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La « littératie financière » semble avoir meilleur goût sans conseillers…

29 avril 2010 | Yves Bonneau | Commenter

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tableau_graphique_argent_425Jim Flaherty a annoncé dans son budget de 2009 la mise sur pied d’un groupe de travail national sur la littératie financière. Le groupe formé en juin 2009 réunit 13 personnalités de différents horizons.

C’est ainsi que le Groupe de travail sur la littératie financière a vu le jour. Il doit fournir au ministre des Finances des recommandations sur une stratégie nationale visant à consolider la littératie financière des Canadiens.

Consolider ! Rien de moins.

Qu’est-ce que la « littéracie financière » ?
Ce sont les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour prendre des décisions financières responsables. Cette ambitieuse stratégie dite « nationale » comprendra, selon le site web du Groupe :

• les objectifs globaux ainsi qu’un plan d’action ciblé et concret permettant de renforcer la littératie financière de divers segments de la population ;

• les façons de tirer parti des ressources existantes pour améliorer la littératie financière au Canada ;

• les meilleures manières de promouvoir la littératie financière au Canada ;

• un cadre de collaboration entre les divers intervenants – y compris les organisations gouvernementales de tous les ordres – afin d’optimiser les efforts déployés au Canada en matière de littératie financière et de réduire les chevauchements ;

• les manières dont les différents intervenants doivent collaborer pour faire progresser la recherche sur la littératie financière au Canada ;

• les façons d’évaluer les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la stratégie nationale, y compris l’établissement d’échéanciers raisonnables et de jalons de réalisation.

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

On souligne également que le Groupe de travail s’inspirera des « pratiques exemplaires » existant ailleurs dans le monde, de même que celles déjà fructueuses en territoire canadien. Un rapport final doit être déposé fin 2010.

De passage au Québec, la caravane fédérale a fait un arrêt à Montréal. C’est l’omniprésent Jacques Ménard, président du conseil de BMO Groupe financier et seul représentant de l’industrie canadienne des services financiers, qui présidait les consultations publiques tenues en avril dernier. Il a également présidé celles de Moncton la même semaine.

La tâche du groupe est colossale. Et on se demande d’ores et déjà par quel bout de l’animal prendre la première bouchée. Pour savoir un peu où aller, le groupe de travail s’est appuyé sur un sondage de Statistique Canada : Enquête canadienne sur les capacités financières. On y apprend, entre autres, que 51 % des personnes interrogées établissent un budget, que plus du tiers ont de la difficulté à suivre leurs finances, que 12 % ont accusé des retards de paiements de deux mois ou plus au cours des 12 derniers mois, que 30 % n’ont rien préparé en vue de leur retraite. Plus de la moitié des personnes consultées (54 %) ont aussi signalé qu’elles avaient été influencées dans leurs placements par un conseiller en services financiers et qu’elles prenaient conseil principalement de la banque ou de la caisse (40 %), suivi de près des conseillers en services financiers (39 %).

Lors des consultations au Québec, différents groupes, organismes et autres intervenants ont présenté des mémoires. Il y avait des syndicats, des groupes religieux, des regroupements de femmes et l’AMF. La majorité des suggestions et propositions présentées au Groupe de travail tiennent du bon sens. Ainsi, que les personnes pauvres ou à faible revenu, moins bien éduquées ou âgées aient davantage besoin d’aide ne surprendra personne. La solution la plus évidente et la plus citée parmi les mémoires déposés auprès du Groupe de travail a été le retour systématique des cours de finances personnelles à l’école. Malgré ce concert de voix unanimes, on peut douter de l’efficacité de cette mesure. Quand on sait que la plupart des gens sont incapables de se rappeler comment mettre sur papier une simple règle de trois, on se rend compte rapidement que les cours généraux à l’école sont loin d’être la panacée. Et les probabilités que les moins nantis se trouvent parmi les décrocheurs scolaires sont toujours aussi fortes.

Comme le mentionnait Goshka Folda de Investor’s Economics, il s’agit d’une question éminemment complexe qui demande des actions concertées, efficaces et récurrentes. Et beaucoup d’argent !

D’ailleurs, l’industrie des produits et services financiers, qui génère plus de 100 milliards de dollars de revenus par an au Canada, pourrait facilement s’engager dans cette campagne de littératie financière en mettant sur pied des organismes d’éducation neutres, ou en fournissant des fonds à des organismes à but non lucratif qui font déjà ce travail de terrain.

Le plus étonnant dans toute cette initiative, c’est que nous n’avons vu dans le document des consultations publiques et dans les mémoires remis à ce jour au Groupe de travail aucune trace de commentaires indiquant que les conseillers en services financiers jouent un rôle majeur dans la littératie financière, et qu’ils peuvent contribuer de manière indélébile à l’éducation financière de millions de Canadiens. Car justement, une grande partie de leur travail consiste à faire au quotidien de la pédagogie auprès de leurs clients. On se demande pourquoi ce véritable service public n’a pas encore été reconnu et souligné dans les travaux du Groupe de travail.

C’est à se demander si, là aussi, les conseillers sont perçus comme des individus louches et douteux avec lesquels les épargnants doivent malheureusement faire affaire à leurs risques et périls.

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Yves Bonneau, rédacteur en chef
Conseiller

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