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Les baby-boomers seraient-ils les nouveaux pauvres?

24 mai 2016 | Gérard Bérubé | Commenter

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Logo_Conseiller_15ans_425• Ce texte est paru dans l’édition de mai 2003 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF.
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Ils ont accumulé en moyenne 30 ans de service et veulent maintenant profiter de la vie à temps plein.Vu que l’espérance de vie peut rallonger de 16 ans la retraite des hommes et de 20 ans celle des femmes,auront-ils les moyens de se retirer?

Les statistiques ne se démentent pas : les baby-boomers, nombreux à atteindre l’âge de la retraite au cours de la prochaine décennie, n’y sont pas préparés adéquatement sur le plan financier. Et cette longue correction boursière, amorcée en mars 2000, vient modifier bien des plans, repousser bien des objectifs, d’auL tant plus que cette contraction s’accompagne du maintien des taux d’intérêt à leur plus bas niveau des 40 dernières années. Cette conjoncture particulière met en relief, une nouvelle fois, le danger de s’éloigner de sa politique de placement. Pire, de vouloir jouer le marché.

«Peut-être que l’anomalie a été cette longue période haussière qui a donné naissance à une bulle financière d’une telle taille», se demande Jean Morrissette, président de Partenaires Cartier. Cette longue correction boursière, du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale, vient témoigner de l’ampleur de cette exubérance irrationnelle maintes fois décriée par le président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan. Elle vient également remettre à l’ordre du jour le conseil et l’adoption d’une politique de placement. «Aux baby-boomers, à ceux qui prévoient prendre leur retraite dans 5 ou 10 ans, je dis de ne pas paniquer. Je les invite à ne pas céder à la tentation de s’en remettre à des produits qui pourraient ne pas leur permettre d’atteindre leurs objectifs. Je leur suggère de consulter et de revenir à une politique de placement apportant une discipline dans le portefeuille, par opposition à une prise de décision émotive et basée sur les tendances du marché», dit M. Morrissette.

« Aux baby-boomers, à ceux qui prévoient prendre leur retraite dans 5 ou 10 ans, je dis de ne pas paniquer. Je les invite à ne pas céder à la tentation de s’en remettre à des produits qui pourraient ne pas leur permettre d’atteindre leurs objectifs.  »

Dans la pratique, tout est souvent affaire de calibrage de portefeuille et de réajustement selon l’horizon de placement, le degré de tolérance au risque étant généralement corrélé à la durée de l’investissement. Jean Morrissette rappelle qu’un placement soi-disant plus sûr, moins risqué, n’améliore pas toujours le profil du portefeuille. «Si les taux d’intérêt remontent et que l’investisseur est surpondéré en titres à revenu, ce n’est peut-être pas l’idéal.»

Gilles Lanctôt, directeur régional de SEI Investissements, acquiesce. Et va plus loin. «Avant, le babyboomer voulait un produit. Maintenant, la nouvelle génération veut une solution. Bien sûr, dit-il, on peut parler de ce seuil de tolérance qui est bas ces temps-ci, avec ce marché [boursier] déficitaire depuis trois ans, peut-être pour une quatrième année. Certes, on peut penser aux fiducies de revenu, aux obligations d’entreprises à haut rendement ou à des véhicules tels les CPG indiciels avec capital garanti.»

Mais le spécialiste du «gestionnaire de gestionnaires» fait appel à des statistiques éloquentes : de 1984 à 2000, sur le marché américain, le rendement annuel moyen des actions a été de 16,3%. Il a été de 9,1 % pour les obligations et de 5,8% pour les bons du Trésor. Pendant ce temps, l’investisseur individuel n’a fait que du 5,3%. «Voilà une autre manifestation du cycle des émotions, du syndrome du «beaufrère», d’une prise de décision avec le regard dans le rétroviseur. De cette tendance qu’a l’investisseur d’acheter au sommet et de vendre dans le creux.»

Au sein de SEI, on croit plus que jamais à la pertinence d’une démarche institutionnelle articulée autour de la répartition d’actif, de la structure du portefeuille, de la multiplicité de gestionnaires spécialisés et d’une gestion de portefeuille en continu. «Ce sont les changements de la situation personnelle du client, et non les fluctuations de marché, qui devraient dicter la constitution d’un portefeuille», ajoute-t-il.

Le spécialiste rappelle également qu’en 1996 le profil de tolérance au risque dominant pouvait suggérer une proportion de 80% en obligations et de 20% en actions. En 1999, c’était l’inverse. «C’est tout dire des difficultés de jouer le marché ou de jouer le style de gestion.» Il nous ramène en outre à cette réalité voulant qu’entre 1962 et 2001 le S&P 500 ait offert un rendement annuel moyen de 12,4%, avec des extrêmes à – 26% et à + 37%, et seulement trois années entre 10 et 15%.

«Nous sommes toujours pleinement investis. Nous poursuivons une politique rigoureuse et sensée. Nous essayons de stabiliser le rendement et de diminuer la volatilité non compensée. Tout cela en fonction du profil du client», renchérit-il. Et ce, sans tenir compte de son âge ou de son horizon de placement. Gilles Lanctôt fait ici référence à la citation d’un auteur américain estimant qu’il peut être «criminel», à tout le moins irresponsable, de recommander à un babyboomer de 50 ans de consacrer plus que 50% de son portefeuille en obligations. Évidemment, cette recommandation peut être valable si elle est faite en fonction du degré de tolérance au risque du client. Sinon, ce n’est pas en se réfugiant dans les obligations et dans les CPG… parce que dit-il : «Avec une espérance de vie de 82 ans, avec cette vague d’héritages qui va également déferler, les babyboomers devraient garder une politique d’investissement équilibrée.»

Jacques Daoust, président du conseil et chef de la direction de BLCOBJECTIF CONSEILLER 12 La retraite des baby-boomers Edmond de Rothschild, voit la situation par l’autre bout de la lunette. «Plus tu te rapproches de l’âge de la retraite, plus tu dois réduire ton risque. Dans la conjoncture actuelle, les gens sont encore en attente en regard des fonds d’investissement ou encore des dépôts bancaires. Tout au plus vont-ils s’en remettre aux fonds de dividendes ou aux fonds obligataires.» M. Daoust tient à relativiser les choses. Il y a 20 ans, les obligations étaient à 20% et il en restait 10% après impôt. L’inflation était à 12 %. Après inflation, il en restait alors – 2 %. Aujourd’hui, les obligations de cinq ans sont à 5% et l’inflation est à 1,8%. Après impôt, il reste 2,8%; après inflation, nous sommes enrichis de 1%. «Les dépôts garantis de cinq ans offrent, à l’heure actuelle, le meilleur rendement dans la catégorie des produits sûrs. La personne prévoyant prendre sa retraite dans 10 ans peut très bien disposer son capital de manière à bâtir un portefeuille ayant une échéance moyenne de deux ans et demi et un rendement moyen de cinq ans», suggère-t-il.

Car le phénomène et ses consé- quences sont largement documentés. Vieillissement de la population, désengagement de l’État des programmes sociaux d’envergure, espérance de vie plus longue et faiblesse des taux d’intérêt sont quatre forces qui, se combinant, font apparaître un nouveau risque : survivre à son capital-retraite. Plus précisément, cette cible invitant à atteindre l’âge de la retraite avec un patrimoine permettant de procurer entre 60 et 70 % du revenu appartient de plus en plus à la théorie. En pratique, il y a la faiblesse des rendements moyens. On ne mise plus sur des rendements annuels de 8 ou 10% sans risque. Avec des taux désormais ramenés à 5 ou 6%, le retraité peut difficilement vivre de ses placements sans devoir gruger son capital. Et il y a cette espérance de vie toujours plus longue, de 19 ans en moyenne, dans le cas d’une retraite à 65 ans. Une pression sur le patrimoine retraite qui se trouve exacerbée par le fait que 9 de ces 19 années de retraite seront placées sous le sceau d’une invalidité quelconque, le tout s’inscrivant dans un contexte de désengagement de l’État.

Pierre Fortin, économiste à l’UQAM, résume ainsi ce sur quoi tout le monde s’entend mais: «Nous allons peut-être arriver à la retraite plus riches, mais avec moins d’argent qu’on en aura besoin. Il va falloir compenser par une vie active plus longue.»

«L’allongement de l’espérance de vie n’a pas ajouté une nouvelle étape à la vie», renchérit Jacques Daoust. Pour lui, à la retraite, «nous vivrons plus vieux que nous le pensons. Et plus pauvres que nous le pensons.» Il invite alors à repenser la notion de retraite, ou à élargir le sens du mot «loisir». Jacques Daoust s’inspire des conclusions d’un auteur américain voyant le baby-boomer comme étant quelqu’un «qui ne se retirera jamais ou qui se retirera souvent» pour préconiser le loisir rémunéré. «En faisant fructifier ses loisirs, le retraité profiterait d’un revenu additionnel, aurait moins de temps pour dépenser et tirerait davantage de plaisir à le faire.» Sans compter que l’«on réduit d’autant le nombre d’années où notre conjoint devra vivre 24 heures par jour avec nous», dit-il.

Jacques Daoust joint sa voix au consensus voulant que cette vague de baby-boomers atteigne l’âge de la retraite plus appauvries. Et que l’objectif d’une retraite hâtive relève davantage du mythe ou du rêve. «Même avec un capital de 600 000$ qui procure une rente viagère de 50 000$, sous l’effet de l’inflation, on tombe rapidement dans la définition de l’assisté social

«Les gens vont devoir accepter de modifier leurs objectifs, ajoute Jean Morrissette. Ou ils reportent l’âge de leur retraite, ou ils révisent à la baisse les paramètres de leur retraite, ou ils prennent les moyens d’atteindre leur cible, en augmentant leurs contributions, par exemple. La pire erreur serait d’abdiquer.» Gilles Lanctôt ne croit également pas que les objectifs de retraite hâtive pourront être maintenus. «Les baby-boomers ontils les moyens de leurs ambitions? Pas depuis les trois dernières années», répond-il.


• Ce texte est paru dans l’édition de mai 2003 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF.
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