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Argent

Couple et finances : attention, fragile!

31 octobre 2011 | Sophie Ducharme | Commenter

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La vie à deux, nous le savons, amène son lot de joies, de surprises, de négociations, mais aussi parfois de confrontation de valeurs. Au premier chef, notre relation avec l’argent. Ce qui peut apparaître comme étant une dépense farfelue pour l’un peut très bien faire partie du quotidien de l’autre. Ajoutons un écart entre les salaires et les économies accumulées, il n’en faut pas plus pour réaliser que l’argent, encore et toujours, constitue l’une des principales sources de conflits dans les chaumières, et ce, universellement, peu importe les revenus du ménage.

Alors quels sont les pièges à éviter pour tenter de ne pas semer la zizanie dans le couple?

Mettre tout son argent en commun

Le compte conjoint devrait généralement servir que pour les dépenses communes : paiement des comptes courants, épicerie, hypothèque, taxes, assurances habitation, fonds de vacances ou autres projets communs.

Concernant les surplus, on conserve son propre compte personnel. Ainsi, chacun préserve son indépendance financière et peut administrer ses fonds propres comme il l’entend. Cette façon de faire réduit les discussions interminables et les réprimandes quant à la frivolité ou à la cadence des achats effectués par l’un ou l’autre. Tant que les besoins communs familiaux demeurent comblés, le reste nous appartient.

Le fait de détenir un compte individuel permettra aussi à chacun de mettre en place le profil d’investisseur qui lui convient quant à la gestion de son portefeuille.

De plus, avec l’assurance d’une complète autonomie par le biais de son compte personnel, on pare aux contrecoups dans l’éventualité où l’un des conjoints décède ou devient inapte. En effet, quand de tels événements surviennent, les institutions financières procèdent au gel, pour une durée indéterminée, de la totalité des comptes du défunt ou de l’inapte, que ces comptes soient conjoints ou non. Or, en disposant à ce moment de ses propres ressources financières, il sera plus facile d’affronter la suite des événements… qui seront d’ailleurs déjà assez éprouvants.

Enfin, la réserve détenue dans le compte personnel assurera à son détenteur l’accessibilité à ses fonds, dans les cas où le compte conjoint se verrait saisi par un créancier du conjoint ou encore carrément dilapidé par ce dernier.

En faire un sujet tabou
Nous le savons, la communication est primordiale au succès de tous projets communs. Bien que discuter d’argent soit très peu romantique, vaut mieux l’aborder rapidement au début d’une relation qui s’annonce sérieuse.

Une voie élégante d’aborder le sujet peut être de proposer d’établir ensemble un budget. Ce volet devrait inévitablement être couvert avant d’avoir des enfants ou encore d’assumer un prêt hypothécaire conjointement. Cet exercice permettra rapidement d’ouvrir la discussion sur les règles préconisées et qui conviendront au deux. Inutile, de toute façon, de laisser les perceptions erronées risquer d’envenimer la situation.

Il faut également être prêt à échanger sur son histoire de crédit : faillite, dettes demeurées impayées ou simplement habitudes de vie quant à la gestion de ses dépenses. Certains exigent même de voir la cote de crédit du nouveau partenaire puisqu’il pourrait avoir des conséquences importantes sur la suite des projets futurs. L’un des conjoints pourrait se retrouver seul responsable de la dette lors de l’octroi d’un prêt hypothécaire permettant l’achat d’une maison commune, dans l’éventualité où son conjoint traîne avec lui un lourd et sombre passé financier.

Bref, tentons d’être bien informés rapidement de manière à éviter ce genre de surprises.

Adopter la mauvaise approche financière
Dans le but d’éliminer bien des frustrations, il importe de s’assurer que le plan financier établi respectera les valeurs de chacun.

Une étude menée en 2007 par des chercheurs universitaires auprès de couples québécois relève en fait trois méthodes de gestion courantes des finances domestiques.

1. Ce qui est à moi est à moi.
Le partage des dépenses moitié-moitié, avec réserves séparées, peut s’avérer adéquat dans les cas où les conjoints génèrent des revenus semblables. Dans le cas contraire, ce modèle peut entraîner une iniquité qui risque fort de miner le sentiment de sécurité de celui ayant le plus petit revenu. En effet, celui qui gagne 45 000 $ annuellement et qui paie la moitié de tous les frais mensuels à l’instar de son conjoint dont le revenu est plutôt de 155 000 $ aura bien du mal à gérer ses dépenses personnelles et ses économies après avoir payé sa part des comptes mensuels.

2. Ce qui est à moi est un peu à nous
De manière à pallier un écart de salaire, le partage des dépenses communes au prorata des revenus gagnés, avec conservation personnelle des surplus, peut être choisi.
Cette façon de faire permet d’éviter bien des angoisses de la part de celui qui a un plus petit salaire, sauf qu’il faut comprendre que son budget de dépenses personnelles et d’économies sera toujours plus mince que celui de son partenaire.

3. Ce qui est à moi est à nous
Dans l’éventualité où notre concept des finances est davantage familial, la mise en commun des revenus et des réserves pourrait être le modèle requis. De cette façon, peu importe le revenu gagné individuellement, chacun dispose des mêmes sommes pour ses dépenses personnelles, une fois les dépenses communes acquittées.

Attention toutefois, dans ce modèle, tout doit être discuté à deux. Le lien de confiance entre les conjoints et la même philosophie demeurent des éléments incontournables au succès de cette recette. Cependant, cette méthode pourrait être fort inconfortable pour un couple composé d’une cigale et d’une fourmi!

En résumé, aucune méthode n’est parfaite et celle choisie aujourd’hui pourra différer de celle de demain en fonction de l’évolution de la situation financière familiale du couple concerné et des valeurs priorisées. Une question primordiale à se poser d’emblée lors du choix de la méthode à adopter devrait être ce qui adviendra en cas de contrecoups financiers futurs, à savoirune perte d’emploi, la maladie prolongée de l’un des partenaires ou encore la naissance d’un enfant.

Tout gérer seul
Même si l’un des conjoints manifeste plus de talents ou d’intérêts pour ce faire, l’implication des deux partenaires dans la gestion du budget (revenus et dépenses) est l’ingrédient principal pour s’assurer d’être toujours au même diapason.

Chacun devrait participer à la tâche de manière à maintenir la communication d’information évolutive à jour, se responsabiliser sur le sujet en tout temps et s’assurer que ses besoins soient respectés. Ainsi le risque de mésentente future ou de frustrations accumulées se voit d’autant réduit.

Transmettre des valeurs différentes aux enfants
On décide de faire travailler notre adolescent durant l’été et on l’encourage avec une petite allocation ou encore on cède volontiers aux différentes demandes à la carte qui nous sont soumises, prétextant qu’il aura bien le temps de gagner leur vie?

Voilà un exemple de principes sur lesquels les parents devraient s’entendre afin de gérer aisément le quotidien financier de la famille. Quelles valeurs désirons-nous transmettre à nos enfants, et ce, bien au-delà du seul aspect financier? Ces valeurs de base inculquées très tôt dans l’enfance risquent fort de se perpétuer tout au long de leur vie d’adulte.

Les discussions préalables revêtiront une importance accrue, si l’expérience propre des conjoints vécue durant l’enfance s’avère différente pour l’un et pour l’autre.

Il est d’ailleurs de plus en plus question que le système scolaire assume un rôle dans l’éducation financière des adolescents. Les notions de valeur de l’argent gagné, bases du système économique et de l’ABC de la planification budgétaire, auraient tout avantage à être apprivoisées le plus rapidement possible. On recommande même, au terme de certains rapports récents sur le sujet, l’instauration de cours obligatoires dans le programme de niveau secondaire. C’est effectivement dès ce moment que l’on développe des attitudes à l’égard de l’argent et de la vision adoptés face au bien-être financier.

Vénérer la pensée magique… ou négliger de s’informer
En matière de finances personnelles comme dans bien d’autres domaines, lorsqu’une solution miraculeuse nous est proposée en regard des rendements espérés, retenons que ce n’est très souvent que mirage. Attention de ne pas tomber dans le piège de structure ou produit financier complexes que l’on nous offre et dont on ne saisit pas très bien le fonctionnement. L’idée étant d’y voir clair en tout temps et de s’assurer de recevoir de l’information objective.

Conséquemment, l’un des sujets populaires dans les milieux financiers actuellement est assurément l’accès à de la documentation financière.

De plus en plus, les joueurs clés du milieu financier désirent créer un environnement attirant et stimulant qui favorise l’accès à l’information. En fonction de la façon dont les gens perçoivent leur niveau de connaissance dans le domaine financier et selon l’étape à laquelle ils se trouvent dans leur vie, les questions d’argent qui les intéressent diffèrent d’une personne à l’autre.

De plus, il y a souvent un fossé entre les connaissances, la bonne volonté et l’application des bonnes pratiques.

Les gens sont souvent véritablement en mesure d’acquérir des connaissances lorsqu’ils en ressentent le besoin directement. Ainsi, pour les rejoindre efficacement, nous devons fournir de l’information financière, à demande, en fonction des grandes étapes de leur vie.

Or avec l’arrivée de l’interactivité des internautes sur le web, l’information financière en langage clair s’adressant aux jeunes et aux moins jeunes nous amène facilement vers une mer de connaissances qui ne demande qu’à nous éclairer dans nos choix. À nous de nous y retrouver et d’en profiter!

Sources d’informations suggérées :
Sur le web : www.jecomprends.ca
Livre : Les bons comptes font les bons couples, Collection Affaire Plus, Denise Archambault et Lison Chèvrefils

Sophie Ducharme est notaire, Pl. Fin., vice-présidente, Fiducie et service-conseil, Gestion privée 1859, Trust Banque Nationale.

Cet article est une version web de l’édition d’octobre du magazine Conseiller. Consultez-le en format PDF.

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