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La fabuleuse histoire de l’oracle d’Omaha

27 avril 2015 | Chantal Legault | Commenter

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L’investisseur américain Warren Buffett a scrupuleusement suivi pendant des années les principes financiers de son maître à penser Benjamin Graham, boudant la frénésie de Wall Street et préférant attendre patiemment les débâcles de la Bourse pour acheter et s’enrichir. La journaliste Hélène Constanty, auteure du livre Warren Buffett : le gourou de la finance, raconte l’histoire du succès de cet investisseur atypique, aujourd’hui troisième fortune mondiale.

Conseiller: Vous avez rencontré celui qu’on surnomme le Forrest Gump de la finance. Comment le décririez-vous?

Hélène Constanty: C’est un Américain ordinaire avec une intelligence hors du commun, un petit monsieur habillé simplement, très jovial, pas du tout le milliardaire, ni le financier, tel qu’on l’imagine. Il n’a aucun intérêt pour les mondanités et ne s’intéresse qu’au travail. Il passe son temps à lire des rapports d’activités, à faire des calculs et ne se laisse influencer par personne. Je pense que pour parvenir là où il est arrivé, il faut se moquer complètement du regard des autres.

C : Vous le présentez comme l’antithèse du spéculateur.

HC : Il s’intéresse à une entreprise, mais pas spécialement à son action. Il suit pendant des années les performances d’un petit nombre d’entreprises dans lesquelles il aimerait investir et les passe au crible de critères très précis. D’abord, l’activité de l’entreprise doit être simple à comprendre. Il peut s’agir, par exemple, de meubles ou de produits alimentaires. Il a une méfiance viscérale envers les nouvelles technologies. Ensuite, la compagnie doit être stable; il évite les métiers qui évoluent fortement en fonction de la conjoncture. Enfin, il ne doit y avoir aucune incertitude du secteur quant à l’avenir.

C : Contrairement à la majorité des investisseurs, il se réjouit des fluctuations du marché. Comment a-t-il su tirer profit des fluctuations du marché?

HC : Lorsque la Bourse va bien et monte, il n’achète pas. Par contre, lors des krachs boursiers, il peut dépenser des millions et des milliards. Lors de la crise de 2008, il a acheté 15 milliards de dollars d’obligations et en 2009, il a réalisé la plus grosse histoire d’achat de son fonds : 45 milliards de dollars pour une compagnie de chemin de fer. C’était étonnant. Personne ne s’y attendait, mais c’est typique des compagnies qu’il aime : une entreprise sans surprise et en situation de monopole.

C : Pourquoi la diversification de son portefeuille lui importe peu?

HC : Il a une très grande confiance en lui-même. Il est capable d’attendre pendant des années avant d’acheter une entreprise, mais quand il le fait, il peut dépenser énormément d’argent parce qu’il sait qu’il a raison. Avant d’investir dans Coca-Cola, il a attendu plus de 20 ans. C’est une histoire d’amour et de patience. Par contre, une fois l’investissement réalisé, il demeure fidèle à ses acquisitions.

C :  Il s’intéresse à un chiffre clé : le rendement sur les capitaux investis. Quel est le chiffre clé qui guide ses investissements?

HC : Le bénéfice par action ne l’intéresse pas tellement, mais il se préoccupe du rendement sur le capital investi. Il faut que chaque dollar dépensé rapporte beaucoup d’argent. C’est pourquoi il n’aime pas les entreprises endettées ni celles en forte croissance qui nécessitent l’injection de capitaux. Ce n’est pas en vendant qu’il s’est enrichi, mais avec les rendements sur les capitaux investis.

C : Quelles sont les qualités qu’il recherche pour les PDG de ses entreprises?

HC : Il faut que l’argent gagné par l’entreprise tombe dans la poche de l’actionnaire. Il affectionne particulièrement les gestionnaires très radins qui surveillent de près les salaires et toutes les dépenses. Il n’a aucun goût pour le luxe et n’aime pas que les patrons des entreprises dépensent l’argent sans réfléchir.

C : Pourquoi ses opinions politiques dérangent-elles?

Hélène Constanty

HC : Il a pris position récemment en déclarant que les riches devraient payer plus d’impôt. De même, pendant longtemps, il affichait ouvertement qu’il était favorable à l’avortement. Il a un côté très déconcertant. C’est son originalité.

C : N’est-il pas étonnant qu’il ne lègue pas sa fortune à sa famille?

HC : Il est convaincu que les parents ne rendent pas service à leurs enfants en leur donnant beaucoup d’argent et que ces derniers seront plus heureux s’ils parviennent eux-mêmes à se faire une place dans la société. C’est la raison pour laquelle il a prévu remettre sa fortune à des fondations plutôt qu’à ses enfants à son décès.

C : Sa philosophie d’investissement fait-elle école?

HC : Il est une source d’inspiration pour plusieurs investisseurs, mais personne n’est arrivé à l’égaler. Sans doute n’ont-ils pas la patience, le sang-froid et l’originalité qui le caractérisent.


Warren Buffett, le gourou de la finance, 3e édition, Hélène Constanty, Les Éditions Eyrolles, 2015, 181 pages, 27,95 $

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