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L’endettement des ménages rend le Canada vulnérable

26 février 2016 | La rédaction | Commenter

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dettes_tirelire_cochon_426L’endettement des ménages menace la stabilité financière du Canada, qui se retrouve encore plus vulnérable qu’il ne l’était en 2008, estime le sous-gouverneur de la Banque du Canada, Lawrence Schembri.

C’est ce qui ressort d’un discours qu’il a prononcé mercredi à la Chambre de commerce de Guelph, en Ontario.

Selon M. Schembri, le Canada est parvenu à se sortir relativement bien de la dernière crise financière en raison de son solide cadre de réglementation et de surveillance financière ainsi que de l’efficacité des mesures adoptées par les pouvoirs publics. Ces mesures ont cependant stimulé la croissance des dépenses des ménages… qui se sont donc plus fortement endettés. Or, c’est cet endettement qui rend le Canada aujourd’hui plus vulnérable qu’il ne l’était en 2008.

«Pour comprendre la différence entre une vulnérabilité et un risque, explique M. Schembri, imaginez un pont dont les fondations sont fissurées. Voilà la vulnérabilité. Le risque est que le pont s’effondre si un événement déclencheur, comme un tremblement de terre, venait ébranler ses fondations.»

Dans l’économie canadienne, donc, la principale vulnérabilité réside dans l’endettement des ménages, alors que le risque se situe lui, du côté d’une baisse marquée du prix du pétrole, qui aurait pour conséquences la hausse du chômage et, à plus ou moins long terme, la baisse des prix de l’immobilier.

DES DETTES DE PLUS EN PLUS GROSSES

La situation est d’autant plus inquiétante que ce sont les ménages les plus dans le rouge qui se sont encore plus endettés, selon M. Schembri. À titre d’exemple, la dette détenue par les ménages canadiens dont le ratio de la dette au revenu brut est inférieur à 250 % n’a progressé que légèrement ces douze dernières années si l’on tient compte de l’inflation. Par contre, la dette des ménages dont le ratio de la dette au revenu brut est égal ou supérieur à 250 % s’est accrue de près de 75 % durant la même période.

« Au sein de ce groupe se trouve un sous-groupe de ménages fortement endettés, définis comme étant ceux dont le ratio de la dette au revenu brut est égal ou supérieur à 350 %, précise-t-il. La plupart des personnes qui se classent dans ce sous-groupe sont jeunes (moins de 45 ans). La taille de ce sous-groupe a doublé, passant d’environ 4 % durant la période qui a précédé la crise (2005-2007) à approximativement 8 % des ménages endettés en 2012-2014, ce qui représente quelque 720 000 ménages détenant une dette de près de 400 G$, soit environ un cinquième [20 %] de la dette globale des ménages. »

Or, ce sont ceux qui sont le plus susceptibles de se retrouver en défaut de paiement, car ils sont jeunes et ont rarement fait d’études postsecondaires. Ils reçoivent de faibles revenus et sont plus à risque de perdre leur emploi.

Concrètement, la Banque du Canada a évalué les conséquences que ferait peser sur l’économie canadienne un choc telle une récession, qui engendrerait une hausse du chômage de cinq points, et ce, de manière durable.

SCÉNARIO CATASTROPHE

« Les résultats de nos simulations indiquent qu’à la suite de ce choc, le taux d’arriérés des ménages pourrait grimper sensiblement, pour atteindre jusqu’à 1,8 % après trois ans, par rapport à 0,4 % en 2014, révèle Lawrence Schembri. Environ 20 % de cette hausse estimée serait attribuable à l’accroissement de l’endettement et à sa plus grande concentration parmi les ménages fortement endettés depuis 2007».

Cette situation pourrait alors contraindre un certain nombre de propriétaires à vendre leur habitation ou les empêcher de rembourser leur prêt hypothécaire. Les prix des logements pourraient accuser une baisse marquée partout au Canada, ce qui aurait des effets directs substantiels sur les établissements prêteurs et les assureurs hypothécaires canadiens.

Un scénario catastrophe qui n’a cependant que très peu de chances de survenir, à en croire le sous-gouverneur de la Banque du Canada. D’une part parce que la probabilité d’une hausse du chômage de cette ampleur est relativement faible. D’autre part parce que, malgré la hausse de l’endettement des ménages canadiens ces dernières années, l’endettement et la proportion de paiements en retard sont loin d’être aussi élevés au Canada aujourd’hui qu’ils l’étaient pour les ménages américains au début de la crise financière.

« Par exemple, si l’on compare la situation des États-Unis en 2007 à celle du Canada durant la période allant de 2012 à 2014, on constate qu’un plus fort pourcentage des ménages américains étaient endettés, qu’une plus grande proportion d’entre eux étaient lourdement endettés et que la proportion de ménages américains fortement endettés affichant un ratio du service de la dette de 40 % ou plus était deux fois plus importante qu’au Canada », conclut M. Schembri.

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