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Le glas des GRV et des VU a-t-il sonné?

10 décembre 2012 | Ronald McKenzie | Commenter

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La réduction des garanties qui frappent de nombreux contrats de fonds de placement avec garantie de revenu à vie (GRV) forcent les assureurs à repenser leurs produits et les conseillers, leur pratique.

La disparition ou, dans le meilleur des cas, la diminution des garanties rendent ces programmes moins attrayants. Des assureurs vie comme Transamerica les ont carrément abandonnés. D’autres, telle la Standard Life, ont suspendu la vente de ces contrats.

« On revient aux bons vieux fonds distincts. Avec leur protection du capital à l’échéance et au décès, ils procurent de la sécurité aux préretraités et aux retraités », dit André Langlois, directeur principal, développement et mise en marché, assurances et épargne pour les particuliers, à Desjardins Sécurité financière.

En 2008, à la suite de la crise financière, Desjardins a supprimé la GRV à l’un de ses produits phares, le fonds de placement Helios. De plus, il a ramené de 7 % à 5 % le boni accordé aux clients qui n’effectuent aucun retrait dans leur police au cours des dix premières années. « Nous avons retiré cette garantie à cause [de la faiblesse] des taux d’intérêt. Le produit n’était pas viable », indique André Langlois.

Forte demande

La Financière Manuvie, l’Industrielle Alliance et SSQ Groupe financier, entre autres, ont procédé à de tels rajustements. Les consommateurs en ont-ils encore pour leur argent ? « Sans aucun doute. Il faut voir ce que les autres instruments de placement génèrent comme revenus », dit Michelle Ostermann, vice-présidente adjointe, produits de placement garanti, chez Investissements Manuvie.

Elle donne l’exemple du fonds de dividendes de Manuvie, qui rapporte entre 3 % et 4 %. Par comparaison, le fonds RevenuPlus, en nouvelle version allégée, génère un rendement de 4 % à une personne de 65 ans et de 5 % si elle a 75 ans. « Et on parle de revenu viager qui est garanti », précise Mme Ostermann.

Marc Saint-Jacques, directeur des produits d’épargne et de retraite à l’Industrielle Alliance, admet que le retrait de la GRV du Programme Épargne et Retraite IAG « est un gros changement ». Quand même, les nouveaux clients continuent de bénéficier des garanties classiques des fonds distincts (protection du capital à l’échéance et au décès), tandis que ceux qui ont souscrit le Programme Épargne et Retraite IAG quand tout baignait ne perdront aucun privilège.

Malgré ces « gros changements », la demande pour des produits proposant des revenus viagers reste forte. « Bien que les ventes aient légèrement fléchi l’an dernier, elles demeurent assez stables. Nous sommes surpris », constate Mme Ostermann. Mais, dans le contexte économique actuel, il est impossible de conserver telle quelle la structure des fonds de placement avec GRV. Certains assureurs misent donc sur l’innovation. « Nos équipes en recherche et développement travaillent beaucoup avec les rentes. Tout produit qui offrira une combinaison de protection du capital et de potentiel de revenu sera populaire », dit M. Langlois.

Lorsque les taux d’intérêt remonteront, réintégrera-t-on les GRV ? Pas sûr. « Si les conditions sont meilleures, on va étudier toutes les possibilités », note M. Saint-Jacques. Même hésitation chez Manuvie. « La chute de 100 points de base l’an dernier nous a poussés à réduire nos taux de paiement. Il est raisonnable de croire qu’une remontée au moins équivalente serait nécessaire pour remettre cette garantie en vigueur. Toutefois, plusieurs autres facteurs pèseront dans la balance », avance Mme Ostermann.

Viabilité incertaine

Les efforts que déploient les compagnies d’assurance pour adapter leurs fonds de placement avec GRV aux réalités du marché ne réussissent pas à convaincre Denis Preston, CPA, CGA, des avantages liés à ces produits. « Avec des taux de paiement de 4 %, ça prend 25 ans avant qu’un client puisse récupérer son capital. Ce n’est pas très intéressant », dit-il.

En outre, il doute de leur viabilité à long terme. L’une des difficultés est la couverture du risque. « Par exemple, si je garantis à un client que, dans dix ans, son placement de 100 000 $ en actions canadiennes vaudra encore 100 000 $, je peux couvrir ce risque à l’aide d’une option de vente à long terme sur l’indice boursier canadien », illustre le consultant en gestion de risque et chargé de cours en assurance et en comptabilité à HEC Montréal.

Maintenant, admettons que les gestionnaires obtiennent le rendement de l’indice avant frais et que cet indice a fait un rendement nul sur dix ans. Avec des frais de gestion et d’assurance de 3 % par année, la valeur des portefeuilles des clients aura baissé de 26 %. Pour se protéger contre cet écart, l’assureur doit acheter plus de contrats de couverture, ce qui va augmenter ses frais qui, à leur tour, risquent d’augmenter ses besoins en couverture ! La situation est encore pire si les gestionnaires obtiennent un rendement inférieur à leur indice de référence. « Nous sommes en présence d’un cercle vicieux », affirme M. Preston.

Comme solution de rechange, il propose des combinaisons de rentes viagères avec des fonds communs traditionnels. Pour quelqu’un qui cherche une sécurité à la retraite, cela donnerait « de meilleurs résultats, compte tenu des frais ».

À propos de rentes viagères, pourquoi les consommateurs n’optent-ils pas tout simplement pour cela s’ils désirent toucher un revenu… viager ? « Ça dépend de ce que le client recherche. Les rentes viagères procurent un revenu plus élevé que les produits à garanti de revenu. Par contre, vous n’avez plus de contrôle sur vos fonds », souligne M. Saint-Jacques. Cela signifie que, si les marchés prennent du tonus, les rentiers ne peuvent pas en profiter. En cas d’imprévu, il est également impossible, avec une rente viagère, d’effectuer des retraits forfaitaires.

Et puis, encore faudrait-il que les consommateurs en veuillent, des rentes viagères. Selon M. Preston, ils les évitent parce qu’ils ont le sentiment de perdre leur capital, de recevoir peu en contrepartie de la cession de leur argent. « C’est d’autant plus curieux que ces mêmes personnes sont ravies de toucher des rentes garanties provenant d’un régime de retraite à prestations déterminées. On a là un problème de finance comportementale », explique le spécialiste.

Encore un choix intéressant?

Comment les conseillers se débrouillent-ils avec ces fonds de placement qui ont connu un succès retentissant lors de leur lancement, mais qui sont maintenant moins attrayants ? « Ils n’ont d’autre choix que d’adapter leur pratique, en faisant des projections basées sur des taux de paiement de 4 % au lieu de 5 %. Et en présentant les autres atouts de RevenuPlus », dit Mme Ostermann.

« Les changements sont moins pires qu’il n’y paraît. Si vous regardez les alternatives, les produits à GRV demeurent un choix encore intéressant », dit Robert Lachance, directeur, investissements, au bureau de Montréal du Groupe Cloutier. Même lorsque le taux de paiement passe de 5 % à 4 % ? L’impact sera probablement limité, estime-t-il.

« Quand vous commencez à décaisser un FERR, le taux de retrait à 71 ans est de 7,38 %, ou 7380 $ pour une valeur marchande de 100 000 $, par exemple. Que le revenu du produit GRV soit de 4 % au lieu de 5 %, ça ne fait pas une si grande différence, parce que le retrait du FERR sera de toute façon plus élevé que le revenu garanti. À 71 ans, le fiduciaire doit vous verser 7380 $, pas 4000 $ », soutient M. Lachance. Dans les faits, ajoute-t-il, un client qui investit dans un fonds de placement avec GRV et qui ne fait aucun décaissement avant 71 ans se retrouvera « dans une situation avantageuse malgré tout ».

Cet aspect fait tiquer Guy Duhaime. « Les clients qui font des retraits partiels mettent en danger le niveau de la rente de manière exceptionnelle », dit le président fondateur du Groupe financier Multi Courtage. Voilà l’une des raisons pour lesquelles il n’est pas un grand adepte de ces fonds. « Il fallait vendre ça à des clients dont on était sûr qu’ils n’effectueraient aucun retrait partiel durant des années. Sur les dizaines de millions de dollars d’actifs que nous gérons, nous avons à peine un million dans ces produits-là », dit M. Duhaime.

La complexité de ces fonds est une autre raison qui l’incite à la tiédeur. La valeur réelle du placement, entre autres, n’est pas toujours simple à établir pour les conseillers et à comprendre pour les consommateurs. « Chaque fois que les clients reviennent nous voir, nous devons leur réexpliquer comment fonctionnent ces produits », déplore M. Duhaime. Pour générer des revenus, il préfère des outils éprouvés, comme des fonds d’obligations de sociétés, avec lesquels « on n’a pas à se préoccuper de la valeur réelle du placement ».

Hausses de primes en vue

Les conseillers doivent faire preuve de résilience, car il n’y a pas que les produits à GRV qui retournent sur la planche à dessin. Beaucoup de contrats d’assurance vie universelle (VU) sont remaniés. En juillet dernier, BMO a annoncé une augmentation de 13 % des primes de ses polices La Prévoyance et Gamme Dimension « afin de veiller à leur viabilité ». Pour le même motif, La Capitale a haussé de 9 % les primes de sa VU 100 ans et de 13 % à 35 % celles des assurances contre les maladies graves (version simplifiée). Depuis le 23 juin, RBC Assurances ne vend plus de VU ni de polices temporaires 100 ans. Et la liste s’allonge.

Assureur vie agréé et chroniqueur au site Advisor.ca, David Wm. Brown recommande aux conseillers de saisir l’occasion pour faire signer des contrats aux clients qui ont un besoin d’assurance. C’est que la procrastination risque de se traduire par des primes encore plus chères ou des privilèges réduits. Quant aux assurés qui détiennent déjà des polices temporaires, ils devraient évaluer la pertinence de les convertir en contrats permanents. « Discutez de cette possibilité avec vos clients. Les primes des polices permanentes vont continuer d’augmenter, et les produits qui comportent des garanties à long terme seront les premiers visés », écrivait-il récemment.

Pour ce qui est des VU, le spécialiste prévient que la Loi de l’impôt sur le revenu sera vraisemblablement amendée afin de limiter les sommes qu’un souscripteur pourra investir dans le volet placement. « Il y aura des droits acquis pour les contrats existants. C’est pourquoi vous devriez convaincre vos clients d’en souscrire avant que de nouvelles restrictions entrent en vigueur », conclut M. Brown.


Cet article est tiré de l’édition de novembre du magazine Conseiller. Consultez-le en format PDF.

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