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Économie

La hausse des taux pourrait être meilleure que prévu

9 avril 2010 | Peter Drake | Commenter

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Peter Drake

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Le raffermissement continu de l’économie, les inquiétudes à propos d’une éventuelle remontée du taux d’inflation, et le montant important de la dette gouvernementale font partie des facteurs qui se traduisent par des hausses de taux d’intérêt immédiate, et probablement d’autres par la suite.

Voici cinq questions à poser à propos de la hausse des taux d’intérêt :

1. Pourquoi les taux augmentent-ils ?
2. Quand les banques centrales rehausseront-elles leurs taux directeurs ?
3. Combien de temps durera cette tendance et quelle sera l’ampleur de la hausse des taux ?
4.  Quels sont les risques économiques inhérents à la hausse des taux d’intérêt ?
5. Que signifie la hausse des taux pour les investisseurs ?

Pourquoi les taux augmentent-ils ?
Les taux d’intérêt sont à la hausse. Bien qu’une grande partie des discussions récentes aient porté sur les taux directeurs de la banque centrale (à savoir le taux directeur de la Réserve fédérale américaine ou le taux cible de la Banque du Canada pour les fonds à un jour), les taux du marché sont déjà à la hausse. En mars, le rendement des obligations du gouvernement canadien a progressé, avec des hausses allant de 38 points de base pour les échéances de 2 ans, à 40 points de base pour les échéances de 5 ans, à 19 points de base pour les échéances de 10 ans, et à 10 points de base pour les échéances à long terme. En fin de mois, certaines banques canadiennes ont annoncé la hausse de leurs taux hypothécaires, en partie pour répondre à l’augmentation des rendements obligataires. Ces hausses ne se limitent pas au Canada. Les rendements des bons du Trésor américain ont augmenté au cours d’environ la même période de 25, 27, 18 et 12 points de base respectivement.

Qu’est-ce qui se cache derrière ces récents évènements ? La majorité des changements sont attribuables aux données économiques généralement été positives. En d’autres termes, les faibles niveaux des taux d’intérêt des 18 derniers mois pour stimuler l’économie sont beaucoup moins nécessaires maintenant et peuvent donc revenir à des niveaux plus normaux. La dette gouvernementale est un autre facteur. Elle est énorme, et cela tend à abaisser les prix et hausser les rendements. De plus, les investisseurs perçoivent les obligations de certains États comme présentant un niveau de risque élevé, ce qui tend aussi à pousser les rendements à la hausse. Ces facteurs s’appliquent dans une moindre mesure au Canada en raison de son plus faible endettement, et parce que ce pays présente moins de risque que beaucoup d’autres. Mais, comme nous avons pu le constater pendant la crise financière, les tendances de la finance internationale ne s’arrêtent pas à la frontière canadienne.

Le troisième facteur est beaucoup plus axé sur l’avenir. Il porte sur l’inquiétude du fait qu’à mesure que la reprise économique se consolide, la possibilité d’une reprise de l’inflation se ravive aussi. C’est là que les banques centrales auront leur rôle à jouer. La fonction de base des banques centrales, dont la Banque du Canada, la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne, est de maîtriser l’inflation. Pour la Banque du Canada, cela signifie la conservation du taux annuel d’inflation (mesuré par l’Indice des prix à la consommation) dans une fourchette de 1 à 3 pour cent. En février 2010, qui est le mois des dernières statistiques disponibles pour la préparation de cet article, l’inflation était bien contenue dans sa fourchette cible au Canada. Toutefois, les banques centrales relèveront leurs taux (les banques centrales de l’Australie et de l’Inde ont déjà commencé) parce que leurs analyses leur indiquent que si elles ne le font pas, le taux d’inflation futur augmentera probablement très fortement.

Quand les banques centrales rehausseront-elles leurs taux directeurs ?
La Banque du Canada entrera probablement dans le jeu au second semestre de l’année. Nous pouvons être pratiquement certains que la Banque n’augmentera pas ses taux parce que Mark Carney, son gouverneur, s’est engagé publiquement à conserver le taux directeur, c’est-à-dire le taux cible des fonds à un jour, à son niveau actuel de 0,25 % jusqu’en milieu d’année, excluant une hausse imprévue de l’inflation. Le moment exact d’une hausse des taux après cette date dépendra d’au moins deux choses. La première est la rapidité de croissance de l’économie canadienne, qui est un indicateur efficace de la pression exercée par la demande de produits et services sur l’offre, et du niveau d’inflation qui en résulte. Nous savons que la croissance économique s’est fortement redressée au quatrième trimestre pour atteindre un taux annualisé de 5 %. Même si le premier trimestre s’avérait légèrement inférieur, il s’agirait malgré tout d’une croissance économique très forte. Bien que les attentes en matière de croissance économique soient plus faibles au second semestre de l’année, on pourrait tout de même en conclure que le taux de croissance économique global justifie des hausses de taux d’intérêt.

La valeur de change du dollar canadien est une autre question importante que la Banque prendra en compte. Le point central du débat est que la remontée des taux d’intérêt, toutes autres choses étant égales, entraînera vraisemblablement une hausse du dollar canadien. Étant donné que l’économie canadienne est fortement axée sur les exportations – environ 35 % de la production économique dépend des exportations dans une année normale – la valeur du dollar canadien a un impact énorme sur les exportateurs. La Banque du Canada pourrait donc repousser le relèvement des taux d’intérêt si elle juge que le taux de change élevé nuit aux exportations.

Combien de temps durera cette tendance ?
Ces deux questions sont étroitement liées. Initialement, les banques centrales d’Europe, des États-Unis et du Canada seront probablement prudentes lorsqu’elles commenceront à relever les taux d’intérêt. En d’autres termes, elles tâteront en fait le terrain tout en gardant l’œil fixé sur l’activité économique. Selon les prévisions que je surveille régulièrement, celles qui semblent les plus crédibles sont celles qui suggèrent que le taux directeur de la Banque du Canada sera à 3,25 % d’ici la fin de 2011. (Je ne suis pas certain qu’il soit vraiment utile d’essayer de faire des projections au-delà de cette date). Lors de discussions récentes à propos de ces prévisions avec les conseillers en placements, j’ai obtenu des réponses tout à fait différentes. J’ai entendu que passer de 0,25 % à 3,25 % en quelque 18 mois est une hausse rapide. D’autres conseillers pensent que, par rapport aux données historiques sur les taux directeurs de la Banque du Canada, 3,25 % n’est pas une hausse particulièrement importante. En fait, le taux directeur moyen de la Banque du Canada au cours de la dernière décennie s’est élevé à 3,12 %.

La seconde question est de savoir dans quelle mesure les taux à beaucoup plus court terme augmenteront par rapport aux taux à plus long terme. Le jargon de l’industrie financière se réfère à la courbe de rendement, qui est simplement la ligne tracée à partir des taux à très court terme, comme les taux des bons du Trésor à 3 mois, en continuant tout au long de la gamme jusqu’au rendement des obligations à 30 ans du gouvernement du Canada. La hausse des rendements obligataires dont je parlais plus haut nous donne un indice. Les taux courts continueront vraisemblablement à progresser plus que les taux longs. Quand les banques centrales entreront en jeu, elles seront une force dynamique poussant les taux à la hausse, et leur influence se fera sentir le plus dans la partie courte de la courbe de rendement. Pour revenir au jargon financier, la courbe de rendement sera considérablement moins accentuée qu’elle ne l’est actuellement. Autrement dit, les taux le long de la courbe de rendement augmenteront probablement, mais les taux à plus long terme progresseront moins que ceux à plus court terme.

Quels sont les risques économiques liés à la hausse des taux d’intérêt ?
Ces dernières années ont servi à nous rappeler que nous devrions toujours penser aux risques. Nous devrions donc nous poser la question suivante : quels sont les risques liés à la hausse des taux d’intérêt ? Premièrement, penchons-nous sur les risques économiques généraux. Le risque principal est le choix du moment. En d’autres termes, nous savons que la reprise économique est en route, mais qu’il est encore trop tôt pour connaître sa vigueur et sa durabilité. Les banques centrales ne veulent relever leurs taux ni trop tôt, ni trop fortement. En même temps, nous savons que laisser les taux à leurs niveaux actuels entraînerait probablement une hausse de l’inflation dans l’avenir. C’est là un point crucial. Même si l’inflation est bien contenue dans la fourchette cible de la Banque du Canada au moment de la rédaction du présent article, toutes les leçons tirées du passé nous portent à croire que laisser les taux d’intérêt inchangés se traduira par des problèmes d’inflation plus tard. Par conséquent, il est important que les banques centrales relèvent les taux d’intérêt.

Quel est l’impact de la hausse des taux ?
La hausse des taux d’intérêt affectera vraisemblablement toute la situation financière de vos clients, et pas seulement leurs placements. La hausse des taux hypothécaires en est un bon exemple. De plus, au moins initialement, cette hausse pourrait avoir autant d’effet sur leur état mental que leur situation financière. Nous avons connu une période de taux d’intérêt très faibles pendant assez longtemps pour que certains soient choqués et surpris que ces hausses de taux prennent racine.

Pour les clients qui investissent dans des titres à revenu fixe uniquement pour le rendement du coupon, la hausse des taux est une bonne nouvelle, même si elle n’est pas suffisante pour qu’ils en oublient la répartition d’actif. Autrement dit, les taux n’augmenteront pas suffisamment pour résoudre à eux seuls les défis que pose le financement de leur retraite. Pour ceux qui recherchent les titres à revenu fixe pour les gains en capital et/ou le rendement global, les problèmes sont plus complexes. Ils comprennent, entre autres, l’ampleur de l’aplanissement réel de la courbe de rendement et le calcul de l’impact de la hausse des taux sur les cours obligataires en différents endroits de ladite courbe. Le temps pourrait donc être venu de se fier à l’expertise d’un gestionnaire de portefeuille obligataire.

Traditionnellement, le marché des actions a perçu les hausses de taux d’intérêt comme des éléments défavorables. Toutefois, c’est un domaine dans lequel la généralisation ne nous apporte rien. Dans ce cas précis, la hausse des taux d’intérêt sera le reflet de l’amélioration de la conjoncture économique, et semblerait ne pas être une mauvaise chose non plus pour les marchés boursiers. En outre, comme il a été dit plus haut, le taux directeur de la Banque du Canada pourrait à peine dépasser sa moyenne de la décennie passée.

Une hausse plus favorable que vous ne l’auriez pensé
Il est important de mettre en perspective les hausses de taux d’intérêt actuelles et futures. Tout d’abord, elles ne seront pas éternelles et pourraient ne pas se prolonger au-delà de la période de 18 mois dont nous avons parlé. Deuxièmement, il ne s’agit pas d’augmentations de taux pour ralentir ou arrêter l’activité économique dans le but de combattre l’inflation. Il s’agit de hausses de taux qui retireront les mesures de stimulation monétaire, ramèneront les taux à des niveaux plus normaux et joueront un rôle de régulateur pour empêcher que l’inflation de devienne un problème.

Les hausses de taux d’intérêt des 18 prochains mois feront sans doute des victimes. Cependant, l’opinion générale estime que c’est un retour à des niveaux plus normaux, qui reflètent un retour à une situation économique et financière plus normale des marchés. C’est une bonne nouvelle. Que pourrait-il arriver de mieux maintenant si ce n’est le moment du bon choix et un cheminement suffisamment satisfaisant des banques centrales pour empêcher les problèmes d’inflation dans le futur. Si elles réussissent, elles auront rendu à tous les investisseurs un énorme service.

Peter Drake est vice-président, Retraite et recherches économiques, auprès de Fidelity Investments Canada. Fort de plus de 35 années d’expérience à titre d’économiste, il dirige les initiatives de recherche de Fidelity axées sur la retraite au Canada à notre époque.

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