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Henri-Paul Rousseau quitte la Caisse de dépôt et placement du Québec

2 juin 2008 | Commenter

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Le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, a annoncé vendredi qu’il démissionnait. En poste à la Caisse depuis le 1er septembre 2002, il se joindra à Power Corporation et à la Corporation Financière Power dès le 1er janvier 2009, où il sera proposé comme candidat à l’élection aux conseils d’administration et comme vice-président du conseil des deux sociétés.

Entre-temps, M. Rousseau agira, jusqu’au 31 août 2008, comme conseiller pour le conseil d’administration et la direction de la Caisse, pour permettre une transition ordonnée. Richard Guay, chef de la direction du placement à la Caisse depuis 2006, le remplacera jusqu’à la nomination d’un nouveau président et chef de la direction.

M. Rousseau explique sa démission par le fait que la publication des résultats 2007 de la Caisse ait coïncidé avec la fin d’un premier mandat de cinq années à la direction de l’institution et que, « comme la nouvelle loi sur la Caisse, adoptée en 2004, fixe à cinq ans la durée des mandats du président et chef de la direction, le moment était également propice à un changement à la direction, d’autant que les six prochains mois seront consacrés à l’élaboration du nouveau plan stratégique 2009-2011. En ce qui me concerne, à 60 ans, cette fenêtre était indiquée pour relever un nouveau défi professionnel dans le secteur privé. »

Le président du conseil, Pierre Brunet, a louangé M. Rousseau au nom des administrateurs de la Caisse en soulignant que, sous sa direction, l’institution s’était classée parmi les premiers cinq centiles des gestionnaires de grandes caisses de retraite canadiennes. De plus, entre 2002 et 2007, l’actif net des déposants avait doublé, passant de 77,7 milliards à 155,4 milliards de dollars et le rendement global moyen de la Caisse avait été de 12,4 %. Par ailleurs, M. Brunet affirme que, lors du mandat de M. Rousseau, avaient été adoptées de nombreuses réformes qui ont modernisé la gestion de l’institution et redéfini les relations avec ses déposants. En outre, l’Assemblée nationale a adopté une nouvelle loi constitutive clarifiant la mission de la Caisse et améliorant ses règles de gouvernance.

M. Brunet a aussi voulu souligner le leadership de M. Rousseau durant la crise du PCAA en août 2007. « Son rôle a été déterminant pour éviter une liquidation désordonnée d’actifs de qualité qui aurait affecté non seulement le portefeuille de la Caisse, mais également l’économie canadienne. De nombreux acteurs de l’industrie financière canadienne et internationale ont été témoins de ce leadership. »

Le prédécesseur de M. Rousseau, Jean-Claude Scraire, quant à lui, n’a pas été surpris par la durée du mandat de son successeur, mais par la façon dont s’est effectué son départ. « Habituellement, les présidents de la Caisse ne préparaient pas, ne discutaient pas, avant leur départ, avec des entreprises, souligne-t-il. Ils n’annonçaient donc pas où ils allaient puisqu’ils ne le savaient pas. Ce qui m’étonne, c’est qu’il ait discuté de ça avec Power Corporation avant d’annoncer son départ. »

M. Scraire estime que son successeur a fait un travail honnête dans la gestion de la Caisse. Il s’interroge toutefois sur le désengagement de M. Rousseau face à l’économie du Québec et juge qu’il quitte l’institution un peu brusquement à un moment où la question du papier commercial n’est pas encore réglée.

Comme le veut le décret de 2002, M. Rousseau recevra une indemnité de départ équivalant à son salaire de base pour une année et sera admissible à la prestation de retraite. Pour éviter toute situation de conflit d’intérêt ou d’apparence de conflit d’intérêt, ses actifs personnels continueront aussi d’être gérés par une fiducie sans droit de regard jusqu’au 31 décembre 2008.

Réactions au gouvernement
La démission du président et chef de la direction de la CDPQ a pris tout le monde par surprise, incluant au gouvernement. La présidente du Conseil du Trésor et ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, dit regretter la décision de M. Rousseau et aurait voulu qu’il reste à la Caisse. « J’estime que cet homme est un homme remarquable, plein d’énergie, brillant, avec une connaissance économique également, avec un charisme qu’il transportait dans l’organisation et même à l’intérieur du gouvernement, affirme-t-elle. C’est une grosse perte pour le gouvernement. »

« Tout le temps qu’il a été là, il s’est situé au 5 % du haut de l’échelle du type d’investisseurs, ajoute-t-elle. Par conséquent, il a eu des résultats remarquables et même durant la dernière année au niveau des papiers commerciaux, il a eu des résultats encore bien au-dessus que le milieu avait eus. » Elle considère que M. Rousseau a joué un rôle déterminant dans la résolution de la crise du PCAA.

Le chef de l’ADQ, Mario Dumont, ne partage pas l’avis de Mme Jérôme-Forget. Bien qu’il souhaite bonne chance à M. Rousseau, il déclare : « Lorsqu’un jour je me suis rendu compte que la Caisse de dépôt avait plus d’argent, ou autant d’argent disons, dans le papier commercial – des placements de moindre qualité et à haut risque – que dans toutes les entreprises de l’économie du Québec, ça m’a inquiété. »

Pour ce qui est du porte-parole du Parti québécois en matière de développement économique et de finances, François Legault, il déclare que le départ de M. Rousseau permettrait de débattre du rôle de la Caisse. Ce débat, dans le cadre duquel l’avis des déposants et des syndicats serait sollicité, devrait avoir lieu avant que le gouvernement ne nomme un successeur à M. Rousseau, afin que celui-ci adhère à ces objectifs.

Au début de son existence, la Caisse faisait du développement économique du Québec son principal cheval de bataille, mais dernièrement ce rôle a pris le deuxième rang, précise M. Legault. Il croit que l’objectif de développement économique du Québec devrait primer ou au moins être sur un pied d’égalité avec celui de rendement.

« Depuis quatre ans, depuis l’adoption de la nouvelle loi par le gouvernement Charest, de beaux fleurons de notre économie – Domtar, Abitibi-Consolidated, Alcan – ont été vendus à des intérêts étrangers, sans que la Caisse de dépôt sente qu’il y avait, dans son mandat, des préoccupations à y avoir et un objectif de maintien des centres de décision », dit-il.

M. Legault craint la perte d’autres fleurons de l’économie québécoise dans les prochaines années, comme la Banque nationale, Bombardier, SNC-Lavalin et CGI et croit que la vente de ce genre d’entreprises serait négative pour l’économie du Québec.

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