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Le 1 % en progression

25 avril 2014 | La rédaction | Commenter

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En popularisant le concept de l’élite financière du 1 %, l’économiste français Thomas Piketty et son équipe de chercheurs n’ont pas manqué de transformer le débat sur la disparité de la richesse.

Ils ont brossé un portrait de l’inégalité des revenus en utilisant des expressions que M. et Mme Tout-le-Monde peuvent aisément comprendre. Dossiers d’impôt à l’appui, ils ont démontré combien d’argent il fallait avoir en banque pour faire partie du club sélect du 1 %, de même que la proportion des revenus qu’il représente.

Des échos partout dans le monde

Le mouvement « Occupy Wall Street », qui a eu des échos jusqu’à Montréal en 2011, en a fait son cri de ralliement. Les politiciens semblaient, jusqu’ici, ne faire que peu de cas des données mises au jour par M. Piketty et ses collègues. Mais le lancement, le mois dernier, de son dernier ouvrage Le Capital du XXIe siècle a changé la donne.

L’économiste y explique comment une frange de la population américaine, toujours plus petite, accapare de plus en plus de richesse aux États-Unis.

Quelque 22,5 % de revenus personnels ont rejoint, en 2012, le 1 % des plus riches, soit la proportion la plus élevée depuis 1928. Ce qui peut sembler beaucoup. Et ça l’est. Mais la concentration est encore plus importante dans la tranche supérieure de ce pourcentage, à 0,01 %. Ce sont ces individus qui détiennent près de 5,5 % de tous les revenus, un record inégalé depuis 1913. Cette année-là, le 16e amendement de la Constitution a été ratifié, permettant du même coup au Congrès de collecter des impôts sur le revenu.

En moyenne, un Américain faisant partie du 1 % a un revenu annuel d’environ 1,3 million de dollars. Ceux qui figurent tout en haut de pourcentage, à 0,01 %, font quant à eux quelque 30,8 millions de dollars par année.  Si l’on tient compte de l’inflation, la moyenne des gains empochés par ce 0,01 % d’individus a été multipliée par sept depuis 1913.

En comparaison, la moyenne des revenus des 90 % restants — calculée là encore en fonction de l’inflation — n’a crû que par trois depuis 1917. Pis encore : elle a reculé au cours des treize dernières années.

Une précision inégalée

Les économistes n’avaient pas accès à des indicateurs aussi précis sur l’inégalité avant la publication de la recherche de M. Picketty. Prenez par exemple le coefficient de Gini, développé par l’Italien Corrado Gini en 1912. Cet indicateur mesure la distribution du revenu sur une échelle de 0 à 1 : plus l’indice se rapproche de 0, plus l’égalité est grande puisque tous ont le même revenu. À l’opposé, le chiffre 1 indique qu’une seule personne détient tous les revenus.

Le bureau américain du recensement a évalué que le coefficient de Gini des États-Unis s’établissait à 0,48, en hausse par rapport au 0,40 enregistré en 1967.

Or, sans les données sur l’impôt compilées par M. Piketty, il serait difficile de donner une signification à cette augmentation. La légère hausse de 0,08 camoufle la quantité réelle d’argent qui a été amassée au sommet du 0,01 %.

Les bases de données présentées par M. Piketty sont toutes accessibles gratuitement sur le site web The World Top Income Database. On peut notamment y consulter les disparités de revenus entre différents pays, dont la Chine, la France, l’Indonésie, la Norvège et l’Uruguay, entre autres.

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