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Le rendement de bonification change la donne

29 avril 2015 | Gérard Bérubé | Commenter

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Fini les automatismes avec les régimes publics. L’incitation à la retraite tardive, et le rendement de bonification qu’elle induit, apporte son lot d’hésitations. Les calculs sont à refaire.

« Nous sommes très sollicités. De plus en plus de nos clients se posent des questions sur le moment optimal pour prendre leur retraite », souligne Nathalie Bachand, planificatrice financière au cabinet Bachand Lafleur, Groupe conseil.

En se basant uniquement sur l’espérance de vie, les analystes estiment généralement que le point d’inflexion entre prendre sa retraite à 65 ans et reporter ses prestations à 70 ans est lié aux probabilités de vivre au-delà de 82 ans. Ils vont aussi fixer l’âge optimal pour prendre sa retraite autour de 68 ans, toujours selon l’espérance de vie officielle. Mais avec ce système à plusieurs paliers, avec tous ces outils de décaissement, les vases communicants sont multiples. « Le danger pour le conseiller serait d’aborder la question de la retraite de son client avec une idée préconçue, déjà toute faite », insiste la spécialiste. Le cas par cas est à l’honneur.

Nathalie Bachand

DÉSINCITATION ET INCITATION

On le sait. L’âge d’admissibilité à la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et au Supplément de revenu garanti (SRG) passera graduellement de 65 à 67 ans sur une période de six ans à compter d’avril 2023. Dans l’immédiat, les prestations de la PSV peuvent désormais être différées sur une base volontaire pour une période de cinq ans. Et les régimes de pension du Canada et de rentes du Québec se sont ajustés pour les personnes prenant leur retraite avant ou après 65 ans. Il en résulte une désincitation accrue à une retraite hâtive, un incitatif bonifié à une retraite tardive.

Selon les paramètres actuels, si on reporte de 65 à 70 ans les rentes de la RRQ et les prestations de la PSV, les montants versés jusqu’au décès seraient bonifiés de 42 et 36 % respectivement. La RRQ a fait passer la majoration de sa rente de 0,5 à 0,7 % par mois, soit désormais 8,4 % pour chaque année. Au fédéral, la bonification est de 0,6 % par mois, ou 7,2 % pour une année.

Pascal Guérin, conseiller en sécurité financière au cabinet Talbot, Olivier, Côté et Associés, retient que « le rendement de la bonification lié au report de la réception de la PSV sera clairement plus élevé que le rendement de la grande majorité des placements du client ». Selon le degré de tolérance au risque et en présence de faible rendement, « il pourrait être préférable pour certains clients de décaisser l’argent d’un FERR de 65 à 69 ans d’un montant équivalent à ce qu’aurait été leur PSV, et de reporter la réception de la PSV jusqu’à 70 ans », illustre le conseiller, qui ajoute qu’« un tel report va également diminuer le risque financier de longévité », en augmentant le revenu viager.

Pascal Guérin

NE PAS OUBLIER LA RÉCUPÉRATION

Ainsi, un report peut permettre d’effectuer des retraits REER et FERR qui auraient, autrement, obligé un remboursement partiel ou total de la PSV. Le report pourrait également être retenu pour une personne disposant déjà d’un bon revenu, qui prévoit réaliser un gain en capital ou dégager un revenu important entre 65 et 70 ans. Même chose pour une personne en affaires qui est en instance de vendre son entreprise et qui s’attend à disposer d’un gros revenu durant cette période de 65 à 70 ans. Car, dit Nathalie Bachand, « il ne faut pas oublier que la récupération de la PSV commence à partir d’un revenu supérieur à 72 809 $ ».

Pascal Guérin de renchérir : « Les personnes qui auront un revenu très élevé entre 65 et 70 ans auront avantage à repousser leur PSV, sachant qu’ils devront autrement la rembourser. » Et « ceux qui n’auront qu’une partie de la PSV à rembourser auront quelques calculs à faire, ajoute-t-il. Sans grande surprise, plus la portion à rembourser est importante, plus la décision de reporter la réception de la PSV sera facile à prendre ».

À l’opposé, le report ne sera pas le choix optimal pour les personnes à faible revenu, d’autant qu’un report afférent du SRG n’est pas bonifié. Ce sera également le cas pour les personnes dont l’espérance de vie après la retraite est d’environ 10 ou 15 ans, comme celles souffrant d’une maladie, ou n’ayant peu ou pas d’épargne-retraite complémentaire.

« Il devient important de bien planifier le décaissement pour chacun des clients en tenant compte de l’âge de la retraite, de l’espérance de vie réelle, de ses besoins, de ses sources de revenus, du fractionnement du revenu de pension et de l’ordre de décaissement », énumère Pascal Guérin. Le conseiller y va d’un autre exemple inspiré d’une situation fréquente, celle d’un professionnel qui travaille jusqu’à 70 ans. Il pourrait par la suite fractionner son revenu de FERR avec sa conjointe, abaissant ainsi sa facture fiscale et évitant de rembourser sa PSV.

On le voit avec ces quelques illustrations : il faut sortir des automatismes.

• Ce texte est paru dans l’édition de mars 2015 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF.
Vous pouvez également consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web
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