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Le réparateur Maytag parti en Chine

1er novembre 2010 | Yves Bonneau | Commenter

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chine_asie_425Vous le savez déjà, la plupart des produits de consommation qui entrent dans vos vies sont chinois, ou du moins en partie fabriqués en Chine. Les occasions de placement en Asie, et particulièrement en Chine, peuvent aussi être très lucratives. C’est pour cette raison que les grands gestionnaires de portefeuilles réservent une place significative de leurs sélections à l’Empire chinois ou aux sociétés qui y produisent des biens. D’une manière ou d’une autre, la Chine est incontournable, mais doit-on y investir n’importe comment ?

Le nouvel iPhone que vous venez de vous procurer est fabriqué en pièces détachées un peu partout dans le monde, surtout en Asie du Sud-Est, où se trouvent des usines assez modernes et importantes pour fabriquer ses composantes de haute technologie en quantité suffisante afin de satisfaire l’appétit gargantuesque d’Apple. Ces éléments électroniques usinés par des robots convergent ensuite vers la Chine dans des usines d’assemblage. Et cette étape où l’on doit combiner les divers éléments, comme un inextricable casse-tête électronique, ne peut être accomplie que par des êtres intelligents, c’est-à-dire des humains.

Depuis le début de l’année, une douzaine de travailleurs de l’usine Foxconn de Shenzhen se sont suicidés. Foxconn est un sous-traitant de Dell, Intel, Sony, Nokia, HP et… Apple.

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

À la suite de cette vague de suicides, le propriétaire taïwanais de cette usine de Shenzhen a décidé de hausser à deux reprises le salaire de base de ses employés, le faisant passer de 130 $US par mois à 176 $US puis à 293 $US, à condition toutefois que l’employé tienne trois mois avant de profiter de cette dernière augmentation, payable à la fin d’octobre dernier. Résultat : un petit peu moins de 1 $ par jour ! Comble de sollicitude, la compagnie Hon Hai Precision Industry, qui possède Foxconn Technology Group, a aussi fait installer des filets de sécurité sous les appartements qu’occupent les travailleurs au-dessus de ses usines.

Les groupes de défense des travailleurs à travers le monde ont néanmoins accusé la compagnie de contraindre ses employés à surtravailler, d’avoir un style de gestion impitoyable et d’imposer un rythme insoutenable sur les chaînes d’assemblage.

Embarrassée, la société de Cupertino a réagi au début de l’été. « Nous sommes attristés et inquiets des récents suicides chez Foxconn, a fait savoir Apple dans un communiqué officiel. Apple est soucieux de s’assurer que les conditions de travail à travers sa chaîne de production sont correctes, et que les travailleurs sont traités avec dignité. Nous sommes en communication directe avec la direction de Foxconn et pensons que ses responsables prennent ce problème très au sérieux. » Apple aurait également ajouté qu’elle comptait faire conduire une enquête sur ces problèmes. Puis, silence radio. Le brouhaha de l’actualité a fait disparaître l’épineux sujet sous la masse des mauvaises nouvelles quotidiennes qui assaillent la planète. L’iPhone 4 est sorti dans la joie et l’allégresse quelques semaines plus tard.

Plus près de chez nous, M. Couture, qui a 68 ans, est à genou, sous la « vieille » laveuse de 10 ans de ma fiancée, affairé à changer la pompe. Son téléphone sonne toutes les cinq minutes. M. Couture possède une PME de réparation d’électroménagers en Montérégie. Il n’arrive plus à répondre à la demande. Trop de réparations, plus de réparateurs. « Ce n’est pas assez glamour pour les jeunes, dit d’un ton résigné celui qui a déjà reçu le prix canadien du meilleur service décerné par Maytag. Les appareils sont de moins en moins résistants, et on n’arrive plus à répondre à la demande. De toute façon, tout est maintenant fabriqué en Chine ou ailleurs en Asie et d’ici cinq ans, ces appareils seront bons à jeter », ajoute-t-il, à ma plus grande stupéfaction.

M. Couture répare des électroménagers depuis près de 50 ans. Il démonte la laveuse devant moi en me parlant, sans même avoir besoin de regarder ce qu’il fait tant il connaît la machine. « Des machines comme celle-là, gardez-la, il n’y aura plus jamais d’équivalent en qualité et en durabilité. En plus, c’est facilement réparable, comme dans bien durable ! » tranche-t-il.

Puis il continue : « C’est un scandale. Hydro-Québec vous dit de remplacer vos électros par des appareils plus récents qui, supposément, consomment moins d’énergie. Foutaise ! On prend des appareils qui fonctionnent parfaitement, on les jette pour en acheter des nouveaux dont la durabilité ne dépassera pas six ou sept ans. De plus, s’ils brisent et que vous n’avez pas de garanties prolongées, vous perdez tout. Ces nouveaux appareils sont fabriqués en modules scellés (moteur, compresseurs, éléments, circuits électroniques, etc.) impossibles à ouvrir pour les réparer. D’ailleurs, un autocollant indique à celui qui ouvre le « capot » de ne pas tenter de réparer, mais de téléphoner à la compagnie. Vous téléphonez : on vous annonce que vous devez changer d’appareil puisque le module en question est irréparable. L’obsolescence (c’est le mot de M. Couture) est la nouvelle devise des compagnies d’électros », jure-t-il.

C’est ici que convergent les éléments de la planète consommation. Un investisseur socialement responsable investira dans les entreprises pas seulement pour faire de l’argent. Il voudra que ses placements reflètent ses valeurs.

Des centaines de recherches ont démontré que les compagnies qui sont bien gérées, qui respectent l’environnement et leurs employés affichent de meilleurs résultats à long terme. Il importe de récompenser les entreprises qui respectent ces principes. La pérennité de l’environnement est la clé de notre avenir à long terme, les investisseurs devraient y réfléchir et leurs conseillers, les guider.

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Yves Bonneau, rédacteur en chef
Conseiller


Cet article est tiré de l’édition d’octobre du magazine Conseiller.
Consultez cet article au format PDF.


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