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Économie

Inflation : entre la perception et la réalité

3 avril 2013 | La rédaction

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Les perceptions que nous entretenons sur l’inflation peuvent nous jouer des tours. En effet, comment Statistique Canada peut-elle prétendre que l’indice des prix à la consommation (IPC) se situe à 1 % depuis quelques mois alors que les prix de l’essence et des aliments, par exemple, ne cessent d’augmenter?

C’est que la nature humaine peut nous inciter à concentrer notre attention sur les prix qui augmentent le plus plutôt que sur ceux qui diminuent, dit Hendrix Vachon, économiste senior au Mouvement Desjardins.

Les prix qui baissent? Eh oui. C’est le cas notamment des meubles, des électroménagers et même des voitures depuis le début des années 2000. Le coût de l’habillement et de celui de plusieurs produits associés au divertissement est également sur une pente descendante, constate l’expert.

Une réalité différente d’une personne à l’autre

Un autre défaut lié à nos perceptions de l’inflation est l’aspect subjectif de l’expérience du phénomène. Autrement dit, rares sont les gens qui consomment exactement selon les mêmes proportions que le panier de référence de l’IPC, composé de 600 biens et services.

« Si certains consomment dans une plus forte proportion des biens dont les prix augmentent plus que la moyenne, ceux-ci verront effectivement leur coût de la vie progressé plus rapidement que les chiffres officiels d’inflation », signale M. Vachon.

Ainsi, un étudiant disposant d’un faible revenu allouera une plus forte part de ses ressources financières que la moyenne au logement, à l’alimentation, à la formation et aux transports publics. Or, il appert que la plupart de ces catégories de prix ont crû plus rapidement que l’inflation au cours des dernières années. Pour cet étudiant, l’inflation est une réalité avec laquelle il doit se mesurer tous les jours.

Évidemment, l’inverse est aussi vrai pour ceux qui consomment dans une plus grande proportion des biens dont les prix augmentent peu.

Mais, l’un dans l’autre, on devrait observer des dépenses de consommation dont les proportions concordent avec le panier de référence de l’IPC.

Le prix des maisons ne fait pas partie de l’IPC

Par ailleurs, l’absence de certains prix dans les calculs officiels, comme ceux des maisons, peut amener d’importantes divergences de perceptions. Cette omission volontaire, qui en surprendra plus d’un, se justifie notamment par des questions méthodologiques. En effet, un logement occupé par son propriétaire « peut être considéré à la fois comme un bien d’investissement et un bien de consommation, ce qui complique le traitement », dit M. Vachon.

Les méthodes pour calculer la composante du logement varient beaucoup d’un pays à l’autre. Statistique Canada a choisi une approche se concentrant principalement sur les catégories de coûts à la charge des propriétaires, en excluant le coût d’achat de la propriété. Ces coûts sont répartis en six catégories : les coûts d’intérêt hypothécaire, le coût de remplacement, les impôts fonciers, le coût d’assurance, le coût d’entretien et de réparations et les autres dépenses variables.

« Des divergences importantes peuvent donc être observées entre l’évolution du prix des maisons et celle de la composante du logement en propriété. Depuis 2002, on constate d’ailleurs que le prix des maisons existantes a crû beaucoup plus rapidement. Les individus qui incluent le prix des maisons dans leur perception d’inflation auront donc tendance à surestimer le coût de la vie par rapport aux chiffres officiels », indique l’économiste.

En résumé

* Nos perceptions d’inflation peuvent différer des chiffres officiels, car notre nature humaine peut nous jouer des tours en concentrant notre attention sur les prix qui augmentent le plus.

* Il n’est pas aisé d’incorporer tous les aspects méthodologiques de l’IPC dans nos perceptions personnelles.

* L’absence de certains prix dans les calculs officiels, comme ceux des maisons, peut amener d’importantes divergences de perceptions.

Une fois qu’on prend en compte ces facteurs, que peut-on conclure? Simplement que les chiffres officiels d’inflation captent assez bien le coût de la vie, et que certains individus peuvent voir leur coût de la vie augmenter plus rapidement, alors que d’autres verront le leur progresser plus faiblement.

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