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Performances des gestionnaires : le hasard fait bien les choses

18 juin 2012 | Fabrice Tremblay | Commenter

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Même si les firmes de fonds communs aiment promouvoir les performances passées et le nombre d’années d’expérience de leurs gestionnaires-vedettes, les résultats futurs obéiraient davantage à un processus aléatoire. C’est ce que soutiennent deux chercheurs américains dans un article récent publié dans la revue Journal of Applied Finance – No.1 2012.

Le plus longtemps un gestionnaire de fonds reste en poste, le plus sa performance en matière de rendement annuel moyen risque de diminuer. C’est l’une des conclusions de l’étude menée sur 290 gestionnaires de fonds par les professeurs de finance Jack W. Trifts, de la Bryant University dans le Rhode Island et par Gary E. Porter, de la John Carroll University , en Ohio.

« Plus longue est la période pendant laquelle un gestionnaire reste en place, plus les chances qu’il connaisse un revers de fortune augmentent. Cela est vrai même pour un gestionnaire de la trempe de Peter Lynch, considéré par plusieurs comme le meilleur gestionnaire de tous les temps », dit M. Trifts. Le gestionnaire-vedette Peter Lynch a dirigé le fonds Fidelity Magellan pendant une période de treize ans. Il a obtenu un rendement annuel moyen de 12,75 %, surclassant tous les autres gestionnaires observés dans l’étude.

Débuter très fort
Les deux chercheurs estiment que les « performances supérieures » obtenues par les gestionnaires tiennent davantage de la chance. Une des observations qui leur permet d’arriver à cette conclusion est que les gestionnaires considérés comme performants ont habituellement obtenu de bons résultats les trois premières années de leur carrière. « Les gestionnaires qui ont des résultats élevés tôt dans leur carrière se voient affublés du titre de vedettes, alors que ceux qui performent mal au début tendent à disparaitre de l’industrie », note M. Trifts.

Dans une vidéo sur le site de son université, le professeur Trifts explique le processus statistique qui selon lui mène à l’émergence de vedettes, en faisant une comparaison : « Demandez au public d’un stade de football universitaire de lancer une pièce en l’air. Ne retenez que ceux qui ont obtenu “pile” et demandez-leur de relancer la pièce. Si vous faites ce processus environ 18 fois, il ne va vous rester que quatre ou cinq personnes dans tout le stade. Allez-vous conclure pour autant qu’il s’agit des meilleurs lanceurs de pièces au monde? »

Une analyse plus détaillée
Les chercheurs ont dressé la liste des 25 meilleurs gestionnaires selon leurs calculs. Ils comparent leur performance moyenne de ces gestionnaires au cours de leurs trois premières années comme responsable d’un fonds, avec la moyenne pour le reste de la période où ils sont restés en poste. Dans 15 cas, le rendement moyen des trois premières années est supérieur.

À titre d’exemple, Peter Lynch a obtenu un rendement moyen de 20,23 % les trois premières années qu’il a géré le fonds Magellan de Fidelity. Pour les 10 années suivantes, il a obtenu un rendement moyen de 10, 43 %. Dans son cas, la performance globale reste extraordinaire puisqu’il a obtenu un rendement cumulatif de 380,46 % pour toute la période où il a dirigé le fonds.

Dans un autre exemple, le gestionnaire Arnold Schneider III a obtenu un rendement moyen de 26,22 % pour ses trois premières années à la tête du fonds Schneider Small Cap Value. Mais pour les années subséquentes, il a obtenu un rendement de 7,13 %.

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