A A A
Économie

La dictature de la moyenne

5 octobre 2012 | Denis Preston | Commenter

  • commenter
  • envoyer
  • imprimer



La société moderne a tendance à tout vouloir juger par la moyenne. Beaucoup trop de gens se comparent à la moyenne : la classe moyenne, la note moyenne, etc.

Pire, la moyenne devient souvent le critère pour déterminer une pseudo normalité. Un exemple parmi tant d’autres est la météo. Les météorologues ne parlent plus de la moyenne historique de température, mais de normale. Selon le site Internet d’Environnement Canada, la température maximale normale pour un 18 juin à Montréal est de 24° C. La température maximale du 18 juin 2012 a été de 26,5° C. Est-ce que cela fût anormalement chaud?

S’il avait grêlé le 18 juin, aurait-ce été anormal? Ou est-ce que cela aurait plutôt été la manifestation d’un événement normal, mais relativement peu fréquent, que nous vivrons plusieurs fois dans notre vie?

Comme les météorologues, l’industrie du placement utilise parfois à tort et à travers la moyenne. En voici quelques exemples.

Le rendement annuel

La moyenne (à ne pas confondre avec le rendement composé*) des rendements annuels incluant les dividendes (en date des 31 décembre) des actions canadiennes a été d’environ 11,4 % pour la période de 1923 à 2011. Pourtant, seulement six années sur 88, soit 7 % des années, ont connu un rendement entre 9,9 % (moyenne moins 1,5 %) et 13,9 % (moyenne plus 1,5 %). Pendant cette même période, il y a eu sept années dont la perte annuelle a été supérieure à 15 %. Est-ce qu’un rendement de -15 % est plus normal qu’un rendement annuel entre 10 % et 14 %?

Les rendements négatifs en actions sont similaires à la pluie ou à la neige, la plupart d’entre nous n’aiment pas cela, surtout en vacances, mais cela fait partie de la normalité.

Les actions rapportent davantage que les obligations

Pourtant, pour la période de 33 années allant du 31 décembre 1978 au 31 décembre 2011, les obligations canadiennes à long terme ont eu un rendement composé (10,3 %) légèrement supérieur à celui des actions (10 %), malgré le fait que les actions ont eu un rendement de près de 45 % en 1979 et de 30 % en 1980. Oui, à long terme, les actions devraient rapporter davantage que les obligations, mais parfois le long terme est très long, plus long que l’horizon temporel de bien des investisseurs.

À long terme, nous ne pouvons pas perdre avec le marché des actions

En mars dernier, le Bureau du surintendant des institutions financières du Canada (BSIF) a publié Evidence for Mean Reversion In Equity Prices. Le BSIF a décidé de ne pas permettre l’utilisation de modèle qui prévoit un retour vers la moyenne des rendements pour le calcul des réserves des fonds distincts. Un des motifs de leur décision est l’existence des trois évènements suivants :

« Le Dow Jones n’est pas remonté à son pic de 1929 avant 1954, ce qui représente une reprise sur 25 ans. Le NASDAQ, après 12 ans, est toujours à 60 % de son sommet de janvier 2000. L’indice Nikkei 225, 22 ans après avoir atteint un pic à la fin de 1989, n’a toujours pas recouvré ce sommet et vaut encore moins du quart de ce record. »

Cette décision du BSFI est l’un des nombreux facteurs en plus du faible taux d’intérêt, et des normes de capitalisation plus élevées, qui expliquent que les compagnies d’assurances n’offrent presque plus de garanties de retrait pour les fonds distincts composés d’actions.

Préparons nos clients à la volatilité

Nous vivons dans un monde de probabilité et d’incertitude et non pas dans un monde où la moyenne domine.

Préparons nos clients à la pluie, à la neige et à la grêle des marchés financiers. Ils ne seront alors pas surpris par les années de pertes de 33 % comme en 2008, qui du point de vue statistique n’est pas anormal. N’oublions pas que les gestionnaires de portefeuilles ont souvent un plus mauvais score que les météorologues lorsque vient le temps de prédire l’avenir.

Denis Preston, CPA, CGA, FRM, Pl. Fin., formateur et consultant en gestion des risques.

* Le rendement composé a été d’environ 9,8 % et l’inflation de 3 %. Pendant cette période, il y a eu dix années où l’inflation a été négative, soit plus que les années où les actions ont rapporté entre 10 % et 14 %.

 


Cette chronique est tirée de l’édition de septembre du magazine Conseiller. Consultez-la en format PDF.

Loading comments, please wait.