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L’autorégulation bancaire est une « fiction »

26 février 2015 | La rédaction | Commenter

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Les récentes affaires de fraude massive impliquant HSBC, le Crédit suisse ou l’Union des banques suisses, entre autres, montrent que la volonté, ou la capacité, des acteurs financiers à s’autoréguler a atteint ses limites, estime Pierre Lascoumes, spécialiste de la finance mondiale.

Dans une tribune publiée en début de semaine par le quotidien Le Monde, ce directeur de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et au Centre d’étude européenne de Sciences Po, à Paris, explique que, malgré la crise majeure de 2008, ceux-ci « sont parvenus à échapper à des contrôles publics exigeants et à persuader les gouvernants qu’ils étaient les seuls à pouvoir exercer une discipline en leur sein ».

Activités spéculatives « limitées à la marge » 

En dépit de leurs proclamations, les gouvernements des pays industrialisés n’ont en effet réussi qu’« à limiter à la marge les activités spéculatives des banques », soutient-il, n’hésitant pas à parler « d’hypocrisie [des] acteurs financiers vis-à-vis des fonds d’origine douteuse ».

Depuis plus de deux décennies, pointe Pierre Lascoumes, tous les établissements bancaires « se sont engagés au respect croissant des normes internationales de la lutte contre le blanchiment, en particulier celles concernant l’identité de leurs clients et la légalité des sommes qu’ils déposent. Les excuses récentes de HSBC montrent les limites de ces promesses ».

Au-delà des dernières affaires en date, affirme le spécialiste, on voit apparaître au grand jour « le double jeu que la plupart des grandes banques ont mis en place et sans cesse sophistiqué depuis vingt-cinq ans, en continuant à offrir à une partie sélectionnée de leur clientèle un ensemble de services d’anonymisation et de dissimulation ».

Des fonds offshore en constante progression

Un système qui, selon lui, permet « non seulement à des détenteurs “d’argent sale”, mais aussi à une partie de l’élite mondiale et aux plus grandes entreprises, d’organiser leurs évasions fiscales et financières ». Dans ces conditions, « il ne faut pas s’étonner, comme l’a montré l’économiste Gabriel Zucman, que les sommes dissimulées dans les places offshore ne cessent de progresser ».

Pierre Lascoumes relève par ailleurs que depuis la fin des années 1980, les États membres du Groupe d’action financière internationale chargés de lutter contre les fonds d’origine illicite « ont étroitement négocié avec les organismes bancaires le choix des mesures » à appliquer.

Mieux : ils ont « fait reposer sur eux l’essentiel de la détection et du signalement aux autorités publiques des flux et clients suspects », une coopération qui a assuré aux institutions financières leur impunité pénale.

« Exercice d’hypocrisie collective »

Or, force est de constater « l’inefficacité massive de ces dispositifs », assène le chercheur, qui note qu’aujourd’hui, en Suisse ou en Grande-Bretagne, par exemple, « les autorités nationales sont mises en cause pour leur aveuglement ».

La raison? Celles-ci « ne disposent en fait d’aucun véritable pouvoir de contrôle, ne serait-ce que parce que les acteurs financiers ont toujours veillé méticuleusement à ce qu’il en soit ainsi ».

Quant au « contrôle par les pairs », prôné par l’industrie, il se révèle « un bel exercice d’hypocrisie collective qui permet au Delaware, aux îles Anglo-normandes, au Luxembourg et à la Suisse de continuer à être parmi les territoires les plus laxistes et les moins coopératifs ».

Conclusion de Pierre Lascoumes : « Les banques n’ont-elles pas fait la preuve de leur inaptitude à l’autorégulation? »

HSBC se dit « honteuse » de l’affaire SwissLeaks

Deux semaines après les révélations concernant sa filiale suisse, la banque britannique a de nouveau fait son mea culpa lundi, cette fois-ci à l’occasion de la publication de ses résultats annuels, amoindris par les diverses amendes qu’elle a dû payer aux autorités de régulation.

Son directeur général, Stuart Gulliver, a même déclaré avoir « honte » par rapport à la façon dont HSBC Suisse s’était comportée dans les années 2000. Pour sa défense, il explique que le groupe avait grandi trop vite et perdu la maîtrise de ce qui se passait dans les quelque 150 pays où il était présent.

Mais dans la foulée, il a promis que la page était désormais tournée. Aujourd’hui, relève Le Monde, les opérations helvétiques de HSBC se sont d’ailleurs fortement réduites, puisque la banque accueille environ 70 % de comptes en moins en Suisse.


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