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La gestion de patrimoine, l’avenir des banques canadiennes

11 septembre 2013 | Ronald McKenzie | Commenter

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Les institutions financières accélèrent le pas afin de consolider leur présence dans le lucratif secteur de la gestion de patrimoine.

Lundi, la firme Richardson GMP a accepté d’allonger 132 millions de dollars pour mettre la main sur Gestion Privée Macquarie, l’unité des activités de détail canadiennes du Groupe Macquarie. À l’issue de la transaction, Richardson GMP détiendra 28 milliards de dollars en actif sous administration.

« Le secteur de la gestion de patrimoine est dynamique au Canada ces dernières années. En fusionnant avec les professionnels de [Gestion Privée Macquarie], Richardson GMP renforce considérablement sa réputation dans le secteur canadien de la gestion de patrimoine », a indiqué Richardson GMP.

Mardi, l’agence Bloomberg News rapportait que la Banque Toronto-Dominion avait l’intention de doubler, aux États-Unis, le nombre de ses conseillers spécialisés en gestion de patrimoine. Du Maine à la Floride, le numéro deux bancaire au pays compte mobiliser 300 représentants afin de desservir ce segment du marché. « Au cours des trois ou quatre prochaines années, la gestion de patrimoine devrait contribuer significativement à notre croissance », a déclaré Leo Salom, vice-président à la direction, Gestion de patrimoine, au Groupe Banque TD.

Un budget de 5 G$

La Banque Royale n’est pas en reste. En juin dernier, elle disposait d’un budget de 5 milliards de dollars pour réaliser des acquisitions dans ce créneau.

« La taille des entreprises que nous visons varie entre 500 millions et 2 milliards de dollars. Cela nous laisse une bonne marge de manœuvre », avait indiqué Janice Fukakusa, chef de l’administration et chef des finances de la Banque Royale, au cours d’une conférence à New York.

La Royale confirmait ainsi la poursuite de sa stratégie de croissance par acquisitions dans ce marché hautement rémunérateur. Rémunérateur? Qu’on en juge : pour les six premiers mois de 2013, les activités de gestion de patrimoine ont généré 11 % des bénéfices de la Banque Royale, signale Bloomberg News.

L’achat du gestionnaire britannique BlueBay Asset Management pour la somme de 1,5 milliard de dollars, en 2010, est un bon exemple du genre de transaction que la Royale privilégie. Par suite de cette acquisition, l’actif sous gestion de RBC Gestion mondiale d’actifs a bondi de 40 milliards de dollars. Plus de 200 employés de BlueBay ont joint les rangs de RBC.

Comme avec BlueBay, la Royale recherche des firmes qui l’aideront à pénétrer davantage les marchés où elle est moins présente et à améliorer ses capacités de distribution.

À l’instar de Richardson GMP et de la Banque Royale, la Banque CIBC lorgne aussi du côté des acquisitions. En 2011, elle a pris une participation de 41 % dans American Century Investments, cabinet situé à Kansas City. En avril dernier, elle a conclu une entente visant l’achat d’Atlantic Trust, à Atlanta.

« Atlantic Trust offre à la Banque CIBC un point d’entrée avantageux sur le marché américain de la gestion privée de patrimoine, où les actifs financiers de particuliers à valeur nette élevée enregistrent une croissance de 50 % plus rapide que celle des ménages américains moyens », commentait alors la CIBC.

L’objectif de la CIBC est de faire passer de 11 % à 15 % la proportion de ses profits générés par la gestion de patrimoine.

 

La gestion de patrimoine, payante et nécessaire

Deux raisons principales expliquent l’attrait de la gestion de patrimoine aux yeux des institutions financières canadiennes, spécialement les grandes banques.

D’abord, la rentabilité de ce secteur d’activité est très forte. La gestion de patrimoine est synonyme de gestion de fortune. Dans tous les cas, les acquisitions visent des entreprises qui servent des clients riches à qui l’on facture des frais élevés. Et c’est d’autant plus payant que l’intégration de ces cabinets requiert des ressources limitées : les bureaux sont déjà en place et les circuits de distribution, bien établis. Il reste à inculquer le modèle d’affaire au personnel et à le convaincre du bien-fondé de la culture d’entreprise de l’acheteur. Tout considéré, cela exige peu de capital.

Ensuite, les grandes banques canadiennes sont forcées de diversifier leurs opérations, avance Bloomberg News. Avec le vieillissement de la population, les revenus issus des prêts à la consommation sont en recul. Ce phénomène n’est pas passager, il s’agit d’une tendance lourde. Par conséquent, les banques doivent combler le manque à gagner en allant chercher l’argent où il se trouve, c’est-à-dire chez les bien nantis.

Comme les institutions financières canadiennes ont une bonne présence en sol américain et qu’elles ont les moyens de leurs ambitions, elles n’hésitent pas à investir le créneau de la gestion de patrimoine. Et puis, à deux pas du Canada, comment dire non aux millions d’Américains en quête de conseils éclairés en placement?

Mais la partie n’est pas gagnée d’avance. Nos banques d’ici devront composer avec la concurrence accrue que leur livrent, depuis 2010, de gros joueurs tels que JPMorgan Chase, Morgan Stanley et Wells Fargo. En outre, par souci de patriotisme, de nombreux épargnants américains sourcillent à l’idée de placer leur argent dans un cabinet qui appartient à des Canadiens.

Ils devront apprendre à faire la part des choses, mais ce pourrait être plus long que prévu.

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