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L’entente d’Alcan amène les gestionnaires de fonds à pêcher pour de nouveaux titres à forte capitalisation

15 juillet 2007 | Bryan Borzykowski | Commenter

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À peine remis des nouvelles de l’achat de BCE, l’annonce d’une autre gigantesque fusion survient, qui affectera certainement les investisseurs canadiens. Rio Tinto, le poids lourd minier anglo-australien, vient d’offrir 38,1 milliards de dollars afin d’acheter Alcan, la plus large compagnie minière au Canada.

L’entente amène les sociétés de fonds à rechercher de nouveaux titres dans lesquels investir, ce qui pourrait s’avérer difficile : étant donné l’achat de Falconbridge et d’Inco l’année dernière, quand BCE et Alcan concluront leurs ententes, quatre des 60 compagnies S&P/TSX ne seront plus en liste. « Si vous aimez les compagnies à forte capitalisation, vous en avez deux de moins parmi lesquelles choisir », déclare Adrian Mastracci, gestionnaire de portefeuille de KCM Wealth Management.

M. Mastracci pense que les compagnies à moyenne capitalisation sont dans une bonne position afin de profiter de la situation et de combler le vide laissé par les gros canons. « Nous pourrions voir quelques autres fusions et acquisitions ici, affirme-t-il. Il y a beaucoup de discussions dans les salles de conférence, et je crois que nous verrons des compagnies passer à l’action. »

Pour l’instant, les investisseurs et les gestionnaires de fonds devront réévaluer leurs titres. Puisque presque chaque fonds d’actions canadiens majeurs a des enjeux dans Alcan, trouver de nouveaux titres dans lesquels investir les gros dollars pourrait s’avérer un défi.

Par chance, plusieurs gestionnaires de fonds évaluent déjà la situation. Mais si une ou deux inscriptions en Bourse attiraient la majorité de l’argent? « Il se pourrait qu’on coure après ces compagnies pendant quelque temps, mais l’équilibre se rétablira », explique M. Mastracci.

Il est encore trop tôt pour dire où l’argent à réinvestir se retrouvera, mais une option est Rio Tinto elle-même, qui a affirmé qu’elle s’inscrirait à la Bourse TSX après que l’entente soit conclue. « Ceci donnerait aux Canadiens un choix supplémentaire pour acheter d’ici même », commente M. Mastracci.

Mais, renchérit-il, acheter des actions de Rio Tinto ne signifie pas que vous investissez dans Alcan. Un nouvel achat d’actions, même s’il implique un titre antérieur, nécessite une évaluation attentive. « Il faudrait se demander à quel point le prix est bon? Est-ce qu’il convient à la situation du client? Rio Tinto sera une compagnie avec un facteur d’endettement modéré et il faut faire attention. On ne veut pas avoir un portefeuille comprenant beaucoup de compagnies avec un haut facteur d’endettement. »

Ça prendra un certain temps avant que les gestionnaires de fonds aient besoin de réinvestir ailleurs, mais quelques investisseurs ne voudront probablement pas attendre à la dernière minute. M. Mastracci juge que les gestionnaires de portefeuille qui agissent rapidement auront plus de temps afin de déterminer où redéployer leur argent.

Peu importe la voie que choisiront les gens, personne ne peut affirmer être surpris par les événements de jeudi dernier – même s’ils sont peut-être inquiets. La récente hausse des fusions et acquisitions parmi les plus grandes compagnies canadiennes a remis sur la sellette le débat sur l’« évidement » du Canada corporatif. Le ministre des Finances a même convoqué un panel jeudi dernier pour discuter de la concurrence et des politiques d’investissement liées à l’activité de fusions et acquisitions dans le pays.

M. Mastracci admet que la liste des principales compagnies canadiennes se rétrécit mais assure qu’il n’y a pas de raison de paniquer ou d’implanter de nouvelles lois anti-fusionnement dans le marché. « Exiger un nouvel ensemble de règlements de la part du gouvernement n’est pas ce dont le marché a besoin, indique-t-il. Il est bien d’avoir du contenu et des actionnaires canadiens, mais il n’existe pas suffisamment d’argent au Canada. »

Il ajoute que, même si le marché canadien à forte capitalisation n’est pas aussi robuste que dans d’autres pays, il est malgré tout de taille respectable. Il ne devrait donc pas être trop difficile de trouver de nouveaux fonds dans lequels investir. « J’aimerais qu’il existe quelques choix supplémentaires, mais ceux qui voudront remplacer leurs dividendes devraient bénéficier d’un choix raisonnable. »

Jusqu’à ce qu’il soit temps d’agir, toutefois, M. Mastracci attendra patiemment afin de voir la suite des événements. Et il ne sera pas surpris si un autre géant canadien est acheté par des étrangers. « Les gestionnaires de portefeuille s’adaptent à ces situations depuis longtemps, dit-il. On l’accepte sans sourciller. »

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