décennies, les envolées des prix des marchandises étaient associées à une appréciation moins importante du dollar canadien, à une croissance plus forte aux États-Unis, à un plus grand dynamisme du secteur manufacturier canadien et à une progression plus considérable des volumes d’exportation de nos ressources qu’au cours des deux phases d’expansion que nous avons connues depuis l’an 2000 », conclut M. Shenfeld.

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