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Économie

Le goût des sardines

27 janvier 2012 | Cimon Plante | Commenter

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Lors de la rédaction de cette chronique, les médias annonçaient la faillite imminente d’Eastman Kodak. Après 131 ans d’histoire, cet ancien titan américain qui, à une époque, avait le quasi-monopole sur son industrie subit un revers que peu auraient osé imaginer. Nous pouvons aussi nous rappeler les vestiges de Nortel. Que penser du fabricant des BlackBerry, Research In Motion? Il y a trois ans, cette entreprise avait une valeur en Bourse plus élevée que celle de la Banque Royale du Canada. Aujourd’hui, elle possède une valeur qui oscille entre celle de Tim Horton et celle de la chaîne de pharmacies Shoppers Drug Mart (Pharmaprix).

Les entreprises mentionnées plus haut étaient toutes des sociétés œuvrant dans des secteurs d’activités complexes. Quels sont les avantages concurrentiels de chacune? D’où viendra la prochaine concurrence? D’où proviendra la rentabilité? Où seront ces sociétés dans 10 ans? Toutes ces questions deviennent difficiles à répondre lorsque nous avons de la difficulté à comprendre le modèle d’affaires de telles entreprises.

Dès lors, comment un épargnant décide-t-il d’investir dans une société dont il ne comprend pas complètement les rouages?

La réponse : par pure spéculation.

Un spéculateur achète ou vend un titre en se basant sur son interprétation du comportement d’autrui. Sa décision s’établit selon sa confiance à prédire le comportement des autres. Si un spéculateur anticipe que les gens voudront investir dans une société; il l’achète à l’avance. Il ne s’attarde donc pas sur les questions fondamentales de l’entreprise.

De plus, la spéculation nous amène à suivre la foule. Il y a un confort en suivant le consensus, car ceux qui sont majoritaires se réconfortent avec leur nombre.

Cela peut rappeler qu’au début des années 1900, il y avait une rumeur que les sardines de la côte californienne allaient devenir en voie de disparition. Des négociateurs astucieux firent monter en flèche le prix de ces sardines. Selon l’histoire, un participant ayant fait un bon profit lors d’une journée de négociation décida de se récompenser en se payant le luxe de manger l’une des conserves de sardines qu’il venait d’acheter. Après avoir mangé sa collation, il tomba immédiatement malade. Il dit sur-le-champ au vendeur de cette conserve que ses sardines n’étaient pas bonnes. La réplique du courtier a été : « Tu ne comprends pas : ces sardines ne sont pas faites pour être mangées, mais pour être transigées ». En fait, ces sardines ne valaient rien, outre la perception qu’avait le prochain acheteur concernant la prétendue disparition des sardines de la Californie.

Comme les négociateurs de sardines, plusieurs intervenants dans le marché sont attirés par la spéculation et le profit rapide, sans jamais se soucier si leurs « sardines » sont de qualités. Ils accordent peu d’importance à réellement comprendre les titres dans lesquels ils investissent.

Ce qui m’amène à m’interroger, depuis l’an dernier, sur l’entrée en Bourse de société dans le secteur des médias sociaux (Facebook, Groupon, LinkedIn, Twitter, Skype, Zynga, etc.). Plusieurs investisseurs veulent être les premiers à investir dans ces titres, car ils sont convaincus que la majorité voudra les suivre. Cela ne vous rappelle-t-il pas le comportement que certains avaient envers les titres liés au secteur de l’Internet dans les années 1990?

En conclusion, si vous songez à suivre la foule en investissant dans les médias sociaux, posez-vous des questions et assurez-vous que ces « sardines » ont bon goût avant d’en acheter…

J’ai rédigé le présent commentaire afin de vous donner mon avis sur différentes solutions et considérations en matière d’investissement susceptibles d’être pertinentes pour votre portefeuille de placements. Ce commentaire reflète uniquement mes opinions et peut ne pas refléter celles de Banque Nationale Groupe financier. En exprimant ces opinions, je m’efforce d’appliquer au mieux mon jugement et mon expérience professionnelle du point de vue d’une personne appelée à suivre un vaste éventail de placements. Par conséquent, le présent rapport représente mon opinion éclairée et non une analyse de recherche produite par le Service de recherche de la Financière Banque Nationale.


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