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Le printemps des marchés

13 mars 2018 | Philippe Pratte | Commenter

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arbre_feuilles_argent_dollar_pousse_425x283Si le mois de mars signifie l’arrivée du printemps, il amène aussi habituellement le beau temps sur les marchés financiers. De 1990 à 2016, le S&P 500 a enregistré des gains moyens de 1,5 % pendant cette période. De plus, c’est au mois de mars que les compagnies déposent leurs premiers rapports trimestriels de l’année, ce qui vient directement affecter les marchés. Voici donc un aperçu des tendances saisonnières en mars.

Le ­jour des quatre sorcières

Tous les troisièmes vendredis de chaque mois, plusieurs produits dérivés viennent à échéance en même temps, ce qui a tendance à créer de la volatilité. Surtout si le troisième vendredi tombe durant la fin d’un trimestre, puisque le volume de transactions augmente considérablement.

Ce phénomène se produit lorsque les contrats à terme sur indices boursiers, les options sur les différents indices et les options sur actions expirent tous le même jour. Comme trois types de contrats sont concernés, cette journée était traditionnellement appelée triple witching day. Elle a été remplacée en 2002 par le quadruple witching day (jour des quatre sorcières), lorsque les contrats à terme sur actions individuelles ont commencé à être négociés.

Tous ces contrats qui prennent fin en même temps forcent les investisseurs à prendre une décision. Soit les investisseurs les vendent pour en acheter de nouveaux avec une échéance plus longue, soit l’actif ­sous-jacent est déposé dans leur compte. Ce volume important de transactions accentue la volatilité, particulièrement pendant la dernière heure de négociation, alors que les investisseurs doivent déplacer leurs capitaux. Cette situation s’appelle la witching hour.

Le quadruple witching day a lieu quatre fois par année, soit le troisième vendredi des mois de mars, juin, septembre et décembre.

Cette expression existe depuis très longtemps. Elle tire son origine des trois sorcières de la tragédie shakespearienne ­Macbeth. Elle reflète la peur des négociateurs en ces journées bien spéciales, les investisseurs étant obligés d’affronter la volatilité afin de vendre des positions qui viennent à échéance ou en acheter pour remplacer celles qui prennent fin. Certains vont même jusqu’à surnommer cette journée le freaky ­Friday (le vendredi effrayant), ce qui démontre à quel point elle peut faire peur aux négociateurs. Heureusement, elle n’arrive que quatre fois par année!

La journée suivant le quadruple witching day est habituellement une journée négative. L’auteur de ­Thackray’s ­Investor ­Guide, ­Brooke ­Thackray, la surnomme le witch’s hangover (la gueule de bois de la sorcière). Les investisseurs sont portés à croire que le ­jour des quatre sorcières demeure le pire du mois. Toutefois, la performance des marchés boursiers est encore plus négative le lendemain. Néanmoins, l’effet ne se fait sentir que sur deux jours et l’investisseur moyen ne devrait pas prendre de grandes décisions sur une performance à si court terme.

La ­Saint-Patrick

La ­Saint-Patrick est l’unique évènement culturel qui semble avoir des répercussions en mars. Cette fête religieuse, qui célèbre le saint patron de l’Irlande, a progressivement pris un tournant laïc, soulignant l’héritage et la culture irlandaise.

Les marchés ont tendance à bien réagir pendant cette fête. Depuis les 31 dernières années, le S&P 500 a affiché à la ­Saint-Patrick (ou le jour de ­Bourse suivant lorsqu’elle tombe la fin de semaine) des gains supérieurs à ceux de la journée qui la précède et qui la suit : 0,49 % en moyenne le jour de la ­Saint-Patrick, contre 0,20 % le lendemain et 0,27 % la veille.

Après la ­Saint-Patrick, qui a lieu le 17 mars, les jours haussiers disparaissent pratiquement. Seul le 24 mars a généralement montré une croissance lors des 30 dernières années, alors que les 21, 23 et 28 mars ont tendance à demeurer en baisse. Cette partie du mois est assujettie à des fluctuations, car les négociateurs boursiers restructurent fréquemment leurs portefeuilles en fin de trimestre.

Les marchés boursiers

Le mois de mars est généralement bénéfique aux marchés ­nord-américains alors que la période faste pour les indices boursiers de grande capitalisation bat son plein (d’octobre à avril) et que le S&P 500, le ­Nasdaq et le ­Dow ­Jones ont tendance à maintenir leur vitesse de croisière. Depuis les cinq dernières années, le ­Dow ­Jones augmente habituellement de 1,79 % en mars, tandis que le S&P 500 s’accroît de 1,82 % et le ­Nasdaq maintient des gains de 1,59 %.

Le secteur financier est à surveiller pendant cette période, alors qu’il suit les mêmes tendances que les indices boursiers. Depuis cinq ans, sa progression affiche une moyenne de 2,03 % en mars, ce qui renforce sa position. Sur dix ans, on note une augmentation moyenne de 3,82 %, ce qui en fait le meilleur mois de l’année pour ce secteur.

Le secteur de la technologie connaît également de beaux jours. Il a lui aussi tendance à continuer sa progression entamée pendant le mois de février, offrant une performance moyenne de 2,17 % depuis les cinq dernières années. Il maintient une corrélation positive avec le ­Nasdaq, largement composé de sociétés technologiques.

Cependant, le domaine des services publics (utilities) demeure dominant en mars aux ­États-Unis. Depuis cinq ans, il maintient une performance moyenne de 2,82 %, la meilleure du mois. La dernière décennie montre une augmentation moyenne de 2,08 %, ce qui reste une bonne nouvelle, même si ce gain est inférieur à la moyenne sur cinq ans. Je suis le type d’investisseur qui accorde moins d’attention aux tendances à long terme, surtout lorsqu’elles incluent une récession comme celle de 2008.

Le TSX

La croissance des marchés canadiens en mars est beaucoup moins fulgurante qu’aux ­États-Unis, et ce, malgré une tendance positive. Depuis les cinq dernières années, le ­TSX se maintient sous 1 %, oscillant habituellement autour de 0,81 %. De plus, certains secteurs qui composent l’indice ont tendance à être volatils durant cette période.

En général, le secteur des services publics rebondit en mars, après un mois de février plutôt négatif. Depuis les cinq dernières années, il maintient une moyenne de 2,56 %, un résultat assez bon, surtout si un investisseur a eu l’audace d’acheter durant le creux de février alors qu’il affiche en moyenne -1,89 %.

Le secteur de l’énergie ne laisse pas sa place non plus au mois de mars. Il maintient une bonne moyenne (2,81 % depuis les cinq dernières années) en raison de l’augmentation du prix du baril de pétrole, qui cumule des gains d’environ 3,76 % pendant ce mois, une hausse qui perdure depuis les 30 dernières années.

Mais la tête d’affiche du mois de mars est sans contredit le secteur de la consommation discrétionnaire (médias, automobile, distribution et luxe, biens de consommation durables, vêtements, hôtellerie et loisirs), qui montre une augmentation moyenne de 3,24 % depuis cinq ans. Cela contribue à la performance générale de l’indice S&P/TSX.

À l’autre bout du spectre, deux secteurs ont une forte tendance volatile et baissière au mois de mars. Tout d’abord, celui des matériaux, qui a tendance à diminuer pendant ce mois, en enregistrant une baisse moyenne de -2,82 % fortement liée à la volatilité des matières premières.

Cependant, le secteur de la santé est l’ultime perdant du mois de mars. Il affiche une moyenne de -12,44 % depuis les cinq dernières années. Cette ­sous-performance s’explique entre autres par la chute de ­Valeant. La société pharmaceutique de ­Laval a longtemps été une des entreprises les mieux cotées en ­Bourse. Elle a atteint un sommet en 2015 en devenant la société canadienne avec la plus grande valeur boursière. Elle a été incapable de conserver cette position après que des soupçons de manipulation comptable, des enquêtes sur ses pratiques commerciales et politiques de prix ainsi que des poursuites contre ses anciens dirigeants eurent miné la valeur de son titre. Cette déchéance a été difficile pour le secteur de la santé, qui ne semble toujours pas en mesure de s’en remettre.

Comme tous les autres mois, mars est affecté par plusieurs évènements, parfois récurrents, qui ont un effet direct sur les marchés et les secteurs qui les composent. Les tendances saisonnières peuvent nous permettre de mieux comprendre les mouvements de l’offre et de la demande dans un secteur en particulier pour une période donnée. En tant qu’investisseur, ceci permet de mieux se préparer aux fluctuations et aux conditions changeantes du marché.

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Philippe ­Pratte est président, chef des investissements et gestionnaire de portefeuille chez ­Pratte ­Gestion de portefeuilles.


­Les opinions (y compris les recommandations, s’il y a lieu) exprimées dans le présent billet sont celles de l’auteur seulement et ne représentent pas nécessairement celles de ­Pratte ­Gestion de portefeuilles, ni celles de ­Conseiller. Ce texte ne doit pas être considéré comme un conseil personnel de placement ou une sollicitation d’achat ou de vente de titres. Les renseignements qu’il contient proviennent de sources considérées comme fiables, mais leur exactitude et leur exhaustivité ne peuvent être garanties. L’auteur, Pratte Gestion de portefeuilles et Conseiller n’assument aucune responsabilité quant aux erreurs qui pourraient s’y glisser.


• Ce texte est paru dans l’édition de mars 2018 de Conseiller.
Il est aussi disponible en format PDF.
Vous pouvez également consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web
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