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Intervention des banques centrales : Clément Gignac demeure sceptique

28 août 2007 | Commenter

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Bien que les interventions récentes des banques centrales aient réussi à stabiliser les marchés des capitaux, il n’en demeure pas moins que le contexte actuel se prête mal à une réorientation des stratégies de placement, dit Clément Gignac.

« Nous éprouvons encore du scepticisme en raison de la taille du défi auquel ces dernières [les banques centrales] font face. Pour l’instant, on ne peut plus écarter que la volatilité récente des marchés financiers perdure encore un certain temps et que notre jeune génération de moins de 35 ans fasse l’apprentissage du concept peu séduisant de cycle économique », souligne l’économiste en chef et stratège à la Financière Banque Nationale.

Le problème actuel, dit-il, n’est pas réellement dû aux difficultés des prêteurs américains classiques ni à l’exposition directe des banques au secteur des fonds spéculatifs. Le véritable écueil auquel se butent les autorités est l’incapacité ou le refus de plusieurs institutions traditionnelles(banques et courtiers)de réunir suffisamment de liquidités pour racheter les instruments financiers(PCAA, CDO, RMBS, CMBS, etc.)présentement détenus par des fonds de couverture et des fonds de marché monétaire. Ces derniers, rappelons-le, sont contraints de vendre ces instruments pour faire face eux-mêmes à des ordres de rachat de clients ayant subitement une aversion totale pour toute forme de risque. « Ce phénomène a d’ailleurs été observé sur tous les continents », précise Clément Gignac.

Certes, les banques centrales pourraient décider de réduire radicalement les taux d’intérêt afin d’alléger les conditions de crédit et de favoriser l’injection de liquidité sur les marchés. Mais le feront-elles? Et, le cas échéant, cela fonctionnera-t-il? « À en juger par le passé, avec ou sans baisse rapide des taux, les investisseurs ne devraient pas surestimer la capacité des banques centrales de réussir un atterrissage en douceur, surtout lorsqu’une bulle immobilière éclate comme c’est le cas présentement aux États-Unis », prévient l’expert.

En effet, l’histoire démontre que l’implosion d’une bulle immobilière a souvent été suivie par des temps très difficiles au plan économique pour les pays qui l’ont vécue. Étant donné le décalage habituel dans la transmission d’un changement de politique à l’économie(de 6 à 18 mois), l’outil de la politique monétaire « n’est pas assez sophistiqué pour compenser l’impact d’un changement d’état d’esprit qui passe de l’engouement à l’aversion pour le risque », croit Clément Gignac. Bien sûr, la politique budgétaire pourrait venir à la rescousse. Mais tous les politiciens d’expérience savent que l’utilisation de cet instrument suppose qu’un diagnostic de récession imminente rebondira sur la place publique. Or, aucun d’entre eux ne voudrait lancer un tel débat par les temps qui courent.

Que faire alors? « Rester sur la touche pourrait être la meilleure chose à faire, puisque personne(nous compris)ne peut prétendre savoir exactement ce qui se passera à court terme et si l’économie américaine basculera en récession ou pas(probabilité de 50 %)», explique Clément Gignac. Même si les actions ont tendance à dépasser les obligations ou les titres à revenu fixe à très long terme, l’histoire prouve qu’en Bourse, « il existe aussi des années qui sont de mauvais millésimes, particulièrement à l’aube d’un ralentissement significatif de l’activité économique suivant le dégonflement d’une bulle immobilière », conclut l’expert.

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