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Le taux de change et « la pluie suit la charrue »

23 septembre 2015 | Charles K. Langford | Commenter

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« La pluie suit la charrue » (expression mieux connue en anglais : « Rain follows the plow ») est une théorie en climatologie, née en Amérique du Nord dans les années 1860 et rapidement devenue très populaire. Elle a vu le jour dans les immenses plaines de l’Ouest, jusque-là considérées comme désertiques.

Cette croyance soutenait que la présence humaine et le labeur de la terre rendaient fertiles des terrains arides parce qu’en retournant celle-ci avec la charrue on libérait l’humidité du sol; les plantes en créant aussi, le tout générerait de la pluie.

La théorie est née à la suite d’une série d’années exceptionnelles durant lesquelles des terres labourées dans les plaines de l’Ouest, jusque-là considérées désertiques, avaient bénéficié de précipitations abondantes.

Une telle relation de cause à effet s’est révélée dangereusement fausse parce que ces pluies avaient été totalement fortuites, sans aucun rapport avec le labour de la terre. Mais elle avait conquis une partie de la population de l’est de l’Amérique du Nord, qui rêvait de grands espaces pour devenir prospère.

C’est ainsi que des milliers de familles sont parties pour coloniser les prairies. Malgré son manque de fondements logiques, la croyance a persisté longtemps, appuyée par des théories pseudo-scientifiques de toutes sortes, maintenues par les intérêts des spéculateurs et par des immigrants européens qui rêvaient d’un monde nouveau.

Pour plusieurs vivant dans l’Est américain, partir devenait même une mission. La colonisation des grandes plaines a donc été grandement influencée par cette théorie. Mais, après quelques années exceptionnelles de pluies abondantes, le climat est revenu à la normale et ce fut la tragédie : une fois la terre labourée, la pluie, tellement nécessaire, ne venait pas. Et ça a été pour bien des gens la famine.

Dans le monde de la finance, on s’accroche bien souvent à des théories ou à des possibilités de profit qui pourraient se révéler trompeuses parce que leurs fondements sont erronés. C’est le cas pour qui tente de prédire les variations du taux de change du dollar canadien (CAD) par rapport au dollar américain (USD) en fonction de différents scénarios. Par exemple, ce scénario captivant qu’on a pas mal entendu récemment : l’euro perdra de la valeur en comparaison du USD, en raison de la crise en Grèce et parce que la BCE a maintenant une politique d’expansion monétaire. Le CAD ne suivra pas le mouvement d’appréciation de l’USD, et va donc se déprécier face à ce dernier.

Voici un autre scénario connu : la Chine est en croissance, mais à un rythme moins prononcé que par le passé. À cause du ralentissement économique dans le reste du globe, les exportations chinoises ralentissent et l’influx d’USD en Chine diminue. Cette dernière va donc acheter moins d’obligations américaines et, en conséquence, les taux d’intérêt américains vont monter (à noter que la valeur des obligations et les taux d’intérêt varient en sens inverse). Cette hausse pourrait se traduire par un ralentissement de l’économie américaine et une dépréciation du USD par rapport au CAD, si l’économie canadienne s’améliore entretemps.

Des scénarios semblables, on peut en imaginer à l’infini, chacun avec un certain degré de crédibilité pour une partie des investisseurs.

Ce qu’il faut retenir c’est que, peu importe le point de vue, le taux de change est un facteur important à cause de la fixation des prix des importations et des exportations; mais la maîtrise de son évolution ne peut se baser sur des théories parce que les facteurs en jeu sont nombreux, contradictoires, et en perpétuelle évolution.

Pour savoir si le taux de change évolue dans une direction plutôt que dans une autre, il est plus sécuritaire d’utiliser des graphiques de taux de change et l’analyse technique.

Le graphique 1 montre le nombre d’USD nécessaire pour acheter un CAD au fil des années, depuis 1977. Quand le graphique monte, le CAD s’apprécie par rapport à l’USD (il faut plus de USD pour payer un CAD).

Graphie 1

Le graphique 2 illustre quant à lui le taux de change CAD/USD des 15 dernières années. On note que le taux trouve un plancher entre 0,775 et 0,800 : la première fois en 2009 et la seconde actuellement. Cette fois, le taux pourrait aller plus bas, naturellement. Mais le fait qu’il ait rebondi la première fois indique une probabilité qu’il ne descende pas davantage en 2015.

Graphique 2


Comment se couvrir contre le risque de taux de change ? Avec l’analyse technique pour savoir quand agir et avec des FNB comme instrument à acheter ou vendre.

L’analyse technique : parmi plusieurs outils disponibles, les plus simples et faciles à utiliser sont les EMA (moyennes mobiles exponentielles). On se sert de deux EMA : une rapide et une lente. Personnellement, je privilégie 7 périodes pour la rapide et 27 périodes pour la lente. Dans le graphique 2, on observe que l’EMA7 (la ligne bleue) et l’EMA 27 (la ligne rouge) se croisent plusieurs fois dans le graphique des taux.

La règle à suivre est simple : quand l’EMA7 traverse à la baisse l’EMA27, on a un signal de baisse, c’est-à-dire que le CAD s’affaiblit par rapport au USD. À l’inverse, quand l’EMA 7 traverse à la hausse l’EMA 27, on a un signal de hausse, c’est-à-dire que le CAD se raffermit par rapport au USD. On note dans le graphique 2 que le dernier croisement des deux EMA a eu lieu au début de 2013 : c’était un signal de baisse et donc de dépréciation du CAD par rapport au USD. Au moment du croisement, le taux était pratiquement à parité : un CAD pour un USD. Depuis, le CAD n’a fait que baisser.

L’instrument : Le FXC est un FNB calqué sur le taux de change qui se négocie au NYSE. On remarque dans le graphique 3 que les deux EMA se sont croisées à la baisse le 23 juin 2015 et, depuis, le CAD a continué à se déprécier face au USD.

Graphique 3

Il existe un autre FNB calqué sur le taux de change, négociable en dollars canadiens : le DLR.to émis par Horizon BetaPro. Il montre le taux de change dans lequel la devise « nationale » est le CAD et la devise « étrangère » est le USD. L’échelle des prix est en CAD, parce que ce FNB se négocie à la Bourse de Toronto. Résultat : le taux de change est inversé par rapport à celui du graphique 3. Il n’est pas montré ici mais on peut le trouver dans tout service électronique de cotes et de graphiques.

EN CONCLUSION :

  • Le taux de change avec le dollar américain est un élément incontournable pour tout investisseur canadien.
  • Alors que les titres individuels sont parfois volatils, l’ajout d’un FNB calqué sur le taux de change CAD/USD ou USD/CAD à son portefeuille peut représenter un élément de stabilité.
  • Il y a des options put et call sur les FNB sur devise et ceci offre de plus grandes occasions de protection ou de profit.

Charles K. Langford

Charles K. Langford, Ph. D., Fellow CSI, est président de Charles K. Langford Inc., gestion de portefeuilles, et enseigne la théorie financière et l’utilisation des dérivés dans la gestion d’actifs et passif à l’École des sciences de la gestion (UQÀM).

• Ce texte est paru dans l’édition de septembre 2015 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF.
Vous pouvez également consulter l’ensemble du numéro sur notre site Web
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