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La crise des subprimes expliquée en bande dessinée

24 février 2015 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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Des bandes dessinées qui explorent les travers de la finance mondiale, c’est le pari un peu fou de la trilogie Hedge Fund, dont le deuxième tome est paru récemment. Actifs toxiques nous plonge au cœur de la crise des subprimes et nous raconte l’histoire de ceux qui l’ont créée.

Après avoir pris du galon à Hong Kong dans le premier tome, le jeune courtier français Franck Carvale se retrouve à la tête du fonds d’investissement le plus performant de Wall Street. Rien ne semble pouvoir arrêter l’ascension du héros… jusqu’à ce que le secteur financier tout entier s’écroule. Conseiller s’est entretenu avec Tristan Roulot, coscénariste de la trilogie.

Conseiller : Camper un scénario de bande dessinée dans l’univers financier est une idée pour le moins originale. Comment vous est-elle venue?

Tristan Roulot : Mon coscénariste Philippe Sabbah, qui travaille dans le secteur financier, est un bon ami. On se parlait souvent de nos milieux respectifs, moi de celui de la BD et de l’écriture, et lui de celui de la finance. On discutait des arnaques financières dont il était témoin, il m’expliquait certaines notions… On s’est dit que ce serait pas mal de faire une BD ensemble un jour.

C : Étiez-vous intéressé par le monde de la finance avant l’écriture de cette trilogie?

TR : Pas vraiment. J’ai eu un réveil brutal lors de la crise de 2008. J’ai pris conscience à quel point l’économie pouvait être manipulée, comment les financiers escrocs pouvaient avoir un impact majeur sur la vie de millions de gens qui ne s’intéressent pas ou qui ne comprennent pas le monde de la finance. Je me suis dit qu’il faudrait que je vulgarise tout ça.

C : Quel public visez-vous?

TR : On n’avait pas un public cible précis en tête lorsqu’on a entrepris le projet. On savait que les férus d’économie et de finance seraient très intéressés, c’était en quelque sorte une clientèle acquise. Mais on voulait aussi s’adresser aux gens qui cherchent à comprendre comment l’économie mondiale a pu en arriver là. Connais ton ennemi, comme on dit!

C : De nombreux passages du scénario servent à expliquer des notions financières. Votre travail poursuit-il un but éducatif?

TR : Oui, mais il fallait rester accessible pour les gens moins avertis. On devait expliquer des notions financières pas forcément évidentes, comme les subprimes et les effets d’une baisse des taux d’intérêt. C’est Philippe qui s’assure que tous les faits sont exacts, qu’il n’y a pas de contresens ou d’erreur. De mon côté, quand je comprends bien ce qu’il m’explique, je me dis que c’était un bon début!

C : Même s’il s’agit d’une œuvre de fiction, vous avez accordé beaucoup d’importance au réalisme de la trame économique et historique…

TR : Oui. Toutes les dates qui font référence à des évènements d’actualité dans le récit sont exactes. Beaucoup d’éléments du scénario sont par ailleurs tirés de la vie de Philippe. Par exemple, quand Franck Carvale amène des clients faire une balade en voiture sport dans la campagne toscane. Ce n’est pas de la pure fiction, c’est vraiment tiré des expériences de Philippe. C’était aussi une façon de sortir un peu nos personnages des bureaux. Bien entendu, c’est une bande dessinée, il faut aussi qu’il y ait un côté ludique, une trame narrative qui serve de fil conducteur. Le côté fiction se trouve surtout dans la relation entre Franck Carvale et son mentor. On s’est interdit d’aller trop loin dans les flingues, les meurtres et ce genre de choses.

C : Votre trilogie critique assez sévèrement les travers de la spéculation qui ont mené à la crise de 2008. Comment a-t-elle été accueillie dans le secteur financier?

TR : C’est plutôt drôle, parce que Philippe n’avait pas vraiment perçu l’élément de critique dans le récit avant de le faire lire à ses clients et des gens de son entourage. Plusieurs d’entre eux ont trouvé que ça écorchait assez durement le secteur financier. Mais pour que Philippe adhère au projet, il fallait quand même que ce soit une critique sociale bien justifiée. J’ai une vision beaucoup plus antilibérale que lui. L’écriture de ces BD nous a permis de confronter nos idées et nos opinions. Il n’y a aucune interprétation des notions financières et des évènements historiques dans nos BD, il n’y a rien de faux dans ce que l’on a écrit. Notre but était de présenter l’information, c’est au lecteur de tirer ses propres conclusions.

Le sort de Franck Carvale sera scellé dans le dernier tome de la trilogie à paraître au mois d’octobre 2015, La stratégie du chaos.

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