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Économie

La « finance de l’ombre » accroît le risque de crise

10 août 2017 | La rédaction | Commenter

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tirelire_ombre_epargne_argent_425Aujourd’hui, le risque de crise financière est largement concentré dans la finance non bancaire, ou shadow banking system, estime Myret Zaki, dans Bilan.

Dans un récent article, la rédactrice en chef du magazine économique suisse et ex-banquière observe en effet que ce secteur continue de se développer plus vite que la finance traditionnelle. Selon les plus récentes données du Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board ou FSB), il serait ainsi passé de 89 000 milliards de dollars à la fin de 2014 à 92 000 milliards un an plus tard.

Le shadow banking system est composé d’assureurs, de fonds spéculatifs, de fonds communs de créances ou de fonds monétaires qui peuvent emprunter et prêter de l’argent, comme le feraient des banques, mais qui n’en sont pas et ne sont donc pas soumis aux mêmes contrôles.

UN SECTEUR QUI PÈSE 29 % DE LA FINANCE MONDIALE

Or, ce monde parallèle, qui inclut aussi les acteurs immobiliers ou les sociétés de crédit-bail, progresse trois fois plus vite que les banques depuis 2011. Au point qu’il pèse désormais 29 % du secteur financier, comparativement à 42 % pour les banques classiques. La différence, souligne Myret Zaki, c’est que ces entités ne sont pas assujetties aux mêmes règles prudentielles qu’elles.

« Toutes ces institutions brassent de plus en plus de dette, sur des bases moins strictes que les banques, corsetées par Bâle III. Pourquoi le font-elles? Parce que les taux d’intérêt bas incitent plus d’un investisseur institutionnel à emprunter bas, pour prêter haut, empochant la différence », explique la journaliste.

Alors que le G20 voit la « finance de l’ombre » comme une simple concurrente des banques, « cette masse de crédits peu ou pas régulés crée un risque systémique croissant », met-elle en garde. En effet, poursuit-elle, « toute une cascade de fonds à levier et d’entreprises endettées se retrouveraient insolvables si les taux d’intérêt remontaient » de façon importante. Sans parler des millions de consommateurs eux aussi à risque avec leurs dettes de carte de crédit depuis que les taux sont passés au-dessus de 1 %.

40 % DU RISQUE SYSTÉMIQUE CONCENTRÉ AUX ÉTATS-UNIS

Certes, reconnaît Myret Zaki, « la masse de prêts non bancaires, qui représente une fois et demie l’économie mondiale, n’est pas en totalité risquée » et le FSB a estimé à 34 000 milliards la part du shadow banking faisant directement peser un risque sur la stabilité financière. Il s’agit en l’occurrence surtout de fonds obligataires et du marché monétaire, ainsi que de fonds spéculatifs sur le crédit.

Les marchés monétaires, en particulier, « sont devenus des fournisseurs nets de cash au système financier, alors qu’ils reposent sur des mécanismes de prêt à très court terme, spécialement vulnérables en cas de stress sur les marchés », indique la rédactrice en chef de Bilan, qui relève que « plus de 40 % du risque systémique se concentre aux États-Unis (…), où les entités non bancaires qui font crédit et se financent elles-mêmes à très court terme sont au cœur du système ».

Alors que les États-Unis et l’Europe ont bénéficié d’un répit de plusieurs années pour désendetter le système et préparer le retour de taux d’intérêt plus élevés, « force est de constater qu’ils ont plutôt accru les vulnérabilités du système en basant la relance sur une explosion du crédit », ce qui est prendre « beaucoup de risque pour une croissance à peine satisfaisante », déplore Myret Zaki. Sa conclusion? « Il est temps que les gouvernements reprennent en main la relance pour recréer des conditions où la dette ne serait pas l’unique recette, à double tranchant, de la prospérité. »

 

 

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