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« Ici météo-longévité »

23 septembre 2013 | Yves Bonneau | Commenter

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Partout en Amérique du Nord, les caisses de retraite comme la Régie des rentes du Québec (RRQ), Omers ou Teachers’ vivent les mêmes difficultés depuis 20 ans : trouver la formule miracle qui assurera la pérennité de leurs actifs.

Entre 1993 et 2013, le taux de cotisation à la Régie des rentes du Québec a été révisé douze fois, passant de 5 % à 10,2 %.

Bien entendu, rien de ce qui est arrivé sur les marchés au cours des 20 dernières années n’était prévisible, de même que ce qui s’y produira dans les 20 prochaines. Il n’en demeure pas moins qu’il faut s’assurer que les fonds de retraite des travailleurs, comme les fonds de vos clients, ne s’épuisent pas avant terme.

C’est ici que nos amis les actuaires entrent en scène.

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller.

Depuis deux décennies, les actuaires, dont la devise au Canada est « Voir au-delà du risque », ont essuyé de nombreuses critiques pour les conseils de courte vue qu’ils ont prodigués aux grandes caisses de retraite du monde industrialisé. Leurs scénarios et projections ont été maintes fois mis à mal et ont fait l’objet de différentes révisions, comme en témoignent les nombreux ajustements à la hausse des taux de cotisation des participants à des régimes de retraite.

Malgré les modèles informatisés ultra-modernes, les projections mathématiques, les données historiques et autres outils qui servent à intégrer la multitude de données nécessaires à produire les évaluations actuarielles, force est de reconnaître qu’il s’agit d’une science… plutôt inexacte.

Les mauvaises langues disent que les actuaires ne réussissent pas mieux que les météorologues avec leurs prévisions. On serait porté à le croire lorsqu’on voit les régimes de retraite contraints de produire un, deux, voire trois rapports actuariels pour amender une analyse actuarielle de référence.

Bref, les actuaires sont moins populaires que les Miss Météo et comme un malheur n’arrive jamais seul, la dernière étude de la CIA (non, nous ne sommes pas dans l’espionnage!) ou ICA en français (Institut canadien des actuaires) nous apprend que leur pire cauchemar est en passe de se réaliser.

En effet, l’espérance de vie des Canadiens a encore augmenté. Par exemple, les hommes aujourd’hui âgés de 60 ans ont encore 27,3 ans à vivre; ils n’en avaient que 24,4 en 2012. Pour un fonds de retraite, cette hausse représente un méchant casse-tête puisque… comme vous vous en doutez, nos érudits augures ne l’avaient pas vu venir!

Ces données sur l’espérance de vie sont essentielles pour la composition des tables de mortalité de l’ICA. Ce sont elles qui servent d’étalons aux gestionnaires de caisses pour le calcul des rentes. La firme de conseil Towers Watson estime de son côté que l’adoption des nouvelles tables reflétant cette récente augmentation de la durée de vie pourrait se traduire par une hausse immédiate de 5 à 10 % du passif d’un fonds de retraite, tout en ayant un impact direct sur le bilan et les résultats financiers de l’entreprise.

Dans une entrevue accordée au Globe and Mail en août dernier, Jim Leech, PDG de Teachers’ en Ontario, déclarait : « Nous sommes de plus en plus près d’une crise, les régimes et leurs promoteurs sont contraints de jongler avec la volatilité des marchés et le fait que les gens vivent de plus en plus vieux et doivent, en conséquence, économiser davantage. »

Merci pour le conseil Jim, mais vous auriez pu ajouter que puisque la position médiane des caisses de retraite au pays en titres obligataires est de 37,1 % (!), il faudra probablement brûler encore bien des lampions pour arriver à se sortir de ce guêpier.

Dans ce même article, Jacques Lafrance, président de l’ICA, affirme que la plupart des gestionnaires de caisses de retraite utilisent les tables de l’ICA. « Ce que démontrent ces données, c’est que nous nous étions quelque peu trompés dans nos prévisions, qu’elles n’étaient pas suffisamment prudentes (…) », soutient-il.

Comme les météorologues, peut-être que les actuaires n’aiment pas annoncer le mauvais temps. Peut-être pèchent-ils alors par excès d’optimisme.

De son côté, pour sauver la mise, un prof d’économie de la Cass Business School de Londres, David Blake, propose de mettre en circulation des obligations de longévité. Ces obligations, explique-t-il, verseraient annuellement des paiements liquides en fonction des survivants au sein de la population qui avait, disons, 65 ans au moment de leur émission. Si 96,5 % sont encore vivants après trois ans, le coupon de première année de l’obligation paie donc 96,5 % à l’an trois.

Avant de voir ce type d’instrument de placement se concrétiser, on peut s’en remettre au vieil adage selon lequel on n’est jamais trop prudent avec les projections faites pour le compte des clients.

Si toutes ces questions vous intéressent, je vous invite à consulter la véritable mine d’informations colligées par mon ex-collègue Paul O. Williams. Paul couvre assidûment le secteur des caisses de retraite et de la gestion institutionnelle depuis 25 ans et il y jette un regard lucide teinté d’humour, appuyé de nombreux rapports de recherche. Vous le trouverez à cette adresse (en anglais) :
www.pow-com.com

Yves Bonneau, rédacteur en chef
yves.bonneau@objectifconseiller.rogers.com

 

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