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Revue de presse

Les effets pervers de la divulgation financière

15 mai 2015 | La rédaction | Commenter

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FAIR Canada vient de publier un billet visant à contextualiser les effets attendus de la politique de divulgation financière publique. Plus précisément, l’article questionne les bases mêmes de cette pratique. Selon l’organisation, si ce principe n’a pas toujours les effets désirés, c’est que l’information est susceptible d’être utilisée contre le consommateur.   

Tout en rappelant que les objectifs de la politique de divulgation sont d’équilibrer l’information entre l’intermédiaire et le client, et de « gérer les conflits d’intérêts plutôt que de simplement les interdire », l’organisme s’interroge sur la manipulation du client pouvant résulter de la divulgation.

En fait, FAIR Canada croit que les investisseurs ne sont pas en mesure d’utiliser les informations échangées de manière efficace. En se basant sur les conclusions de chercheurs en comportement humain, notamment Daylian Cain (Yale University), Sunita Sah (Harvard University) et George Loewenstein (Carnegie Mellon University), l’organisation croit que les divulgations pourraient mener les investisseurs à agir contre leurs propres intérêts.

La méfiance, meilleure alliée de l’investisseur?

Les investisseurs ne sont pas assez méfiants envers les conseils reçus. Pire encore, l’admission d’un conflit d’intérêts par un conseiller ne serait pas suffisante pour instaurer la dynamique nécessaire à l’investisseur en vue d’effectuer les meilleurs choix.

Selon FAIR Canada, la divulgation peut susciter un sentiment « d’exonération morale » chez le conseiller, qui pourrait alors profiter de cette apparence de sincérité pour s’abstenir d’agir au mieux pour son client.

Autre effet découlant d’une admission de conflit d’intérêts : une relaxation indue de la vigilance de l’investisseur, qui croit alors bon d’accorder sa pleine confiance au conseiller.

Dans le cas où l’investisseur se sentirait « orienté » vers certains choix de produits, l’organisme croit que l’effet de la divulgation pourrait le pousser à accepter, bien que le lien de confiance ait été contextualisé.

Le système remis en question

Ce type de situations amène FAIR Canada à poser plusieurs questions. Comment assurer l’efficience des marchés, sujets à de nombreux conflits, si les intermédiaires sont incapables de gérer ces mêmes conflits à travers la divulgation?

Les conseils donnant lieu à des conflits d’intérêts doivent-ils être interdits? À quoi bon instaurer une meilleure divulgation si les investisseurs les ignorent ou les utilisent de manière inappropriée? Dans un contexte où plusieurs instances exercent des pressions pour l’obtention d’un accès élargi aux investissements dispensés d’obligation de prospectus, une réflexion s’impose, soutient l’organisme.

Actuellement, les instances de réglementation canadiennes étudient l’idée d’apporter une protection supplémentaire à l’investisseur par la signature d’une reconnaissance de risque. Aucune étude ne vient toutefois établir l’efficacité d’une telle solution.

FAIR Canada s’interroge également sur plusieurs formalités inhérentes au processus de divulgation. S’avère-t-il plus efficace avant le début du processus et de décision d’achat? Si l’admission de possible conflit d’intérêts survient à la fin, soit juste avant la signature, est-il trop tard pour influer sainement sur la perception du consommateur?

En citant les résultats d’études sur le comportement humain, l’organisation souligne que la simple présentation d’un document papier pour prise de connaissance et de signature ne garantit en rien une bonne compréhension de la part de l’investisseur. Surtout lorsqu’il est question de produits complexes. Les questions sont posées, à quand les réponses?

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