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La grande dame de l’IQPF

11 juin 2014 | Yves Bonneau | Commenter

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C’est sa 13e année à la tête de l’IQPF. Jocelyne Houle-LeSarge se remémore le chemin parcouru au sein de l’Institut, qu’elle considère aujourd’hui comme sa seconde famille.

Comment avez-vous abordé cette nouvelle structure et les gens de l’organisation à votre arrivée?

Les deux étaient très importants et, sauf à la comptabilité et aux finances, toute l’équipe de départ est encore là.

La structure, c’était tout nouveau pour moi parce que c’est un OSBL et non une compagnie à profits. J’avais une crainte bien réelle et il fallait que je me fasse accepter par l’équipe, par cette gang de filles. Cela faisait plusieurs mois que le poste de PDG était vacant. Il y avait donc de l’appréhension de leur part, je pense. Mais personne ne savait que c’était la même chose pour moi! Finalement je peux dire haut et fort qu’un groupe de femmes ensemble, c’est très efficace et tout ce qu’on entend de préjugés, je ne l’ai pas vécu à l’IQPF.

Quels étaient les défis à vos débuts?

C’était vraiment de m’approprier ce qu’était cette entité-là. Si tu veux bien diriger, si tu veux faire ta marque, si tu veux être capable d’inspirer, que les gens te suivent quand tu dis : « On va par là, voici ce qu’on va faire », être capable de les convaincre, que toute l’équipe embarque, il faut que tu saches de quoi tu parles. Il fallait que je connaisse le produit. Ensuite, tu connais ton monde, tu fais confiance.

Par produit, vous entendez l’institution, la planification financière?

C’est un tout. On ne peut dissocier l’Institut de la planification financière, l’un existe à cause de l’autre. Je suis comptable professionnelle depuis 30 ans, donc un planificateur, je pensais savoir ce que ça faisait, et ça a été une de mes plus grandes surprises de réaliser à quel point c’est complexe. Avec tout ce que je sais, je n’oserais jamais prétendre pouvoir être planificateur financier.

Je pensais que c’était simple. Il faut être assise avec eux, les entendre parler de dossiers pour comprendre. J’ai un très grand respect pour leur travail, pour leur formation et la profondeur qu’ils démontrent dans leurs analyses. Plus je les connais, plus mon admiration grandit. Ce n’est pas une simple recette, c’est une démarche. Chaque personne a besoin d’une analyse particulière, avec sa complexité. Et nos gens sont bien formés pour y répondre.

Quelle expertise faut-il pour diriger un OSBL comme l’IQPF?

Je pense qu’il faut être à l’écoute de son monde, donc de nos affiliés (nos planificateurs). Comme nous ne sommes pas à but lucratif, le bottom line n’est pas une fin en soi. On ne veut pas faire faillite, mais on ne veut pas faire trop d’argent sinon on perd notre statut. Donc il y a un juste équilibre à trouver.

En raison de la formation continue qui doit être faite sur deux ans, et la nature humaine en général, tout le monde attend à la dernière minute ; on se retrouve chaque fois avec une année à perte et une année en excédent sur les charges.

C’est un défi pour une gestionnaire ?

Oui. Mais c’est là où mon background comptable aide possiblement plus que celui d’une personne qui viendrait d’un autre domaine. Dans un rôle comme le mien, ce n’est peut-être pas nécessaire d’avoir la même expertise que moi, mais au moins de posséder les connaissances, savoir lire les chiffres, les interpréter, les comprendre.

Quelles sont les réalisations dont vous êtes la plus fière ?

La remise des diplômes, pour commencer. D’en avoir fait un événement comme on l’a fait. C’est un très beau moment plein d’émotions. Et apprécié aussi. Le 10 mai dernier, on était au Centre Mont-Royal, il y avait de 400 à 500 personnes, car les familles viennent. Cette année, on a 218 diplômés.

Aussi, notre programme exécutif est en train de faire des petits. Je suis fière d’être encore là. D’avoir passé diverses présidences, des personnes aux styles différents, d’avoir perduré.

Je pense par ailleurs avoir un leadership d’influence et que c’est une de mes forces. J’ai une bonne capacité de suggérer, de convaincre. Il y a quatre ans, on s’est donné une planification stratégique. On a travaillé fort à la permanence, on l’a proposée au CA, ça a été discuté, adopté, et à la fin, on a un cadre. C’est désormais plus facile de gérer.

Comment protégez-vous le public?

C’est l’un de nos trois enjeux, avec la formation et la gouvernance.

Et c’est un rôle qu’on prend très au sérieux. On protège le public d’abord en formant bien les planificateurs financiers. C’est notre mission. On a aussi notre vision, qui est de mettre le planificateur financier de l’avant. La personne. De faire réaliser au grand public qu’on a besoin des Pl. Fin.

Il y a 30 ans, je faisais mon rapport d’impôt à la main. J’en faisais pour d’autres. C’est devenu plus complexe. Maintenant, la majorité vont voir quelqu’un pour ça. Le monde de la finance aussi s’est complexifié. Il y a des conséquences à long terme à nos choix financiers. Tout ça nous amène à faire des campagnes de pub ou à mettre sur pied la Semaine de la planification financière, par exemple.

Une autre chose dont je suis très fière, c’est d’arriver enfin avec une définition de la planification financière, du rôle du planificateur, définition qui a été discutée, « négociée » avec le FPSC. Le lancement va se faire lors la Semaine de la planification financière en novembre. On va l’annoncer à notre congrès, en juin. Il y aura une définition en français et une définition en anglais.

Y a-t-il un problème de relève dans la profession?

Oui et non. On a les baby-boomers, on a notre population qui est un peu vieillissante ; du côté des jeunes qui entrent dans la profession, depuis 2006, ce nombre augmente. On a les plus âgés qui quittent, mais les gens de milieu de carrière n’ont plus le permis. Parfois c’est l’employeur aussi, qui donne une promotion et dans ces fonctions autres, le permis n’est plus requis ou on ne te le paye plus. Alors ça… C’est difficile pour nous de mettre exactement le doigt sur la situation, de la comprendre et de voir ce qu’on peut faire. On a juste une liste de l’Autorité une fois par mois qui nous dit, bon il y a 4 600 planificateurs. On est autour du 4 500 présentement.

Quelles sont les autres activités dans lesquelles vous vous impliquez?

L’IQPF est ma vie. Je suis présidente de Question Retraite depuis 10 ans déjà. Ensuite, je suis impliquée auprès de Jeunes entreprises du Québec (JEQ), l’organisme que l’Institut a décidé d’épauler. On fait de la sensibilisation auprès de nos planificateurs pour qu’ils aillent parler de finances aux jeunes. Qui de mieux placés qu’eux, après tout ? J’ai accepté d’être au CA de JEQ avec grand plaisir, car la littératie, ça rejoint Question Retraite.

Je suis aussi membre du CA de la Société canadienne des directeurs d’associations. Je trouve ça extrêmement intéressant. Nous sommes tous des PDG autour de la table, c’est un très beau milieu pour échanger. Mais il n’y a plus de jeunes autour de cette table : on constate qu’il y a peu de relève pour occuper le siège de directeur général d’association. Il n’y a personne de 35 ou 40 ans qui arrive dans ces postes-là. Les jeunes ne semblent pas attirés par une carrière dans un OSBL, et pourtant…

J’aime aussi beaucoup voyager. Je ne peux pas le faire autant que je voudrais. Mais le plaisir de préparer un voyage… je peux prendre deux ou trois mois, une heure par soir ici et là, penser à un itinéraire, choisir un hôtel. La journée où tout est fini, que j’ai toutes mes confirmations, là je m’ennuie, j’ai un manque, je n’ai plus de but… (rires). Je lis aussi.

Comment voyez-vous votre retraite ?

J’ai encore trop de plaisir pour le moment. C’est important pour moi de me sentir utile. La journée où je sentirai que je ne peux plus rien amener, je déciderai…

Notre dossier sur les 25 ans de l’IQPF :

Far West et cowboys
Paroles d’ex-présidents
Dans la mire de l’IQPF
D’un océan à l’autre
La grande dame de l’IQPF


Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2014 de Conseiller. Cliquez ici pour consulter l’ensemble du numéro.

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