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Hedge Fund : entre BD et réalité

30 mars 2016 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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hedge_fund_strategie_chaosHéros déchu, écroulement de l’économie grecque et spéculation débridée, voilà ce que propose La stratégie du chaos, le troisième et ultime tome de la trilogie de bandes dessinées Hedge Fund, dont le scénario est campé dans l’univers financier.

Rien ne va plus pour le jeune courtier français Franck Carvale, héros de la série. Le rôle majeur qu’il a joué dans la crise des subprimes au cours du deuxième tome l’a conduit tout droit à une peine d’emprisonnement « exemplaire » de cent ans. Ce n’est donc pas en salle des marchés que le troisième tome de la trilogie s’ouvre, mais bien derrière les barreaux.

Alors que son ancienne petite amie, l’avocate Kate Delacy, tente de trouver une faille pour le faire sortir de là, Carvale met à profit ses connaissances des marchés financiers pour conseiller des membres de la mafia.

Pendant ce temps, son ancien mentor, Ergyu Bilkaer, s’est tourné vers la spéculation sur la dette grecque, la nouvelle obsession des financiers peu scrupuleux. C’est d’ailleurs autour de la crise de la dette dans la zone euro que s’articule le récit du dernier album de la série.

« On a essayé d’aller progressivement du précis au plus large tout au long de la trilogie. Dans le premier tome, on s’est concentré sur les marchés financiers. Dans le deuxième, on a abordé les répercussions de la haute finance sur les gens ordinaires. Dans le troisième, on s’est intéressé aux impacts de la spéculation financière sur les États », explique Tristan Roulot, coscénariste de la série Hedge Fund.

OBJECTIF ÉDUCATIF

Malgré sa trame narrative remplie de rebondissements, la trilogie de bandes dessinées poursuit également un objectif didactique.

« On tente de décrypter le monde qui nous entoure par l’entremise de la finance et de l’économie, de rendre tout ça un peu plus digeste », souligne l’auteur.

Dans cette quête des plus délicates, Tristan Roulot peut compter sur les connaissances financières de son coscénariste et ami Philippe Sabbah, consultant dans le domaine de la gestion d’actifs.

« En multipliant les approches en matière d’éducation financière, je pense que les gens vont finir par mieux comprendre certaines notions très techniques et difficiles à vulgariser, comme les obligations et les dettes d’État », soutient M. Roulot, qui cite en exemple le film The Big Short (Le casse du siècle).

Le film, sorti en décembre dernier, aborde les années précédant la débâcle de 2008, où des spéculateurs financiers avaient anticipé la crise des subprimes et ce qui s’en est suivi.

« Beaucoup de lecteurs nous ont dit qu’ils avaient tout compris dans le film grâce à nos bandes dessinées. Ça nous indique qu’on a atteint notre objectif. Je crois que la crise de 2008 a eu pour effet de réveiller bien des gens. Même Hollywood s’est emparé du sujet », estime l’auteur.

LUDIQUE MALGRÉ TOUT

Même si Hedge Fund se veut avant tout un ouvrage ludique, Tristan Roulot admet que sa lecture demande un minimum de concentration.

« Notre lectorat est, dans l’ensemble, assez éduqué. Cela dit, il est autant constitué de libéraux, qui apprécient la justesse de l’univers financier dépeint, que d’antilibéraux, qui se sentent interpelés par la critique sociale de la trilogie. »

L’univers très réaliste dans lequel est campé Hedge Fund n’a cependant pas empêché ses créateurs d’injecter un peu de fiction pour donner du rythme à l’aventure et diversifier les lieux.

« On ne veut pas trop basculer dans le technique non plus. L’idée, c’est de rester dans le divertissement. Au fond, Hedge Fund, ce sont des personnes qui parlent. En ajoutant du drame avec parcimonie, on peut sortir des bureaux, créer des tensions », mentionne le bédéiste.

La fin de la trilogie ne marque pas pour autant la fin des aventures de Franck Carvale. Devant le succès commercial de Hedge Fund et l’enthousiasme de l’éditeur, un quatrième album de « BD financière » est prévu pour la fin de l’année.

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