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L’éducation des investisseurs : oui, mais laquelle?

3 mars 2014 | André Fok Kam | Commenter

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Littératie financière

Les programmes d’éducation des investisseurs reposent sur la prémisse qu’un investisseur averti en vaut deux. Mais de quoi devrait-on informer les investisseurs? Les différentes étapes d’un programme de placement, le rôle fondamental de la répartition de l’actif, le rapport risque-rendement associé aux actions et aux obligations, les styles de gestion, les principes de la sélection des fonds d’investissement, les moyens de se protéger contre le risque de marché… sont autant de thèmes possibles, pour ne citer que ceux-là. Lesquels prioriser?

Nous suggérons une stratégie utilitaire. Priorisons les thèmes les plus susceptibles d’améliorer le rendement final. Par rendement final, nous entendons le rendement qui revient à l’investisseur après déduction de tous les frais et des impôts.

Le rendement brut

Le rendement brut d’un investisseur dépend des facteurs suivants :

  1. Le rendement du marché dans son ensemble;
  2. La compétence du gestionnaire de portefeuille;
  3. Les actes posés par l’investisseur lui-même, notamment à l’égard des opérations d’achat et de vente des titres.

Les gestionnaires et les investisseurs consacrent beaucoup d’énergie au deuxième facteur. L’objectif est de produire un alpha, ou rendement excédentaire à celui du marché, compte tenu du risque. Le gestionnaire de portefeuille vise à réaliser cet objectif grâce à la répartition tactique de l’actif et à la sélection des titres. L’investisseur, quant à lui, vise à identifier les gestionnaires aptes à générer de l’alpha ou les fonds d’investissement gérés par ceux-ci.

Est-il possible pour un gestionnaire de produire des rendements supérieurs à ceux du marché sur une longue période? Nous laisserons ce débat pour un autre jour. Ce que nul ne voudra contester, c’est qu’il s’agit là d’un objectif extrêmement difficile à réaliser. Il est tout aussi difficile pour un investisseur d’identifier à l’avance les gestionnaires capables de produire des rendements supérieurs à long terme.

Les investisseurs gagneraient à mettre l’accent plutôt sur le troisième facteur, qui a trait à leur propre comportement. Toutes les études ont démontré que leurs rendements personnels sont inférieurs aux rendements des fonds dans lesquels ils ont investi. Le manque à gagner annuel, qui va environ de 1,0 à 1,5 % de l’actif, est attribuable à de mauvaises décisions de leur part. Ils tentent d’améliorer leurs rendements au moyen d’opérations sur les titres des fonds. L’objectif est d’acheter à bas prix et de vendre à un prix élevé. Malheureusement, il n’est pas aisé de prévoir la direction des marchés et le résultat est souvent le contraire de ce qu’ils espéraient. Les investisseurs gagneraient à adopter un comportement discipliné et ne pas céder à la tentation de négocier à tout prix.

Gardons-nous de les critiquer. Afin de pouvoir mesurer l’impact de leurs décisions, ils doivent pouvoir comparer leurs rendements personnels avec ceux des fonds. Les fonds d’investissement offerts au public sont tenus de divulguer leurs rendements de façon régulière. Par contre, peu d’investisseurs ont accès à leurs rendements personnels. Cette lacune sera bientôt comblée grâce aux règles associées à la deuxième phase du modèle de relation client-conseiller. À partir de 2016, ces règles feront obligation aux gestionnaires de portefeuille et aux courtiers de divulguer à leurs clients leurs rendements personnels. Il s’agit là d’un grand pas en avant. Le défi sera de s’assurer que les clients sont en mesure de comprendre et d’utiliser les renseignements qui leur seront fournis.

Le rendement net

Le rendement net d’un investisseur, c’est-à-dire le rendement qu’il lui reste en poche en fin de parcours, dépend des facteurs suivants :

  1. Le rendement brut;
  2. Les frais payés par l’investisseur par l’entremise du fonds; par exemple, les frais de négociation des titres en portefeuille (y compris l’écart entre le cours acheteur et le cours vendeur et les coûts liés à l’impact des opérations sur le marché), les frais de gestion et les frais d’exploitation;
  3. Les frais payés directement par l’investisseur, y compris les frais à l’entrée ou à la sortie;
  4. Les impôts.

Les investisseurs sont mieux informés que jamais de l’incidence négative des frais sur leurs rendements, bien qu’ils gagneraient à être plus conscients de l’importance des frais de négociation des titres. Par contre, peu d’entre eux sont soucieux de l’impact fiscal de leurs décisions sur le rendement final de leurs comptes non enregistrés.

Lorsqu’un investisseur vend un placement à profit, il déclenche un gain en capital imposable et augmente ainsi sa facture fiscale pour l’année. Contrairement aux salaires, aux intérêts et aux dividendes, lesquels sont imposés au fur et à mesure qu’ils sont gagnés, les gains en capital sont imposés uniquement lorsqu’ils sont réalisés. Ceci signifie que les investisseurs sont en mesure de décider quand payer les impôts sur les gains en capital. Les impôts resteront non exigibles tant et aussi longtemps que les gains seront non réalisés. Pourquoi accélérer le paiement des impôts en vendant un placement rentable plus tôt que plus tard? Nous ne disposons pas de chiffres canadiens, mais, aux États-Unis, des chercheurs ont estimé que des opérations fréquentes réduisent le rendement après impôts d’un portefeuille de plus de 0,5 % de l’actif par an. Le même comportement discipliné qui améliore le rendement avant impôts sert aussi à réduire la facture fiscale.

Pour conclure, les investisseurs sont en mesure d’ajouter de 1,5 à 2,0 % à leurs rendements année après année, essentiellement en se croisant les bras! Nous réalisons que ceci est plus facile à dire qu’à faire. L’aspect émotif du placement, bien plus que l’aspect rationnel, constitue l’obstacle principal au rendement. Néanmoins, la conclusion est incontournable. Un comportement rigoureux comporte un meilleur potentiel d’amélioration du rendement que la poursuite d’un alpha difficilement saisissable. Ce rendement additionnel est à la portée de tout investisseur disposé à agir adéquatement. Nous suggérons que ceci soit le message central des programmes d’éducation des investisseurs.


André Fok Kam, CPA, CA, MBA, est consultant dans le secteur des valeurs mobilières. Il a conseillé des autorités réglementaires, des gestionnaires de fonds d’investissement, des gestionnaires de portefeuille et des courtiers. Il est l’auteur de From Conflict to Trust : How Mutual Funds Manage Conflicts of Interest, Carswell, 2009.

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