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Économie

La psychologie du placement

18 décembre 2013 | Susy Abbondi | Commenter

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Selon la théorie économique courante, les investisseurs sont des êtres rationnels qui pèsent le pour et le contre avant de prendre des décisions financières.

Si nous sommes tous prompts à croire que l’achat ou la vente d’actions découlent d’un choix rationnel, quiconque a déjà investi sait que ce n’est pas tout à fait le cas.

De nombreux facteurs influencent nos décisions d’investissement. Le domaine de la finance comportementale étudie l’ensemble des facteurs psychologiques et émotionnels qui expliquent pourquoi certains investisseurs adoptent un comportement irrationnel au moment de prendre une décision. Et cela est vrai tant pour les particuliers et les gestionnaires de portefeuilles que pour les conseillers en placement.

Si vous maîtrisez vos émotions, vous deviendrez un meilleur investisseur

Lorsque les émotions font entrave à la logique, il nous arrive parfois d’agir trop vite, trop lentement ou encore pas du tout. Selon un rapport récent sur la psychologie du placement publié par BMO, les deux tiers des Canadiens ne contrôlent pas totalement leurs émotions au moment de prendre des décisions en matière de placement – 60 % des répondants admettent avoir investi sur un coup de tête au moins une fois.

Des influences extérieures

Nos pensées sont souvent influencées par ce qui nous apparaît personnellement pertinent ou simplement par une information récente. Les psychologues nomment cette tendance l’aversion à la perte myope. La recherche a démontré que le dépit ressenti par la perte d’un dollar est deux fois supérieur au plaisir associé au gain de la même somme.

Par exemple, un investisseur peut devenir si obsédé par les pertes potentielles qu’il pourrait subir au cours de la prochaine journée, de la prochaine heure, ou même de la prochaine seconde, qu’il en oubliera ses perspectives à long terme.

Face à une perte potentielle, certaines personnes cèdent à la panique et liquident prématurément leurs actifs, alors que d’autres les conservent pour éviter une perte, même si un redressement est improbable. Certains investisseurs vont même jusqu’à se retirer complètement du marché en temps de ralentissement boursier. Ils restent à l’écart beaucoup plus longtemps que nécessaire, et ceux qui y reviennent ratent habituellement la majeure partie de la reprise.

Un autre exemple de décisions irrationnelles a pu être observé au plus fort de la crise financière en 2008. Plusieurs investisseurs ont décidé de liquider leurs actions pour rechercher la sécurité des bons du Trésor américain même si ceux-ci offraient un rendement négatif. Il se trouve que la peur est plus convaincante que l’arithmétique!

Certaines perceptions sont également gravées dans l’esprit des investisseurs : ceux-ci croient qu’un événement antérieur pourrait se reproduire à l’avenir. Une enquête mondiale de Placements Franklin Templeton menée auprès des investisseurs en 2011 est éloquente sur la question du biais de disponibilité. Lorsqu’on a demandé aux investisseurs de donner leurs impressions sur le rendement du marché boursier en 2009 et 2010, soit après la crise, en vertu de l’indice S&P 500, presque la moitié des répondants ont affirmé que le marché était en baisse ou qu’il stagnait, alors qu’il avait connu une hausse supérieure à 10 %.

La même logique s’applique en cas de marché haussier prolongé : les gens investissent presque sans retenue. Le marché baissier est relégué au souvenir et à une éventualité improbable alors que le retour à la moyenne est inévitable. Nous en avons été témoins lors de la folie des titres technologiques. Certaines entreprises ne généraient aucun revenu, encore moins de profits, mais le cours des actions a tout de même poursuivi sa hausse jusqu’à l’éclatement de la bulle.

Les investisseurs tombent aussi dans d’autres pièges comme l’excès de confiance. De l’avis de certains chercheurs, les gens surestiment leurs habiletés, leurs connaissances et leurs aptitudes, surtout sur des questions qui ne relèvent pas de leur compétence. L’excès de confiance pousse l’investisseur à multiplier les opérations, ce qui diminue ses rendements.

Lorsqu’on étudie le comportement des spéculateurs, on apprend que l’excès de confiance est plutôt le lot des hommes. En analysant les opérations d’investissement de 35 000 ménages de 1991 à 1997, Barber and Owen ont conclu que les hommes sont 45 % plus nombreux à investir en Bourse que les femmes. Chez les femmes, celles qui ont tendance à effectuer un nombre excessif d’opérations affichent une sous-performance moyenne de 1 % en matière de stratégie de placement à long terme, comparativement à une sous-performance moyenne de 1,4 % pour les hommes. Qui plus est, les hommes célibataires sont 67 % plus nombreux à investir en Bourse que les femmes célibataires et ils affichent une sous-performance moyenne de 2 % en matière de stratégie de placement à long terme.

Les coûts frictionnels de la spéculation boursière ont également un effet nuisible sur le rendement. Par exemple, si un investissement offre un rendement annuel de 15 % et qu’on laisse l’intérêt composé s’accumuler pendant 30 ans, l’impôt n’est payé qu’au moment de la vente. Avec un taux d’imposition de 35 %, le rendement annuel après impôt serait de 13 %. Si, au contraire, vous multipliez les opérations, même si vous obtenez un rendement de 15 %, vous payez constamment de l’impôt, ce qui diminue votre rendement à moins de 10 %. Les investisseurs qui visent le long terme ont une longueur d’avance puisqu’ils tirent profit du mécanisme fiscal pendant qu’opère la magie de l’intérêt composé.

Même les investisseurs qui n’achètent pas de titres particuliers n’évitent pas ce genre de pièges. Peter Lynch, l’investisseur à qui l’on doit le succès du fonds Fidelity Magellan, qui surpasse régulièrement le marché, évalue que, malgré la performance de son fonds, plus de la moitié de ses investisseurs ont perdu de l’argent. Puisque le fonds était coté en Bourse, les investisseurs ont afflué après deux trimestres prometteurs pour se retirer après deux trimestres moins intéressants.

Les investisseurs ont aussi tendance à suivre la masse. Écoutez la rhétorique du court terme dans lequel on s’enferme quotidiennement sur CNBC ou BNN. Même les investisseurs les plus avisés auront besoin de toute la volonté du monde pour ne pas suivre le troupeau.

Mais l’investisseur John Templeton a trouvé une solution. Alors qu’il dirigeait le groupe Templeton, il s’est retiré pour aller vivre et travailler aux Bahamas. Dans un entretien accordé en 2004 à Eleanor Laise, de Smart Money, Templeton affirmait : « Je trouve que j’obtiens de bien meilleurs résultats pour mes clients lorsque je travaille ici plutôt qu’au 30 Rockefeller Plaza. Lorsque vous êtes à Manhattan, c’est beaucoup plus difficile de nager à contre-courant. »

Calmer le jeu

Comme nous ne pouvons pas tous aller travailler sous le soleil des tropiques , voici comment vous pouvez aider les investisseurs à faire preuve de calme et de discipline.

Investissez selon vos compétences. Faites vos recherches et dégagez les conclusions qui s’imposent. Ayez confiance en vos investissements sans tomber dans le piège du biais de confirmation, selon lequel les investisseurs n’accordent d’importance qu’aux faits qui corroborent leurs opinions.

Tenez un journal de vos réflexions, raisonnements et sentiments en matière d’investissement. Avant de prendre une décision, rappelez-vous pourquoi vous avez acheté ce titre. Soyez honnête envers vous-même et remettez vos motivations en question. Si les raisons pour lesquelles vous avez acquis le placement sont toujours valides, il n’est peut-être pas justifié de le vendre.

N’essayez pas de prédire l’avenir. Appuyez-vous plutôt sur des principes fondamentaux. Établissez des règles, donnez-vous un cadre de travail et choisissez des placements qui s’y inscrivent.

Visez le long terme. Plusieurs investisseurs mettent l’accent sur les gains et les pertes à court terme, mais il est préférable de vous concentrer sur la valeur de votre patrimoine à long terme. Établissez un plan d’investissement afin de garder le cap sur vos objectifs.

Prenez le temps de mûrir vos décisions. La nuit porte conseil ! Les marchés ont ceci de merveilleux qu’il y a toujours une autre bonne occasion à saisir.


Susy Abbondi est analyste boursière à Duncan Ross Associates. Ce texte est paru dans le magazine Advisor’s Edge Report de janvier 2013.


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