A A A
Assurance

Le pétrin de la Caisse

25 août 2010 | Yves Bonneau | Commenter

  • commenter
  • envoyer
  • imprimer

bourse_graphique_425L’idée à l’origine du fiasco était pourtant noble après l’étude de Rosaire Morin en 1996 sur la déportation de l’épargne des Québécois : donner au Québec la place qui lui revient sur l’échiquier canadien de la gestion de l’épargne des investisseurs particuliers. La commande était politique et c’est la Caisse de dépôt qui a été mandatée pour le grand chantier…

Mais ce fut un échec lamentable ! Cela fait dix ans que nous couvrons le dossier. En 2006, nous avons publié un long reportage relatant la saga entourant la difficile destinée de Capital Teraxis, filiale à part entière de la Caisse, de même que les tractations plutôt nébuleuses entourant la vente à Norbourg de Fonds Évolution, qui appartenait à Teraxis.

Pourquoi ramener ces « vieilles histoires » encore une fois ? Parce que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDP) a essuyé un premier échec qui est presque passé inaperçu cet été. La Cour d’appel a donné raison à l’investisseur Réal Ouimet, client du conseiller Francis Rosso, en lui permettant d’inclure la CDP au recours collectif qu’il mène aux noms des investisseurs floués dans le scandale Norbourg.

La Caisse est accusée d’avoir vendu ses filiales Capital Teraxis et Fonds Évolution sans avoir procédé au préalable à une vérification diligente exhaustive.

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

La Caisse a détenu jusqu’à 100 % de ces deux filiales créées lors de l’initiative gouvernementale qui visait à lancer des gestionnaires et des sociétés de fonds communs de placement « made in Québec ».

C’est l’actuel président de l’Autorité des marchés financiers, Jean St-Gelais, qui pilotait ce projet dès 1997, alors qu’il était sous-ministre aux côtés de Bernard Landry. En annonçant la création de Services financiers CDPQ en septembre 1997, on s’était fixé pour objectif illusoire « de faire croître de 15 milliards en 5 ans (pour 2002), les fonds sous gestion sur la place financière à Montréal et au Québec ».

En pleine bulle techno, le délire !

Selon nos estimations, – puisque la CDP n’a jamais voulu divulguer le montant total de ses investissements faits dans cette galère, – la Caisse y aurait investit environ 2 milliards. Il faut mentionner qu’à la fin de l’exercice financier 2001, la filiale services financiers CDP, gérés alors par les codirecteurs Denis Auclair et Diane Elsliger, estimait la valeur de ses placements dans le secteur des produits et services financiers aux consommateurs à 1,2 milliard pour un rendement de… – 19,5 %.

En entrevue en 2000 dans Conseiller, voici ce que déclarait Mme Elsliger : « Pour nous, l’investissement de CDP Services financiers s’inscrit dans notre mission d’investir dans le secteur des services financiers pour participer à sa croissance. C’est un secteur prometteur où l’on prévoit que l’actif sous gestion des FCP au Canada atteindra 1 000 milliards de dollars dans 5 ans ».

Notons au passage que le vérificateur général n’a jamais pu éplucher les activités de la Caisse de l’époque Scraire-Nadeau non plus. Une véritable horde d’incompétents ont néanmoins sévi de 1997 à 2003, permettant à quelques privilégiés de s’enrichir aux dépens du régime alors que chacune des créatures de la Caisse finissait en faillite (Argentum), en scandale financiers (Zénith, Norbourg) ou en vente au rabais (Teraxis, Fonds Évolution et Fonds Cartier, qui perdait un million par mois lors de sa vente à Dundee, StrategicNova).

À tout cela, il faut maintenant ajouter le stupéfiant rapport du 27 mai 2008 de PriceWaterhouseCoopers (PWC) qui a n’a atterri sur le bureau du ministre des Finances que cet été ! Ce document traite de la gestion du risque pratiquée par la Caisse. Conclusion : déficiente et dépassée.

Imaginez, pendant les années fastes où la Caisse investissait allègrement (13 G$) dans des papiers commerciaux adossés à des créances sans même comprendre ce qu’étaient ces titres, comment, du côté de CDPQ Services financiers, on conduisait la « commande politique » de créer des fonds destinés au marché des consommateurs ? Un marché totalement inconnu des « experts » de la CDP, qui sont spécialisés, faut-il le rappeler, dans le secteur institutionnel.

Nul besoin des plus fins limiers pour se rendre compte que les responsables de la Caisse qui géraient le projet des « Fonds made in Québec » navigaient à vue, sans direction, sans plan d’affaires réaliste avec à leur disposition une montagne d’argent provenant des déposants de la Caisse.

Puis est arrivé Henri-Paul Rousseau, qui a constaté l’ampleur des dégâts et a sommé tout ce beau monde de se débarrasser au plus coupant de toutes ces filiales encombrantes avant de leur indiquer à chacun la sortie.

Au moment de la vente de Fonds Évolution pour 4 M$, le 19 décembre 2003, l’actif de la famille de 15 fonds était de 132,4 M$. La transaction complète a été réglée en moins de quatre semaines, incluant la période des Fêtes, de décembre 2003 à janvier 2004. Normalement, une telle transaction est en « sursis » pendant 60 jours. De plus, les états financiers de Teraxis de 2001 à 2004 que nous avons en main montrent que l’entreprise affichait un déficit accumulé de l’ordre de plus de 11 millions et avait été en défaut de capital net liquide pendant 11 mois !

Personne n’a jamais été imputable à la Caisse. On a changé les dirigeants, les CA, les gestionnaires, les relationnistes, sinon les concierges… À la question : « la Caisse a-t-elle été négligente dans la vente des fonds Évolution à Norbourg ? », on est drôlement tenté de demander : « Prouvez-nous le contraire ! ». Depuis ce temps, les investisseurs floués sont toujours sans le sou et les conseillers continuent de contribuer au Fonds d’indemnisation de l’AMF pour réparer les erreurs des autres.

yves_bonneau_signature

Yves Bonneau, rédacteur en chef
Conseiller

Qu’en pensez-vous?
N’hésitez pas à nous écrire :

Saskia Ouaknine
rédactrice adjointe
Conseiller.ca

Cet article est tiré de l’édition de septembre du magazine Conseiller. Consultez cet article au format PDF.

Chargement des commentaires en cours, veuillez patienter.
Médias Transcontinental S.E.N.C. Un site de TC Media,
Solutions Affaires
Médias Transcontinental S.E.N.C.
1100 boul. René-Lévesque O.
Montréal, QC H3B 4X9
(514) 392-9000