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Le gestionnaire d’actifs qui n’aimait pas Wall Street

9 février 2016 | La rédaction | Commenter

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Laurence_Larry_Fink_BlackRockLe président de BlackRock fait encore des siennes. Dans une lettre, Larry Fink exhorte les dirigeants des plus grandes sociétés cotées aux États-Unis et en Europe à cesser de penser à court terme. C’est une confrontation de plus avec l’establishment financier pour celui qui commence à en devenir un habitué.

Publiée la semaine dernière dans le New York Times, cette missive du président du plus gros gestionnaire d’actifs du monde (avec 4 645 G$ d’encours) ne passera certainement pas inaperçue auprès des dirigeants d’entreprises présentes en Bourse.

Sans mâcher ses mots, l’homme de 63 ans les invite à se détacher des attentes immédiates des investisseurs, rapporte Le Figaro.

« HYSTÉRIE DU RÉSULTAT TRIMESTRIEL »

En effet, il y parle notamment de stratégie à courte vue et d’« hystérie du résultat trimestriel », deux attitudes qu’il juge « en totale contradiction avec l’approche à long terme dont nous avons besoin ». Plus étonnant de la part d’un investisseur institutionnel, il pourfend également la rémunération des actionnaires.

Plus précisément, Larry Fink « conteste la priorité donnée aux dividendes et aux actions quand ils se font au détriment des investissements, de l’innovation, si stratégiques quand les modèles d’affaires sont confrontés au risque de perturbation venu des nouveaux acteurs de la Silicon Valley ».

Bref, le patron de BlackRock estime que le court terme ne doit pas prendre le pas sur la « création de valeur à long terme », une notion qui est son cheval de bataille.

SOUTENIR LES ACTIVISTES

Au passage, il se dit également inquiet des excès actuels en matière de profits aux actionnaires, avec des dividendes qui s’envolent comme jamais depuis 2009 pour les sociétés de l’indice S&P 500, tandis que les rachats d’actions ont progressé de 27 % au cours des 12 derniers mois.

Cet appel à élaborer des « plans stratégiques de création de valeur à long terme » n’est pas uniquement théorique, souligne Le Figaro, qui le juge « assorti d’une menace à peine voilée ». Larry Fink soutient en effet que les actionnaires activistes qui viennent « brasser » les directions de grandes compagnies aux États-Unis et en Europe « proposent parfois de meilleures stratégies de long terme que [les gestionnaires] en place ».

« Lorsque cela se produit, BlackRock soutiendra leurs propositions », prévient le président, qui rappelle que ses équipes l’ont déjà fait au cours des derniers mois pour 39 % des 18 plus importantes campagnes activistes chez nos voisins du Sud.

CE N’EST PAS SA PREMIÈRE LETTRE

Comme le fait remarquer Le Monde, le dirigeant n’en est cependant pas à sa première lettre… ni à sa première sortie contre l’establishment financier, en particulier les gestionnaires.

Ainsi, au printemps 2015, il avait déjà lancé un appel aux patrons des grandes entreprises des deux côtés de l’Atlantique. Sans grand résultat, déplore-t-il dans sa « leçon » de cette année, puisqu’il dit constater que beaucoup d’entre elles persévèrent encore dans « des pratiques qui minent leur capacité à investir dans le futur ».

Cette publication intervient en plein contexte électoral aux États-Unis, souligne Le Monde, qui relève que la candidate à l’investiture démocrate Hillary Clinton reprend parfois dans ses discours quelques-unes des idées lancées par Larry Fink.

UN FERVENT DÉMOCRATE

Rien d’étonnant quand on sait que le co-fondateur et patron de BlackRock, qui se définit comme un « anti-Wall Street » et s’est toujours déclaré hostile à l’investissement risqué, est un fervent partisan du parti démocrate. Au point qu’il y a quelques années, son nom circulait parmi les candidats potentiels au poste de secrétaire au Trésor.

« Nous devons voter pour ce que nous pensons être dans le meilleur intérêt de la compagnie à long terme, déclarait-il en 2014 au Globe and Mail. Et nous voulons des dirigeants qui se concentrent sur ce type de stratégies. »

Larry Fink se dit admiratif du système de retraite canadien, qu’il juge nettement plus performant que les régimes en vigueur aux États-Unis. Il déclare aussi être « un grand fan des régimes d’épargne obligatoire », à l’image de ce qui existe par exemple en Australie.

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