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La PSV à 67 ans : inciter plutôt qu’obliger

19 avril 2012 | Fred Vettese | Commenter

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En 2029, les travailleurs ne pourront recevoir la Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) qu’à l’âge de 67 ans. Après près d’un demi-siècle d’améliorations apportées aux programmes de retraite du gouvernement, cette décision est un premier pas en arrière. Et ce pourrait ne pas être le dernier.

Au cours des quatre dernières décennies, les marchés financiers et la démographie ont joué en notre faveur, nous permettant de profiter de longues retraites. Mais cette ère est révolue et le changement de l’âge d’admissibilité à la PSV n’en est pas la cause, mais bien le symptôme.

Il y a une idée fausse qui est assez répandue selon laquelle nous serions au beau milieu d’une crise de la retraite. C’est certainement une conclusion assez logique, compte tenu du faible taux de couverture dans le secteur privé (seulement 22 % des travailleurs sont couverts par un régime privé, selon Statistique Canada) et le montant élevé de cotisations au REER non utilisées. Malgré tout, les retraités sont plus à l’aise financièrement que la population active. En utilisant comme point de repère le seuil de faible revenu (SFR) afin de mesurer la pauvreté, seulement 5,2 % des retraités sont sous le SFR, comparativement à 10,5 % des gens âgés de 18 à 64 ans. Ces chiffres ne tiennent pas compte du fait que l’on dépense plus de 30 000 $ par année pour les soins de santé de chaque personne âgée de plus de 75 ans et plus, comparativement à 4000 $ en moyenne pour le reste de la population.

Le point n’est pas de savoir à quel point les retraités se portent bien, mais plutôt de voir quels seront les changements. Il y a trois facteurs qui expliquent pourquoi les travailleurs plus âgés ont été en mesure de prendre leur retraite plus tôt et de vivre assez confortablement. Premièrement, ils ont réussi à se bâtir un patrimoine substantiel, en tant que propriétaires, puisque le prix des maisons s’est accru de 500 % en 30 ans, alors que l’inflation a augmenté de 154 % sur la même période.

Deuxièmement, les actifs financiers ont bien performé, en dépit de la crise financière, alors que le rendement médian des régimes de retraite a été de 9,1 % (avant les frais), au cours de 25 dernières années.

Le troisième facteur, et le plus important, est que la population active a fortement augmenté entre 1960 et 2000, et ce à cause de deux phénomènes. D’abord, le taux de participation des femmes dans la population active est passé de 33 % à 67 %. Deuxièmement, les baby-boomers sont entrés dans la population active. Qu’est-ce que cela a avoir avec l’âge de la retraite? L’offre de travailleurs a crû plus rapidement que le marché du travail, ce qui a causé un taux de chômage moyen de 4,2 % dans les années 1950 et de 9,6 % dans les années 1990. Les gouvernements, les employeurs et les syndicats souhaitent tous voir les travailleurs plus âgés quitter le marché du travail un peu plus tôt, afin de diminuer la pression faite sur le marché du travail et ils ont tous fait de leur mieux pour faciliter les retraites anticipées.

Ces trois facteurs se sont aujourd’hui retournés contre nous. Tout d’abord, nous sommes peut-être, ou peut-être pas, au beau milieu d’une bulle immobilière, et même si ce n’est pas une bulle, il y a de nombreuses raisons qui expliquent pourquoi les prix des maisons vont augmenter moins rapidement, à l’avenir. La conséquence sera, pour les retraités, moins de richesse immobilière. Ensuite, tous les actuaires s’entendent pour dire que les rendements futurs du marché financier seront plus faibles qu’au cours des 25 dernières années. Cette affirmation est plus qu’une supposition. Les obligations ont vu leur ascension des 30 dernières années prendre fin, alors que les taux d’intérêt sont passés de 18 % à 3 %, une chute qui fait que les rendements réels (après inflation) sont de près de 9 % par année. Lors des périodes qui, par le passé, ont commencé avec de faibles rendements des obligations, nous avons pu souvent observer des rendements négatifs lors des 30 années suivantes.

Finalement, la démographie a changé. Le surplus de travailleurs diminue rapidement, alors que le taux de participation des femmes stagne et que les baby-boomers prennent leur retraite. C’est ce qui a fait que le taux de chômage est descendu à 7 % au cours des années 2000, comparativement à 9,6 % dans les années 1990. Une fois que le taux de chômage se situera à 5 % — probablement au cours de la prochaine décennie – il n’y aura qu’un seul bassin important de travailleurs sur lequel compter : les personnes dans la soixantaine qui pensent qu’ils sont sur le point de prendre leur retraite.

Si l’économie a réellement besoin de ces travailleurs, on trouvera des moyens pour les garder plus longtemps au travail – soit par le biais de mesures incitatives afin qu’ils restent ou soit par le biais de pénalités s’ils décident de quitter trop tôt. C’est plus qu’une conjoncture. Les changements récents aux facteurs actuariels des régimes de retraite du Canada et du Québec reflètent cette nouvelle réalité : les réductions sont plus grandes pour les retraites anticipées et l’on assiste à des améliorations pour les retraites tardives.

Le passage de l’âge de l’admissibilité à la PSV à 67 ans est également un exemple. La transition de régimes de retraite à prestations déterminées vers des régimes à cotisation déterminée est aussi une cause des retraites tardives. Nous pouvons nous attendre à d’autres mesures semblables de la part des gouvernements et des employeurs, afin d’encourager les retraites tardives ou de dissuader les travailleurs de prendre des retraites anticipées, alors que le taux de chômage continuera de baisser. Le résultat final sera que les Canadiens prendront leur retraite plus tard.

Fred Vettese est l’actuaire en chef de Morneau Shepell.

 

 

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