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Les fonds communs n’ont qu’eux-mêmes à blâmer

13 février 2008 | Commenter

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Le journaliste Derek DeCloet, du quotidien Globe and Mail, n’est pas étonné du recul des ventes de fonds communs en janvier et de la diminution de l’actif sous gestion. Certes, la volatilité des marchés justifie en partie le retrait des investisseurs, mais d’autres facteurs expliquent la tiédeur des épargnants vis-à-vis de ces instruments de placement.

Pour commencer, dit-il, l’industrie canadienne des fonds communs a perdu le contact avec la clientèle de détail pour ne servir que les courtiers. Résultat : c’est au Canada qu’on trouve les frais de gestion les plus élevés au monde, selon l’étude intitulée Mutual Fund Fees around the World.

En outre, l’industrie offre beaucoup trop de produits. Derek DeCloet a répertorié plus de 2 200 fonds disposant de moins de 25 millions de dollars d’actifs. Non seulement est-il difficile d’assurer la rentabilité de ces petits fonds, mais les investisseurs ne savent plus où donner la tête.

Ce n’est pas l’ampleur du catalogue qui cause problème, indique Derek DeCloet, mais la pertinence de certaines catégories de fonds. Par exemple, quand le livre Entre le boom et l’écho a fait fureur à la fin des années 1990, les sociétés de fonds communs se sont empressées de lancer des fonds de «tendances démographiques». Les ressources naturelles ont la cote ces temps-ci ? On trouve maintenant plus de 100 types de fonds concentrés dans ce secteur. Or, la plupart de ces produits sont commercialisés après que la vague a déferlé. Alléchés par des perspectives de performance supérieure, les épargnants sautent dans le train, mais trop tard. Pour Derek DeCloet, voilà l’une des raisons qui expliquent pourquoi la vaste majorité des fonds communs ne réussissent pas à battre les indices boursiers. Et pourquoi les investisseurs liquident leurs parts lorsque les rendements ne sont pas au rendez-vous.

Enfin, il constate que les sociétés de fonds communs ne sont plus dirigés par des investisseurs, mais par des spécialistes du marketing. Alex Christ chez Mackenzie, Robert Krembil chez Trimark et Warren Goldring chez AGF étaient non seulement des hommes d’affaire, mais également des gestionnaires expérimentés, des professionnels de l’industrie des services financiers. On serait très loin de cela maintenant.

Quand Trimark a été achetée par la firme AIM, dit Derek DeCloet, le pdg du nouveau groupe a comparé la vente de fonds communs à celle de… shampoing. L’actuel chef de la direction a commencé sa carrière dans une compagnie qui distribue des crèmes contre l’acné ! Quant à Fidelity Canada, elle est supervisée par un ancien directeur de banque. Pas un gestionnaire professionnel, souligne le journaliste.

En fait, ce ne sont pas les turbulences boursières qui minent les résultats des sociétés de fonds communs. C’est une absence de leadership. «Le temps est peut-être venu que des spécialistes de l’investissement reprennent le flambeau», conclut Derek DeCloet.

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