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Économie

L’or sans réserve

30 janvier 2013 | Ronald McKenzie | Commenter

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L’investisseur et gestionnaire canadien Eric Sprott a fait sa fortune et celle de nombreux épargnants en misant, au début de la décennie, sur l’or et les métaux précieux. « Depuis les 12 dernières années, l’or a battu les marchés par une marge de 500 %! », souligne-t-il.

Après une si formidable poussée, le prix du métal jaune est-il en voie de s’essouffler? « Pas du tout », lance l’expert. Malgré les hauts et les bas du cours de l’or depuis un an, Eric Sprott persiste : « Les investisseurs doivent détenir de l’or dans leurs portefeuilles. » Et beaucoup selon lui. Rencontre avec le légendaire chef de la direction de Sprott Asset Management LP.

Conseiller.ca : Aux États-Unis, la politique monétaire d’assouplissement quantitatif (QE1, 2 et 3) a pour effet de dévaluer le dollar américain. Normalement, cela devrait propulser le prix de l’or. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Pourquoi?

Eric Sprott : En même temps que le gouvernement américain injecte de l’argent dans le système pour essayer de relancer l’économie, il vend de grandes quantités d’or afin de maintenir les cours à un bas niveau. Plusieurs autres États occidentaux en difficulté agissent de même. Pourquoi font-ils ça? Pour soutenir les marchés financiers et laisser croire qu’ils contrôlent la situation.

C.ca : Mais les marchés financiers se portent bien parce qu’il y a une reprise de l’économie, non?

Eric Sprott

Eric Sprott

ES : Non, justement. Aux États-Unis, les récentes données sur la confiance des consommateurs sont très négatives. La supposée solution au « précipice fiscal » ne s’est peut-être pas soldée par une hausse des impôts des particuliers, mais par une augmentation des contributions de ceux-ci aux programmes de la sécurité sociale. Pour moi, c’est du pareil au même : ça reste une hausse du fardeau fiscal. Ce n’est pas un bon signe.

« On ne peut pas dire que l’économie s’améliore. »

C.ca : Le gestionnaire new-yorkais Michael Shaoul a déclaré à la mi-janvier qu’il était surpris par l’amélioration de l’économie européenne.

ES : Amélioration? L’Allemagne vient d’annoncer un recul de son produit intérieur brut pour le mois de décembre. Dans la zone euro, les ventes d’autos neuves ont fléchi de 16 %. Le chômage est élevé. On ne peut pas dire que l’économie s’améliore. Si les marchés financiers sont robustes, c’est parce que les gouvernements impriment de l’argent.

C.ca : Dans ce cas, pourquoi n’assiste-t-on pas à une poussée de l’inflation?

ES : L’or et l’argent seraient les premiers actifs à s’apprécier s’il y avait une progression de l’inflation. Ce serait alors un puissant signal que les politiques monétaires actuelles ne fonctionnent pas. Les marchés deviendraient très nerveux. Sachant cela, les banquiers centraux vendent en catimini de fortes quantités d’or et d’argent pour faire pression sur les cours de l’or et de l’argent. Ils créent ainsi l’illusion qu’il n’y a pas d’inflation.

C.ca : Le prix de l’or ne parvient pas à briser une importante résistance à 1800 $US l’once. Que faudra-t-il pour franchir ce seuil?

ES : Nos recherches démontrent que la demande en or se situe à environ 6500 tonnes par année, alors que l’offre n’est que de 4 000 tonnes. La différence, ce sont les banques centrales qui la comblent, car les producteurs aurifères ne peuvent pas fournir. Un jour ou l’autre, les banques centrales n’auront plus de lingots. Attendez-vous alors à une explosion des cours qui pourraient atteindre – qui sait? – 5 000 $US, même 10 000 $US l’once.

« On assiste à un tsunami d’achat d’or. »

C.ca : Mais qui donc achète tout cet or?

ES : Les Chinois, les Coréens, les fonds négociés en Bourse, les comptes de mise en commun (pooled funds), les investisseurs qui suivent les recommandations de leurs conseillers. Mis à part les gouvernements occidentaux qui en vendent, on assiste à un tsunami d’achat d’or. Le plus grand gestionnaire mondial d’obligations, Bill Gross, vient de recommander d’investir dans l’or. Ray Dalio, l’un des meilleurs gestionnaires de fonds de couverture, dit qu’il faut avoir 10 % de son portefeuille placé dans l’or!

C.ca : Vous préférez le « marché physique » de l’or plutôt que le « marché papier ». Pourquoi?

ES : Le « marché papier » consiste en promesses de livraison d’or à des dates fixées d’avance. Rien ne garantit que, à l’échéance, ceux qui ont fait ces promesses pourront les respecter.

C.ca : Les investisseurs individuels devraient-ils détenir 10 % de leurs portefeuilles en or, comme le suggère M. Dalio?

ES : Je crois qu’ils devraient en avoir une grande partie. Combien exactement, je ne sais pas. Les fonds que je gère en détiennent 80 %. Personnellement, c’est ce que possède aussi.

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