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Comment apprivoiser l’ISR

5 septembre 2013 | André Giroux | Commenter

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Pascale Imbeau

« Parce que vous êtes investisseur, vous détenez un pouvoir. L’investissement socialement responsable (ISR) donne au capitalisme un visage plus humain. » C’est ainsi que Pascale Imbeau, conseillère en placement chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne, se présente à ses clients potentiels.

« Pour bien parler aux clients de l’ISR, il faut d’abord lire sur le sujet, conseille Pascale Imbeau, dont 55 à 60 % de la clientèle souscrivent aux principes de l’investissement socialement responsable. Aux conseillers qui voudraient apprivoiser le sujet, je suggère aussi de s’intéresser aux activités de l’Association investissement responsable (AIR). » Cette organisation pancanadienne, dont peuvent devenir membres des entreprises ou des conseillers, diffuse de l’information sur l’ISR et facilite le réseautage. Elle met également à la disposition des personnes intéressées la liste des fonds communs de placement qui appliquent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans la sélection de leurs investissements. Cette liste est mise à jour aux trois mois, et contient les rendements à court et à long terme.

« Peu de Québécois sont membres de cette association, déplore Pascale Imbeau. Je le suis et je reçois des statistiques et des rapports sur ce qui se développe ici et ailleurs dans le monde. Cela me permet de me tenir informée des résultats obtenus par les dialogues avec les gestionnaires d’entreprises.»

Les conseillers peuvent aussi envoyer leurs propres interrogations en réseau, afin d’obtenir réponses.

Autre piste intéressante : suivre les sites de certaines familles de fonds spécialisés. Pascale Imbeau suggère les Fonds Éthiques, l’un des leaders dans le domaine, propriété des Placements NEI, elle-même propriété à 50 % de Desjardins. « Je peux obtenir beaucoup d’informations sur ce site, affirme la conseillère en placement. L’équipe ESG des Fonds Éthiques est très présente et proactive auprès des entreprises. Pour un conseiller qui veut commencer à débroussailler un peu, ce serait ma meilleure suggestion. AIR et Fonds Éthiques constituent une très bonne base. »

Meritas a aussi bonne réputation aux yeux de Pascale Imbeau. C’est le seul fonds disponible au Canada qui investit 2 % de ses actifs dans des entreprises qui offrent un microcrédit. Il est disponible à travers la planète.

À un conseiller qui aimerait commencer à œuvrer dans ce secteur, Pascale Imbeau suggère la prudence. « Chaque fois qu’un fonds ISR se crée, explique-t-elle, je m’informe pour savoir si les gestionnaires de fonds ont adopté une politique de vote et s’ils prennent l’initiative d’aller discuter avec les gestionnaires d’entreprises afin de faire progresser les principes ESG. C’est que certains fonds se limitent à exercer un filtre d’exclusion ou d’inclusion d’entreprises, sans discuter avec la direction. À mon sens, il manque alors une grande partie de ce que signifie l’investissement socialement responsable. »

Les principales réticences des clients

Une fois bien informé, le conseiller sera mieux à même de présenter à ses clients ce qu’est l’ISR et de vérifier si ce type d’investissement les intéresse.

Pascale Imbeau se heurte essentiellement à deux types de réticences avec ses clients : l’ISR est-il aussi rentable que les investissements traditionnels? Les gestionnaires accomplissent-ils ce qu’ils annoncent?

« Une légende urbaine veut que l’ISR soit destiné au monde de gauche, aux environnementalistes et aux artistes, et que ce n’est pas payant. C’est faux. Il existe de bons gestionnaires en ISR comme il y en a dans l’ensemble du marché. L’inverse est aussi vrai. De plus, il existe de bonnes et de mauvaises années pour les fonds ISR comme pour l’ensemble des fonds. »

« Aux sceptiques, je réponds que j’ai rencontré à plusieurs reprises des gestionnaires de fonds ISR, j’assiste à des conférences, je lis les rapports, je visite régulièrement leur site web, j’observe les dialogues mis en œuvre avec différentes entreprises. J’ai confiance. L’ISR constitue toutefois un travail de longue haleine. Il est difficile de changer les pratiques des entreprises. Il faut négocier longtemps. Les résultats arrivent graduellement, mais quand ils arrivent, ils influent sur l’ensemble d’un secteur, les autres entreprises voulant démontrer qu’elles sont aussi de bons citoyens. »

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