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Prenez garde aux fonds cycle de vie

21 septembre 2010 | Scot Blythe | Commenter

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Livrés à eux-mêmes, les salariés s’occupent souvent de leurs placements avec autant de discernement qu’ils n’en mettent à encourager leur équipe de hockey favorite : leurs efforts se limitent à quelques sous dans la cagnotte des paris. Mais quand il s’agit d’une caisse de retraite, le pari porte sur les réserves de toute une vie.

Le problème ne se pose pas avec un régime de retraite à prestations déterminées (régime PD). Enfin, presque : il n’existe aucune garantie que l’entreprise sera toujours là pour verser les retraites promises. Avant la grande récession déjà, des sociétés naguère dans le peloton de tête de l’industrie troquaient leur régime PD pour un régime à cotisations déterminées (régime CD) ou un REER collectif.

Nous sommes tous vulnérables aux risques du marché. Et les employés soit en assument le prix, soit les subissent.

Toutefois, peu importe le régime (CD ou REER collectif) les employés doivent choisir quel placement acheter. Les fournisseurs offrent une gamme d’options qui varie des fonds du marché monétaire ou obligataires aux fonds équilibrés ou d’actions uniquement. Mais devant la nécessité de faire un choix ne serait-ce qu’entre cinq fonds, plus d’un investisseur se sent dépassé. Par défaut, il pourrait simplement suivre le conseil d’Harry Markowitz, père de la théorie moderne du portefeuille, et investir une somme égale dans chacune des options.

Les fonds cycle de vie

Un autre choix gagne en popularité : les fonds cycle de vie. Également appelés fonds à échéance, ils sont classés dans la catégorie des fonds équilibrés, mais il s’agit de fonds de fonds à composantes variables. La composition du portefeuille évolue progressivement, passant de placements audacieux à des placements prudents, à mesure que la date cible approche. Ils sont particulièrement appréciés par les REER collectifs, mais également par les REEE.

Cependant, de fortes tourmentes sur les marchés peuvent compromettre l’échelle de rééquilibrage du fonds, selon laquelle la répartition de l’actif du portefeuille est modifiée jusqu’à la date cible. En 2008, devant les résultats lamentables des fonds cycle de vie américains arrivant à échéance en 2010, la Securities and Exchange Commission (SEC), la commission des valeurs mobilières des États-Unis, a exigé davantage de transparence sur les échelles de rééquilibrage. Encore a-t-il fallu passer par des audiences devant le Sénat.

Selon Mary Schapiro, présidente de la SEC, les pertes subies en 2008 par 31 fonds à échéance 2010 atteignaient en moyenne presque 25 %. Mais plus étonnante encore était la grande disparité de leur performance : leurs rendements variaient de moins 3,6 % à moins 41 %. « La diversité de ces résultats fait réfléchir, souligne Mme Shapiro. Il me semble que nous devrions tous marquer un temps d’arrêt et déterminer s’il y a lieu d’amender la règlementation, de réformer l’industrie ou d’apporter tout autre changement en ce qui concerne les fonds à échéance. »

Au Canada, les fonds cycle de vie ont beaucoup moins fait les manchettes. Il est vrai que ce secteur est encore peu développé, représentant un actif de 4 milliards $ par rapport à 270 milliards $ aux États-Unis. Malgré tout, quelques fonds canadiens ont dû immobiliser des réserves de garantie avant la date d’échéance. Les garanties constituent un autre niveau de complexité et de frais. De plus, il faut bien que quelqu’un couvre la prime de risque.

Dans le cas d’un fonds cycle de vie non garanti, le danger usuel réside dans l’asynchronie des échéances de l’actif et du passif. Si, à long terme, les actions procurent des rendements supérieurs, ces rendements risquent de ne pas se réaliser au cours de la période dont dispose l’investisseur. En effet, cet horizon temporel peut être aussi court qu’une année. Par exemple, un investisseur ayant liquidé ses actions en 2007 aurait touché le magot en comparaison de celui qui l’aurait fait en 2008.

Plusieurs raisons expliquent la chose. La plus évidente est qu’un fonds à échéance 2010 aurait théoriquement accordé une plus grande pondération aux actions en 2008 qu’il ne le l’aurait fait en 2009, conformément à son échelle de rééquilibrage, ce qui constitue le risque systémique. Deuxièmement, les obligations de sociétés susceptibles de faire partie de la composante de titres à revenu fixe auraient accusé de sérieux coups en 2008, sans égard à la qualité, posant ainsi le risque idiosyncratique de cette catégorie d’actif, les obligations gouvernementales étant le seul placement véritablement sûr.

La grande inconnue est la volatilité, ce qui est le cas de n’importe quel placement. Au Canada, certains fonds cycle de vie sont offerts sous forme de fonds distincts, ou assortis de garanties semblables à celles des billets à capital protégé. En ce qui concerne un fonds distinct, l’assureur garantit le capital ou la valeur maximum réalisée. Quand la performance n’est pas au rendez-vous, l’assureur est dans le pétrin. S’il s’agit d’un fonds garanti, c’est une obligation coupons détachés qui fait office de garantie, assurant de verser le prix de clôture maximum quotidien ou mensuel. Advenant que le fonds ne produise pas les résultats escomptés, le portefeuille peut être monétisé, c’est-à-dire entièrement converti en obligation coupons détachés avec une durée possible de 10 ans.

Avec ou sans garanties, vous avez intérêt à bien connaître le produit. Si les fonds cycle de vie offrent apparemment une solution de placement complète, cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’exigent aucun suivi (d’ailleurs on ne saurait prétendre qu’il existe des placements de la sorte). De plus, tous n’ont pas forcément d’échéance définie, certains se limitant à réduire progressivement la forte pondération d’actions que compte le portefeuille de départ, sans que le fonds soit assorti d’une date d’échéance proprement dite. Les investisseurs qui conservent ce fonds ont un placement qui comprend de 30 % à 40 % d’actions – à titre de couverture contre l’inflation – et ont le choix de liquider leur part ou non.

Ces fourchettes ont suscité un vif débat aux États-Unis car les fonds à échéance sont devenus l’instrument de prédilection des régimes 401(k), le pendant américain des régimes CD et des REER collectifs. La SEC recommande une meilleure divulgation de l’information, notamment une représentation graphique de l’échelle de rééquilibrage.

Toutefois, certains critiques estiment ces mesures insuffisantes : faudrait-il également mettre en garde les investisseurs contre le risque de longévité, puisqu’ils peuvent prendre la retraite à 65 ans et avoir encore 20 ans à vivre ? Le risque d’inflation n’est pas écarté (même s’il semble négligeable actuellement).

Le conseil des CFP, par exemple, est d’avis qu’une plus grande transparence s’impose lorsque la répartition de l’actif d’un fonds s’écarte sérieusement de celle des autres fonds similaires. Enfin, il reste une question de taille à laquelle personne n’a fait allusion au Canada : le fonds cycle de vie doit-il permettre au participant d’atteindre la retraite ou de vivre sa retraite? Autrement dit, faut-il que le porteur de part ait un capital suffisant pour acquérir une rente viagère ou un Fonds de réserve pour les retraites (FRR) quand il atteint l’âge de 65 ans, ou le fonds cycle de vie doit-il procurer un revenu durant la retraite?

La divulgation ne saurait remédier à la volatilité du marché. Cependant, un investisseur averti en vaut deux !

Malgré ses caractéristiques de solution automatisée, le fonds cycle de vie doit être envisagé avec la même précaution – et attention à la tolérance du risque – que n’importe quel autre placement.

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