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Major au rapport | Fabien Major

Le traiteur qui n’aimait pas les restos

5 novembre 2014 | Commenter

Antoine est un drôle de numéro. Il est traiteur réputé. On le voit à l’occasion dans les émissions télévisées culinaires et on le cite quelques fois dans les journaux et magazines. Antoine est apprécié de ses clients, mais a certaines difficultés à en attirer de nouveaux.  Mais pourquoi n’ouvre-t-il pas un restaurant?

« Jamais! Tous les restos ne servent que de la bouffe bas de gamme et demandent beaucoup trop cher. Vous ne pouvez pas savoir, monsieur, combien j’en ai vu, des clients qui ont vécu de mauvaises expériences dans des restos. On ne sert que du fast food et 99 % des serveurs sont des incompétents de la pire espèce! »

– Oh. Mais tu n’y vas pas un peu fort avec tes généralités?

« Pas du tout. Les restaurants n’ont que des triples idiots dans les cuisines et il est temps que le gouvernement mette des étiquettes de prix sur toutes les assiettes afin que les consommateurs sachent À QUEL POINT ils se font arnaquer. »

– Mais Antoine, les prix sont tous dans le menu!

« Foutaise. Il y a plein de frais cachés de toutes sortes. Je le sais! Une fois, en 1992, je me suis levé avant d’être servi et on a quand même voulu me faire payer! Ça, c’est sans compter des restos chics de renom. Ça te facture 45 $ le steak quand à l’épicerie, je peux m’en acheter à 7 $. »

Minute. Des restos, il y en a de toutes sortes. C’est vrai qu’il y a de la malbouffe, mais aussi des merveilles qui servent une cuisine extraordinaire servie par des chefs ultra-méticuleux. Plusieurs vont visiter les producteurs agricoles pour s’assurer de la plus haute qualité des aliments.

Quant aux prix, le consommateur a le choix et peut se faire conseiller adéquatement par du personnel d’expérience. Les bons restos facturent des prix qui correspondent à l’expérience vécue. Ils doivent aussi payer le mobilier, les taxes, le personnel, la publicité, les équipements et se renouveler. Évidemment, si le service n’est pas à la hauteur, le public ne reviendra pas.

Mais Antoine, j’y pense. Tu ne cesses de t’en prendre aux chefs cuisiniers et serveurs des restos, mais ils font le même métier que toi. Ils apprêtent de la nourriture pour la servir à autrui. Tous souhaitent fidéliser leurs clients et même recevoir les proches et amis de ceux-ci.

Je pense que je ne me trompe pas en soulignant que les grands chefs réputés des hôtels internationaux ont bien débuté quelque part. Ils ont été serveurs, assistants, cuisiniers, traiteurs… puis un jour ils ont gravi les échelons et ont été recrutés par les tables les plus prestigieuses. Ils récoltent aujourd’hui trophées et étoiles.

Antoine ne parle plus. Il ravale sa rage et sa haine inexpliquée pour les restos et retourne à ses chaudrons.

Ça colle aux fonds

Mon histoire aurait pu aussi s’appeler « le gestionnaire qui n’aimait pas les fonds » et l’image aurait été similaire. Vous connaissez sans doute vous aussi quelques types comme ça, qui détestent viscéralement les fonds communs. Ils croient dur comme fer que tous leurs gestionnaires sont de purs cornichons et les conseillers et planificateurs, des bandits de grand chemin. J’exagère à peine.

Cette vision déformée n’empêche pas la formidable croissance des fonds communs. On apprenait récemment qu’au Canada l’actif sous gestion dépasse les 1 100 milliards de dollars.

On aura beau multiplier les livres de recettes et les émissions culinaires, il y aura ENCORE des restaurants. Ainsi, on multiplie les FNB et les recettes pour se concocter « un joli portefeuille à la maison », mais dans les faits, c’est un travail ardu qui nécessite une grande expertise.

Quant au gestionnaire artisan, qui gère des portefeuilles individuels de manière discrétionnaire à son compte, il peut bien avoir énormément de talent et de bonne volonté, il n’a carrément pas les ressources nécessaires pour envoyer aux quatre coins de la planète ses analystes pour faire des vérifications diligentes et fixer la valeur intrinsèque d’un titre avec autant de précision.

Les états financiers, les graphiques de tendance et les abonnements à des lettres financières ne suffisent pas à dresser un portrait réaliste. Rien de mieux que des visites en personne. Mais la direction d’Apple, de Loblaws, de Nestlé ou de Bank of America… ne reçoit pas tout le monde. Elle reçoit les équipes d’influence. Il s’avère que ces dernières gèrent des fonds de pension, des fortunes privées, des caisses communes ET des fonds communs de placement.

C’est pas mal pour ça que les fonds communs connaissent autant de succès. Ils portent encore le même nom, mais une large part de l’industrie n’a plus rien à voir avec celle de 1992. Le segment à plus forte croissance en 2014 est celui des mandats à honoraires et des catégories F. Ici, pas de frais d’entrée ni de frais à la sortie.

De plus, un portefeuille de gestion privée diminue considérablement la facture tout en éliminant 90 % du travail de comptabilité et de gestion fiscale des transactions. Que des bornés comme Antoine le veuillent ou non, les fonds communs se sont métamorphosés et permettent des économies substantielles pour la grande majorité des épargnants. Ils ont surtout un avantage extraordinaire : les résultats des fonds sont publics, balisés et soumis à toutes les vérifications possibles.

C’est vrai qu’il y a encore de la malbouffe en finance, mais savez-vous quoi? On n’est pas obligé d’en consommer ou d’en servir. Avant d’amorcer ma maîtrise, j’ai rêvé moi aussi de devenir un gestionnaire d’une boîte spécialisée de conseils financiers et de faire mon CFA. En prenant connaissance de l’ampleur du défi et surtout du talent extraordinaire des Allan Wicks, Daniel Dupont, Rob Mikalachki, Eric Bushell, Richard Jenkins, Jim Hall, Joel Tillinghast, Jeff Hyrich, Daniel Janis, Paul Moroz… et j’en passe, j’ai eu un flash. Je vais mettre mes forces à profit, la gestion des relations et les communications, et offrir la cuisine des grands chefs de la gestion de portefeuille. Ceux qui ont fait leurs preuves et qui récoltent les trophées et les étoiles.

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