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La Fed ne servira pas toujours de « boussole »

9 juillet 2018 | La rédaction | Commenter

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Si les États-Unis font aujourd’hui figure de « boussole des marchés mondiaux », cette situation pourrait ne plus durer très longtemps, estime l’économiste français Jean-Paul Betbèze.

Dans une récente tribune publiée dans le quotidien Le Monde, cet ancien chef économiste et directeur des études économiques du Crédit Lyonnais relève en effet que «dans le monde inquiet et confus » d’aujourd’hui, les investisseurs n’ont qu’à observer la situation aux États-Unis pour avoir une assez bonne idée de qu’il se passera en Bourse.

Toutefois, nuance-t-il, « les choses pourraient changer », notamment parce que la première puissance économique mondiale entre désormais « dans un territoire compliqué », à savoir la prolongation de son cycle économique.

RÔLE « CONSIDÉRABLEMENT PLUS RÉDUIT »

Ainsi, explique Jean-Paul Betbèze, les États-Unis clament haut et fort qu’« une croissance potentielle plus forte est toujours possible, et donc que des profits plus hauts sont atteignables », tant chez eux que partout ailleurs dans le monde. De même, « une montée graduelle des taux courts [y] serait toujours possible » et « ne ferait pas trop monter les taux longs », selon le spécialiste. Résultat : l’Oncle Sam sert également de référence dans ce domaine, puisque la fonction de « guide » des marchés par la Réserve fédérale existe au moins depuis l’époque où Ben Bernanke dirigeait la Fed, c’est-à-dire entre 2006 et 2014.

Mais cette situation ne durera pas, estime l’économiste français. Notamment parce que la politique monétaire américaine va « nécessairement » devoir changer. En effet, le niveau de l’inflation de l’autre côté de la frontière commence à être « inquiétant » et ce phénomène pourrait contraindre la banque centrale américaine à écouler plus de bons du Trésor, et ce, « au moment même où la politique de Donald Trump creuse le déficit budgétaire ».

Également, « la remontée des taux longs pour cause de tensions inflationnistes et de réduction du portefeuille de la Fed » ainsi que l’accroissement de la volatilité des marchés due aux incertitudes liées à la politique de l’administration Trump devraient faire en sorte que le rôle de boussole de la Fed deviendra « moins efficace » qu’auparavant, explique Jean-Paul Betbèze. Au passage, celui-ci rappelle d’ailleurs que l’actuel patron de la banque centrale, Jerome Powell, a récemment admis que l’institution jouerait désormais un rôle « considérablement plus réduit » qu’au cours de la décennie écoulée.

« LES ÉTATS-UNIS VONT DEVOIR INNOVER »

Face à cette situation, poursuit Jean-Paul Betbèze, il est probable que les taux courts remonteront à 3 % « vers la fin de 2019 », tandis que l’emprunt à 10 ans du Trésor américain pourrait passer de 3 à 3,5 % durant cette période. Un scénario auquel les marchés américains « ne sont clairement pas prêts », affirme l’économiste.

Si ce dernier juge que, dans l’ensemble, les États-Unis « vont bien », il tempère en insistant sur le fait que la politique économique et financière de l’actuelle administration républicaine « cumule les risques, en repoussant les limites de la surchauffe, au moment même où la politique interne et externe [américaine] est de moins en moins claire ».

Conclusion de Jean-Paul Betbèze : « Savoir où va la croissance américaine est moins simple qu’avant, et savoir où vont les taux encore moins : la boussole des marchés devient plus compliquée. Il ne peut plus suffire de suivre les États-Unis, qui vont eux-mêmes devoir innover. »

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