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Le modèle canadien de gestion d’actifs démystifié

13 mai 2016 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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echecs_strategie_425Saine gouvernance, gestion interne et indépendance, telles sont les pierres d’assises sur lesquelles repose la stratégie des grands investisseurs institutionnels publics canadiens, selon les dirigeants de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, et du Régime de retraite des enseignants et des enseignantes de l’Ontario (Teachers), Ron Mock.

Invités à se prononcer sur les grands enjeux et les meilleures pratiques en matière de gestion d’actifs devant un public international lors de la conférence annuelle du CFA Institute, qui s’est déroulée cette semaine à Montréal, les deux PDG ont insisté sur l’importance de disposer de la flexibilité nécessaire pour faire face aux changements qui se profilent à l’horizon.

« Les 20 prochaines années vont être très différentes des 30 dernières, a affirmé Michael Sabia. Les gestionnaires devront être créatifs pour faire évoluer efficacement leurs stratégies. Disposer d’une expertise poussée à l’interne permet de saisir des opportunités, de faire des investissements directs et de développer des stratégies d’investissement sur mesure. Les gestionnaires qui accordent de l’importance à leur indépendance seront certainement avantagés dans un monde en transformation. »

Pour Ron Mock, le succès passe nécessairement par une saine gouvernance. « La taille de l’actif est un élément important, mais ce n’est pas l’essentiel. La clarté des objectifs, c’est-à-dire d’assurer la sécurité financière des retraités pour les générations à venir, et la gouvernance sont les éléments les plus importants, a-t-il indiqué. Un investisseur institutionnel devrait être totalement indépendant, être géré comme une entreprise, et posséder un modèle compétitif en matière de coûts. »

GLISSEMENT VERS LES ACTIFS PLUS RISQUÉS

Selon Michael Sabia, l’assouplissement constant des politiques monétaires des banques centrales ont poussé les investisseurs institutionnels à se tourner vers des catégories d’actifs plus risquées. « Les titres à revenu fixe comme outil de protection du capital, c’est terminé, a-t-il dit. L’approche traditionnelle ne fonctionne plus, le monde a changé. Il y a un réel besoin d’innovation. »

Pour la Caisse, cette innovation se traduit notamment par une augmentation de la répartition en immobilier, infrastructures et placements privés. Ces actifs représentent aujourd’hui environ 28 % de l’actif total de la Caisse.

La popularité grandissante de ces actifs a toutefois eu pour effet de pousser leurs prix à la hausse, prévient Michael Sabia, qui mise sur la prudence et une sélection serrée. « Le prix d’entrée est très important pour des actifs que l’on va garder pendant 15 ou 20 ans. »

Selon Ron Mock, la valeur ajoutée de ces actifs est créée par les talents à l’interne, qui sont en mesure d’acheter les bons actifs, mais également de les gérer et de les faire croître à long terme.

L’IMPORTANCE DE LA VISION À LONG TERME

Insistant sur l’importance de bien connaître le marché dans lequel ils investissent et prioriser l’économie réelle, les dirigeants de la Caisse et de Teachers ont expliqué faire preuve de prudence dans l’utilisation des fonds de couverture et de l’effet de levier.

« Nous ne prenons pas beaucoup de risques avec les fonds de couverture, a expliqué Ron Mock. Nous les utilisons bien plus comme outil de gestion du risque que comme source de rendements. »

L’utilisation des fonds de couverture est également limitée à la Caisse de dépôt, avec seulement 4 milliards de dollars investis dans cette catégorie d’actif.

« Nous préférons garder le focus sur l’économie réelle plutôt que sur l’ingénierie financière. Rendement et développement économique vont de pair dans un contexte d’investissement. Il faut voir à long terme, se considérer comme des bâtisseurs », a indiqué Michael Sabia, qui a d’ailleurs profité de sa tribune pour déplorer le court-termisme qui prévaut chez certains actionnaires et entreprises, en citant l’exemple « extrême » de Valeant.

« La stratégie de Valeant a été de tout faire pour satisfaire les actionnaires à court terme, en coupant les investissements en recherche et développement et en haussant subitement le prix de certains médicaments, par exemple. C’est une stratégie qui ne fonctionne pas à long terme, en plus de nourrir le cynisme du public envers les marchés des capitaux. Valeant représente tout ce qui ne va pas avec la vision à court terme sur les marchés boursiers », a-t-il dénoncé.

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