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Revue de presse

Inégalité fiscale : quel prix devrons-nous payer?

12 mars 2015 | Rémi Maillard | Commenter

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Brigitte Alepin

Le documentaire Le Prix à payer, qui sort sur les écrans québécois vendredi, dévoile les liens existants entre l’évasion et l’évitement fiscaux et l’accroissement des inégalités dans les grands pays industrialisés.

Réalisé par Harold Crooks et co-scénarisé par la fiscaliste Brigitte Alepin, ce film-choc inspiré de son livre La crise fiscale qui vient (VLB éditeur) a pour ambition de montrer comment les paradis fiscaux, ainsi que des multinationales telles que Google, Apple, Amazon et d’autres géants de la haute technologie, sapent les fondations de nos démocraties.

Avec l’aide d’experts reconnus en fiscalité, économie, sciences politiques, droit et sociologie, entre autres, Le Prix à payer décortique la réalité de l’évasion et de l’évitement fiscaux qui, chaque année, permettent aux multinationales de priver les gouvernements de la planète de milliards de dollars de recettes fiscales.

Entre 10 % et 15 % du patrimoine financier mondial se trouverait ainsi dans des paradis fiscaux, ce qui représente de 21 000 à 30 000 milliards de dollars.

« L’injustice fiscale menace nos sociétés »

« L’objectif du film est de montrer à quel point nos régimes d’imposition actuels sont archaïques et que cette question, a priori purement technique, est en train de devenir un problème de fond qui met en péril les fondements de notre société », explique Brigitte Alepin en entrevue.

Toutefois, soutient la fiscaliste, la principale menace n’est pas l’évasion fiscale, mais bien l’évitement fiscal, « c’est-à-dire le fait qu’on permette aux multinationales et aux contribuables les mieux nantis de ne pas payer d’impôts, ou très peu, et ce, en toute légalité ».

En effet, affirme-t-elle, « ces privilèges fiscaux remettent en cause notre filet social dans la mesure où ils privent les États d’importantes recettes alors que, dans le même temps, ceux-ci adoptent des plans d’austérité et doivent couper dans les budgets publics ou taxer encore davantage les contribuables ».

La solution? « Le système devrait reposer sur le principe de “chacun paie ses impôts là où il réside”. Les régimes d’imposition actuels sont viables, à condition que les revenus réalisés dans un pays soient imposés dans ce même pays. »

« Les classes moyennes refuseront de continuer »

Brigitte Alepin estime par ailleurs que « dans nos sociétés basées sur l‘économie de marché, il faut qu’il y ait un équilibre entre les marchés, les électeurs et l’État ». Or, relève-t-elle, aujourd’hui l’équilibre entre ces trois pôles a été rompu, « puisque l’extrême richesse d’entreprise et personnelle d’une petite minorité est plus puissante que les gouvernements ».

Une rupture dont les citoyens ont parfaitement conscience, croit la fiscaliste, « même si pour l’instant ils ne se posent pas trop de questions ». Mais elle dit « craindre le moment où les classes moyennes refuseront de continuer ainsi ». D’autant plus que les ultra privilégiés « ne paient pas ou peu d’impôts », tandis que M. et Mme Tout-le-Monde « doivent compenser le manque à gagner » dû à ce « transfert du fardeau fiscal ».

« La situation actuelle me fait un peu penser à ce qui se passait en France avant la révolution de 1789, lorsque les plus riches avaient des privilèges fiscaux. Or nos sociétés n’acceptent pas bien ce genre de choses et un tel système est intenable », conclut-elle.

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