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Le président du conseil de l’IFIC, Robert Frances, veut que les conseillers soient entendus

30 octobre 2007 | Ronald McKenzie | Commenter

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Le 1er octobre dernier, c’est dans la plus grande discrétion que Robert Frances a été nommé président du conseil d’administration de l’Institut des fonds d’investissement du Canada(IFIC). Cette nomination allait presque de soi, puisque Robert Frances était premier vice-président du conseil.

Robert Frances, qui compte plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des services financiers, est reconnu et respecté par la communauté financière au pays, tant pour ses qualités d’homme d’affaires que sa connaissance des réalités du Québec.

Il faut ajouter que son entreprise est un succès. Fondé en 1992, le Groupe financier PEAK gère aujourd’hui plus de 5 milliards de dollars d’actifs et compte 500 représentants et professionnels qui desservent des dizaines de milliers de clients d’un océan à l’autre. PEAK a figuré pendant six années consécutives au palmarès du magazine Profit des 100 entreprises canadiennes en plus forte croissance, ce qui est exceptionnel.

Robert Frances prend les rênes du conseil de l’IFIC alors que l’industrie des fonds communs, plus prospère que jamais, est confrontée à plusieurs défis. Conseiller.ca s’est entretenu avec lui.

Conseiller.ca : Êtes-vous le premier Québécois à occuper le poste de président du conseil de l’IFIC ?
Robert Frances : Non, il y a eu Michel Fragasso et Jacques Dumont par le passé. Mais je crois bien être le tout premier président à provenir du secteur conseil et distribution de l’industrie des fonds communs.

C.ca : Qu’est-ce qui vous a incité à assumer cette responsabilité ?
R.F. : L’IFIC s’est donné comme mandat de mettre l’accent sur l’encadrement et la réglementation qui régissent l’industrie des fonds communs. Les conseillers nous disent qu’ils doivent se plier à des exigences accrues. Nous voulons qu’ils soient entendus. Par ailleurs, l’IFIC a travaillé très fort depuis les quatre dernières années pour attirer dans ses instances la haute direction des sociétés qui composent l’industrie des fonds communs. Les résultats sont là : le conseil de l’IFIC est presque entièrement composé des présidents des firmes les plus importantes.

C.ca : L’une de vos priorités cette année est de travailler en proximité avec les organismes de réglementation. Que voulez-vous dire ?
R.F. : Les organismes de réglementation doivent associer l’industrie des fonds communs plus tôt dans les processus d’élaboration de politiques publiques. Ce rapprochement permettra de concevoir des solutions globales plutôt que de rechercher des résultats à la pièce. Tant l’industrie que les organismes de réglementation ont une responsabilité collective non seulement pour s’apporter une satisfaction mutuelle, mais aussi pour en arriver à des consensus sur le chemin à suivre. Nous avons l’obligation conjointe de nous assurer que le système des services financiers fonctionne efficacement et réellement pour l’utilisateur final, c’est-à-dire le consommateur.

C.ca : Avez-vous un exemple ?
R.F. : Prenez la fameuse fiche d’information de deux pages qui est censée être remise aux consommateurs avant qu’ils achètent leurs fonds communs. Les organismes de réglementation ont conçu ce projet sans vraiment nous consulter. Or, une fois que cette fiche a été publiée, nous avons constaté qu’elle devait être améliorée. Nous sommes donc obligés de faire des représentations pour expliquer notre position, alors que nous sommes au pied du mur. On travaille en mode réactif plutôt que proactif. Ce n’est pas efficace.

C.ca : Vous contestez donc le bien-fondé de la fiche d’information…
R.F. : Ce n’est ça que je dis ! Ce qui est clair pour l’instant, c’est que la distribution de cette fiche ne fera pas le bonheur de tout le monde dans l’industrie. L’IFIC appuie toutes les initiatives favorables à mieux informer les consommateurs. Cependant, ces mêmes consommateurs disent recevoir trop d’information, qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer. Par ailleurs, de nombreux investisseurs avertis ne veulent pas voir une transaction échouer sous prétexte qu’ils doivent au préalable recevoir une fiche d’information. Bien renseigner les consommateurs est primordial, mais il faut faire attention à ne pas limiter leur choix. Or, c’est ce qui est train de se produire.

C.ca : Au dernier congrès de l’IFIC, la ministre Monique Jérôme-Forget a livré un vibrant plaidoyer en faveur du régime de passeport. À vos yeux, le débat autour de la réglementation du secteur des valeurs mobilières ne prend-il pas une couleur politique trop prononcée ?
R.F. : En fait, l’IFIC est heureux que les politiciens se mêlent non seulement de cette question, mais de toutes celles qui touchent le conseil et le placement au pays. Cela signifie qu’ils reconnaissent l’importance de cette industrie. Sur le fond de l’affaire, l’IFIC a toujours dit qu’il appuiera tout processus de réglementation harmonieux, simplifié et juste qui sera à l’avantage des consommateurs. Nos membres doivent aussi y trouver leur compte. Nous avons dans nos rangs des sociétés qui sont régies par 10 ou 12 organismes de réglementation. Ça n’a pas de bon sens. Et je ne crois pas que les investisseurs sortent gagnants d’une telle structure. Maintenant, favorisons-nous la création d’une agence nationale ou le régime de passeport ? Nous avons déjà fait plusieurs commentaires à ce sujet. Selon nous, l’une ou l’autre des deux avenues pourrait bien fonctionner. L’option qui sera la meilleure sera celle où les intervenants réussiront à s’entendre d’une manière ou d’un autre. Vous mentionniez le discours de Monique Jérôme-Forget. La ministre a su soulever les points cruciaux de cette problématique. Ce qu’elle a dit avait beaucoup de sens.

C.ca : Un autre sujet d’actualité concerne l’autoréglementation des cabinets en épargne collective par l’Autorité des marchés financiers(AMF). Comment réagissez-vous aux propositions de l’AMF ?
R.F. : L’IFIC a un pendant québécois, le Conseil des fonds d’investissement du Québec(CFIQ), qui s’occupe de cette question. Éric Lapierre en sera le président cette année. Le CFIQ a déposé son mémoire à ce propos en mai dernier. Ses positions, que nous appuyons, y sont clairement élaborées.
[NDLR : pour consulter ce document, cliquez ici ]
Évidemment, en tant que président originaire du Québec, c’est évident que je m’intéresse au plus haut point à ce qui s’y passe. De manière générale, j’estime qu’il est très sain que l’AMF porte son attention au secteur des fonds communs.

C.ca : La réforme de l’inscription se déroule-t-elle comme vous le souhaitez ?
R.F. : L’objectif de simplifier l’inscription des conseillers et des courtiers relève d’un bonne intention. Même chose pour l’inscription des gestionnaires de fonds. Cependant, l’IFIC doit se pencher sur la façon dont la réforme est menée. Encore une fois, ce projet sera profitable seulement s’il fonctionne bien. Nous sommes toujours disponibles pour donner notre avis aux organismes de réglementation.

C.ca : Comment vos membres apprécient-ils la présence des comités d’examen indépendants ?
R.F. : Nous avions souligné à l’époque qu’il s’agissait d’un processus très lourd. On se pose encore des questions sur leur efficacité. Nous voulons que les consommateurs vivent une expérience positive avec les fonds communs, qu’ils n’aient pas de problèmes et qu’ils soient à l’abri des scandales. Nous espérons que les comités d’examen indépendants seront utiles. Nous verrons. Ils viennent d’être mis en place.

C.ca : Parmi vos priorités figure la réouverture de la réglementation des fonds communs. De quoi s’agit-il ?
R.F. : Les fonds communs ont beaucoup évolué au cours des dernières années. Mais la loi est demeurée la même. Il est souhaitable qu’elle soit modifiée pour refléter les réalités d’aujourd’hui. Par exemple, les fonds du marché monétaire sont généralement assez sécuritaires, mais on en trouve ailleurs dans le monde qui sont très spéculatifs et qui répondent à des besoins. Les fonds communs au Canada devraient avoir le droit de faire ce que leurs concurrents étrangers font. Nos sondages indiquent que, au Canada, un dollar d’épargne sur trois se retrouve dans les fonds communs. C’est une grande victoire pour le produit. Le temps est venu d’en revoir la réglementation.

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