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13 signes comptables à ne pas négliger aujourd’hui

27 novembre 2013 | Dr Al Rosen et Mark Rosen | Commenter

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Des années et des années à passer des états financiers au peigne fin nous ont permis de repérer plus de signes comptables inquiétants qu’il nous est possible d’en dénombrer. Voici les éternels risques auxquels sont exposés les gestionnaires de portefeuilles.

1. Croissance par acquisition 

Certaines sociétés ne semblent exister que pour en engloutir d’autres. Si cette stratégie est astucieuse, et parfois même nécessaire, lorsqu’une entreprise pétrolière et gazière doit remplacer sa production, par exemple, elle fonctionne surtout lorsque l’acquéreur tire profit de sa valeur sur le marché pour acquérir des sociétés qui se négocient à des multiples inférieurs. Le risque survient lorsque les modalités d’acquisition ne sont pas transparentes ou lorsque la reddition de comptes fait fi de certains détails pertinents. Des données faciles à analyser dans le secteur de l’énergie peuvent l’être moins dans un autre secteur, comme le pharmaceutique (par exemple, Valeant).

Suggestion : Si vous ne savez pas d’où viennent les chiffres, deux choix s’imposent : soit vous les ignorez, soit vous les sous-évaluez considérablement afin de vous donner une marge de sécurité au moment d’établir la valeur des titres.

2. Sensibilité aux taux d’intérêt

Pour certaines entreprises, il n’y a rien de pire qu’une baisse prolongée des taux d’intérêt. C’est le cas des institutions financières et des sociétés d’assurance vie. Les grands assureurs canadiens, par exemple, offrent des produits garantis qui présentent un risque accru lorsque les taux d’intérêt fléchissent. En plus des pertes liées à la valeur de marché occasionnées par les faibles taux d’intérêt, une période prolongée de rendements anémiques peut causer des frais associés à leur taux de réinvestissement final.

Suggestion : N’essayez pas de prévoir l’évolution des taux d’intérêt. Si vous pariez sur une hausse prochaine, les portefeuilles de vos clients pourraient stagner.

3. Interprétation erronée de la marge d’autofinancement 

Certains analystes interprètent mal l’état de la marge d’autofinancement et c’est le conseiller en placement qui doit ramasser les pots cassés. En regardant seulement la marge disponible, on passe à côté d’environ 60 % des données fournies par l’état de la marge. Ce serait un peu comme s’arrêter à la ligne du profit brut sur un état des résultats. Et depuis quand un analyste se fie-t-il au bénéfice brut pour établir la valeur d’une entreprise? Vous jouez avec le feu si vous n’analysez pas les données d’investissement et de financement de la marge d’autofinancement. C’est le nerf de la guerre.

4. Opérations entre apparentés

Les opérations entre apparentés peuvent être un indicateur qui éveille la suspicion. Celles-ci se reconnaissent lorsqu’une entreprise traite avec ses dirigeants, ses gestionnaires, ses filiales ou d’autres entités connexes. Un abus d’opérations entre apparentés mène parfois à des délits d’initiés et autres transactions douteuses. Il pourrait donc s’agir d’une boîte de Pandore.

La chaîne Loblaws, par exemple, a récemment annoncé qu’elle placerait une partie de son avoir immobilier dans une fiducie de placement immobilier (FPI) dans laquelle elle conserve une participation majoritaire. Investiriez-vous dans une FPI qui a un engagement excessif envers un seul locataire, lequel a la capacité de vous vendre des actifs en vertu de ses propres impératifs? Au moment d’établir la valeur de Loblaws et de la FPI, quelle décote faudra-t-il appliquer sur la valeur de 9 à 10 milliards établie par les gestionnaires?

Suggestion : Sous-évaluez considérablement les chiffres qu’une entreprise établit elle-même, à fortiori si la transaction implique une opération entre apparentés.

5. Changement de normes comptables

Les entreprises canadiennes ont le choix d’utiliser les normes comptables américaines ou les Normes internationales d’information financière (IFRS). Environ 20 % des sociétés dont les actifs composent l’indice S&P/TSX 60 choisissent les normes américaines. Le passage des anciennes normes comptables canadiennes à l’IFRS il y a deux ans a suscité beaucoup de questionnements notamment quant à la possibilité de choisir ses propres normes. La société Encana, par exemple, est passée aux normes américaines après seulement un an avec les normes IFRS.

Suggestion : Utilisez les normes comptables précédemment employées par l’entreprise pour évaluer les résultats financiers : vous serez à même de constater si la perception de la valeur a été rehaussée par le changement. Cela pourrait être suffisant pour changer votre opinion du titre.

6. Actifs incorporels

Il arrive fréquemment que les analystes ignorent volontairement certains signaux d’alerte, tels que la proportion élevée d’actifs incorporels et le niveau minimal de capitaux propres. Il revient aux conseillers en placement de garder l’œil ouvert. Par exemple, les créances à long terme de CML Healthcare dépassent les actifs corporels selon un ratio de 2,2:1 et le ratio créances sur capitaux propres est de plus de 7:1. Ces indicateurs étaient faibles bien avant l’effondrement du cours l’année dernière.

Suggestion : Ne fermez pas les yeux sur les signes précurseurs d’une entreprise surendettée susceptible de connaître une crise de liquidités.

7. Problèmes de comptabilité complexes

Certains titres sont une source intarissable de questionnements et laissent tous les conseillers, même les plus persévérants, perplexes. Selon notre expérience avec ce genre de cas, lorsqu’une entreprise utilise une comptabilité complexe, elle est rarement sous-évaluée par le marché. Les analystes tendent à simplifier à outrance et, par le fait même, à ignorer les signes précurseurs de risque pour ne voir que le positif.

Suggestion : Passez votre tour si un analyste fait des pieds et des mains pour rejeter des préoccupations légitimes. Trop de questions qui demeurent en suspens pourraient inutilement augmenter les risques auxquels vos clients s’exposent.

8. Paramètres d’exploitation non standard

Certaines entreprises proposent d’autres paramètres que le BAII ou le BAIIA, les multiples habituels utilisés pour mesurer le bénéfice net. Le risque pour les investisseurs réside dans les éléments exclus de la base de mesure usuelle.

Il y a plusieurs raisons légitimes qui justifient l’utilisation d’autres paramètres, tels que l’exclusion de gains non récurrents ou le rajustement en cas d’année à 53 semaines. Mais lorsqu’une entreprise supprime des frais d’exploitation récurrents normalement inclus par d’autres entreprises, il faut faire attention (par exemple, la société Just Energy propose sa propre mesure de bénéfice, qu’elle appelle le BAIIA ajusté, lequel exclut une partie importante des frais de marketing et compte plusieurs autres ajustements).

Suggestion : Effectuez votre évaluation du rendement de l’entreprise en utilisant des paramètres standard non ajustés.

9. Passif caché au titre du régime de retraite

Une entreprise peut retrancher plusieurs milliards de dollars du passif de son bilan en utilisant un taux d’actualisation beaucoup trop optimiste pour calculer le passif au titre du régime de retraite à prestations déterminées. BCE constitue un excellent exemple d’une utilisation souple des règles comptables.

10. Dépenses immobilisées

Voilà un tour de passe-passe dont on ne se lasse pas tant il est facile à réussir! L’administration peut capitaliser les dépenses dans le but de tromper (pensez à Livent) ou simplement de brouiller le processus d’évaluation des actions. Des exigences comptables peu rigoureuses et des activités d’audit médiocres peuvent permettre de transformer en prétendus actifs ce qui serait normalement des dépenses. Si des fraudes sont commises, les investisseurs courent surtout le risque que les résultats soient mal interprétés par le marché.

Suggestion : Vérifiez si les sociétés comparables capitalisent aussi ces dépenses. Dans le cas contraire, ajustez les multiples d’évaluation en conséquence pour uniformiser les données comptables.

11. Comptabilisation des produits

La comptabilisation des produits n’est en général pas un problème pour la plupart des sociétés. Mais les difficultés sont assez récurrentes pour inciter les conseillers à être prudents dans le cas d’entreprises dont le chiffre d’affaires croît rapidement ou celles impliquées dans des contrats de vente et de service complexes.

Suggestion : Soyez très attentifs dans le cas de contrats pluriannuels portant sur un ensemble de biens et services, ainsi que dans le cas de sociétés qui investissent dans les entreprises avec lesquelles elles font affaire.

12. Gains et pertes évalués selon la valeur au marché

En vertu des normes IFRS, les sociétés immobilières sont libres d’effectuer ou non une évaluation selon la valeur au marché tous les trimestres. Par exemple, RioCan le fait. Plusieurs conseillers en placement ne savent pas que ces ajustements s’appuient principalement sur une estimation interne de la direction.

Suggestion : Examinez les états financiers avec attention afin de vérifier si l’entreprise utilise les évaluations de tiers indépendants pour appuyer les chiffres du bilan.

13. Exagération des rendements

En raison des faibles taux d’intérêt, plusieurs entreprises se servent de dividendes pour attirer les investisseurs. Certaines vont loin et offrent des rendements de 10 % et plus. L’année dernière, plusieurs entreprises en manque de liquidités ont dû couper dans les versements.

Soyez vigilant si une entreprise offre un taux de redistribution supérieur aux flux de trésorerie et qu’elle est contrainte d’emprunter de l’argent pour verser les dividendes. Si une telle entreprise a peu de chances d’améliorer les flux de trésorerie de manière à rembourser les montants empruntés, il est temps de quitter le navire (Bell Aliant est un exemple : les titres offrent un rendement d’environ 7 %, alors que ce secteur traditionnel est en déclin depuis longtemps).

Suggestion : Évitez les rendements exagérément élevés et investissez dans des choix plus sûrs.


Dr Al Rosen, FCA, FCMA, FCPA, CFE, CIP et Mark Rosen, MBA, CFA, CFE dirigent la firme Accountability Research Corp., qui effectue de la recherche indépendante sur les actions à l’intention des conseillers en placement canadiens.
www.accountabilityresearch.com


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