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Les convictions partagées d’Yves Michaud et Jacques Parizeau

12 juin 2015 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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Yves Michaud, le « Robin des banques », se souviendra toujours de son grand ami Jacques Parizeau comme d’un homme discret et distingué qui a façonné plus que quiconque le destin économique du Québec.

« Jacques Parizeau avait une connaissance et une conscience inégalées du Québec dans son ensemble. Il a tout mis en œuvre pour que les Québécois soient économiquement maîtres chez eux », témoigne Yves Michaud, fondateur du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC).

Si les deux hommes ont pu entretenir une grande amitié pendant plus de 50 ans, c’est parce qu’ils ont toujours partagé les mêmes convictions économiques et politiques. À titre de conseiller spécial, M. Parizeau participait à chaque séance du conseil d’administration du MÉDAC et assistait religieusement aux conférences de l’organisme.

« Comme moi, il avait à cœur la défense des petits épargnants et refusait de se mettre à plat ventre devant les grandes institutions financières. »
– Yves Michaud.


Il souligne par ailleurs la détermination de l’ancien premier ministre, qui a été le premier Québécois à obtenir un doctorat de la London School of Economics. « À l’époque, l’économie était une discipline boudée par les grands intellectuels de la province », se rappelle Yves Michaud.

Maîtres chez nous

Jacques Parizeau a été un « grand libérateur économique pour les Québécois », mais selon Yves Michaud il aurait pu aller bien plus loin si son rêve le plus ambitieux s’était réalisé : l’indépendance du Québec. « Les banques, par exemple, sont de juridiction fédérale. Il ne pouvait pas engager une réforme de leur fonctionnement et de leur règlementation. Il était très frustré de ne pas pouvoir mener l’économie du Québec aussi loin qu’il aurait voulu », soutient-il.

Ce qui ne l’a toutefois pas empêché de fournir aux Québécois de nombreux leviers d’émancipation économique, tels que la Caisse de dépôt et placement. « La Caisse est probablement sa plus grande réalisation. Il s’agit d’un incroyable outil de progrès économique pour le Québec », souligne M. Michaud, qui mentionne également l’énergie consacrée par M. Parizeau pour favoriser l’émergence et la croissance des PME de la province. « En fait, il a touché à tous les domaines économiques où il était en mesure d’intervenir. »

Le plus grand drame de la vie de Jacques Parizeau selon Yves Michaud : sa démission après la défaite référendaire de 1995. « Il aurait pu poursuivre son œuvre plus longtemps, mais nous lui sommes redevables en tout ou en partie des outils économiques qui forgent le destin de notre collectivité nationale », soutient-il.

Nés la même année, les deux hommes ont commencé à se côtoyer dans les années 60, alors qu’ils siégeaient tous deux à l’Assemblée nationale. Mais derrière leurs convictions partagées, Yves Michaud et Jacques Parizeau étaient avant tout de grands camarades, qui d’ailleurs, ne parlaient plus de politique depuis de nombreuses années. « Les gens gardaient toujours une distance respectueuse avec lui. J’étais l’une des rares personnes à le tutoyer!, s’exclame M. Michaud. Il avait un rire qui semblait provenir du plus profond d’une caverne, mais qui était en même temps comme un rayon de soleil. »

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