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Investir comme une femme ou comme un homme?

17 novembre 2010 | Commenter

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couple_homme_femme_conflit_425Depuis des années, les études démontrent que les femmes et les hommes adoptent des comportements distincts vis-à-vis des placements. Plusieurs articles de notre dossier intitulé Les femmes : une clientèle distincte ? vont dans le même sens.

Le quotidien The Globe and Mail profite du fait que les marchés affichent une forte volatilité pour relever les différences entre les deux sexes.

1- En matière de finance, les hommes s’informent davantage et sont plus engagés :
L’an dernier, des sondeurs américains ont posé la question suivante à des Américaines et des Américains âgés des 50 ans ou plus : « Vous avez un solde impayé de 1000 $ sur une carte de crédit qui porte un intérêt annuel de 20 %. Si vous ne remboursez rien, combien d’années faudra-t-il pour que la dette soit multipliée par deux ? » La réponse était moins de cinq ans. Près de la moitié des hommes (46 %) ont coché la bonne réponse, alors que seulement 26 % des femmes ont visé juste.

Les commanditaires du sondage étaient satisfaits de ces résultats indiquant que les hommes semblent s’y connaître davantage en matière de calculs financiers. En effet, cela corroborait de nombreuses autres études menées au cours des années précédentes et qui ont produit des conclusions similaires.

Cependant, des observateurs ont fait remarquer que l’échantillonnage n’était probablement pas représentatif, car il ne comprenait que des sujets de 50 ans ou plus. On a donc repris l’étude, cette fois avec des Américaines et des Américains âgés de 23 à 28 ans, dont le degré d’instruction était supérieur à la moyenne. Résultat : pas de changement, ou si peu. L’écart entre les deux sexes est demeuré quasiment le même.

D’où vient cette différence ? Des chercheurs de l’université Iowa State croient que la façon d’élever les garçons et les filles à la maison joue un rôle prépondérant. En effet, dans la culture américaine, les garçons sont amenés graduellement, mais d’une manière continue, à s’engager tôt dans le processus décisionnel relatif aux finances. Au contraire, les filles y prendraient une part active seulement au moment de tenir les rênes de leur propre maisonnée, soit beaucoup plus tard.

Fait à noter, les femmes devenues adultes sont davantage portées à épargner qu’à investir. Il faut dire que, dans de nombreux cas, ce sont elles qui sont responsables de l’intendance de la maison : payer les factures, faire les courses, dresser le budget familial, etc. L’accomplissement de ces tâches, notent les chercheurs, favorise les réflexes d’épargne. En outre, les femmes estiment qu’investir demande du temps et impose un stress dont elles souhaitent se passer. Elles préfèrent déléguer cette activité aux hommes, qui y trouvent une source de satisfaction et d’excitation.

2- Les femmes transigent moins et font plus d’argent :
Une étude publiée en 2001 par l’université de Californie démontre que les hommes se sentiraient trop sûrs d’eux en matière de placement. Ils transigent beaucoup plus que les femmes et obtiennent des rendements généralement… inférieurs ! Un de nos articles, intitulé Finance comportementale : les femmes et la Bourse, renforce d’ailleurs cette affirmation.

Les universitaires californiens font cette constatation à la suite de l’analyse de 35 000 comptes ouverts dans des maisons de courtage. Les clients masculins avaient tendance à acheter et vendre des actions 45 % fois plus que les femmes. Mais le rendement global de leurs portefeuilles était 2,65 % plus faible que celui des femmes.

À la suite de la crise des marchés financiers en 2008-2009, la firme Vanguard, ce géant américain des fonds communs, a découvert que les hommes, bien plus que les femmes, ont liquidé leurs titres au plus fort de la débâcle. En plus de cristalliser les pertes, ces ventes de panique font bondir les coûts de transaction et contribuent à déséquilibrer les portefeuilles. Ce n’est pas tout : une fois que les dégâts sont constatés, les investisseurs amochés financièrement doivent se remettre au boulot pour répartir leurs actifs en fonction de leurs objectifs à long terme. Ironiquement, ceux-ci n’ont probablement pas changé.

3- Les hommes aiment courir davantage de risque :
Certes, les hommes ont la manie de se sentir trop sûrs d’eux pour ce qui est des placements. Mais cela a parfois du bon. En effet, l’histoire montre qu’une exposition accrue aux actions se traduit par des rendements supérieurs sur une longue période.

Le mois dernier, un sondage de BMO Nesbitt Burns révélait que, à la suite de l’effondrement boursier de 2008-2009, 25 % des hommes se disaient enclins à acheter des actions, contre 13 % des femmes. À 69 %, ils ont manifesté leur optimisme pour l’avenir des marchés boursiers. Les femmes, elles, étaient 55 % à partager cet avis.

Par ailleurs, l’étude de l’université de Californie que nous avons citée précédemment confirme elle aussi que les hommes, davantage que les femmes, sont tournés vers les placements en actions. Plus, même : ils auront tendance à favoriser les actions risquées, comme les petites capitalisations, au détriment des valeurs sûres.

Bien qu’instructives, toutes ces données ne parviennent à pas résoudre la question fondamentale que se posent les chercheurs : pourquoi hommes et femmes sont-ils si différents à l’égard des placements ? Est-ce inné ? Culturel ? Biologique ?

Certains scientifiques optent pour l’hypothèse biologique et pensent que la présence de testostérone fournirait un élément de réponse. En effet, selon une étude conduite en Angleterre, des négociateurs sur séance (day traders) dont le taux d’hormone mâle était élevé avaient tendance à engranger de plus gros profits que les autres spéculateurs.

Des chercheurs de l’université de Chicago ont répété ce type d’expérience avec des femmes. Conclusion : celles qui présentaient un taux de testostérone supérieur à la moyenne hésitaient moins à courir des risques accrus.

Quelle leçon peut-on tirer de ces informations ? Que le débat entourant les différences entre les femmes et les hommes demeure entier, même dans le domaine financier, souligne prudemment The Globe and Mail.

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