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Économie

Donald Trump nous mène-t-il tout droit vers la récession?

17 mai 2017 | La rédaction | Commenter

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Donald Trump (Photo : Gage Skidmore)

Donald Trump (Photo : Gage Skidmore)

Il pourrait encore s’écouler quelques années avant qu’une nouvelle récession ne frappe les États-Unis et, à sa suite, le reste de l’économie mondiale. Mais les politiques budgétaires et fiscales de Donald Trump risquent d’accélérer le processus, selon Desjardins.

Dans un Point de vue économique publié mardi, Hendrix Vachon affirme que la tentative du président américain de stimuler l’économie en réduisant drastiquement les impôts des sociétés et en augmentant les dépenses d’infrastructure présente certains inconvénients pour les États-Unis, qui représentent environ 16 % du produit intérieur brut mondial et 20 % des dépenses de consommation sur la planète.

« Le problème est que l’effet sur la croissance ne serait probablement que passager, laissant par la suite l’impression que l’économie ralentit, ce qui pourrait nuire à la confiance des consommateurs, des entreprises et des investisseurs » et avoir des répercussions dans plusieurs pays, écrit l’économiste du Mouvement.

L’ENDETTEMENT MONDIAL PLUS ÉLEVÉ QU’EN 2008

En outre, les mesures promises par Donald Trump augmenteraient le poids déjà élevé de la dette publique américaine, poursuit-il. Facteur aggravant, ce problème d’endettement public n’est pas uniquement concentré chez nos voisins du Sud, mais concerne « presque l’ensemble des pays avancés », tandis que dans les pays émergents, c’est l’endettement des entreprises qui a fortement progressé au cours des dernières années. Résultat, l’endettement mondial total est aujourd’hui plus élevé qu’en 2008, où l’on a fini par connaître la plus importante crise financière depuis le krach de 1929, souligne Hendrix Vachon.

L’économiste relève également que cette volonté de stimuler l’économie présente « un réel danger […] dans un contexte où le marché du travail est déjà plus serré aux États-Unis. […] Les salaires et l’inflation pourraient augmenter rapidement, forçant la Réserve fédérale à relever davantage ses taux d’intérêt directeurs. » Or, un retour vers une tendance haussière, même légère, « pourrait peser lourd sur les emprunteurs, dont les gouvernements qui ont accru fortement leur endettement dans les pays avancés ».

« Les investisseurs pourraient eux aussi être affectés », car « une remontée des taux obligataires impliquerait des pertes sur la valeur des obligations », tandis que « la course au rendement des dernières années pourrait également avoir faussé l’évaluation de certaines primes de risque », ajoute le spécialiste. Résultat : les mouvements de taux pourraient être plus prononcés pour les obligations risquées et des entreprises ayant eu recours au financement obligataire pourraient avoir de la difficulté à se refinancer.

LE PROTECTIONNISME EN JEU

À ce cocktail déjà explosif s’ajoutent « les visées protectionnistes » du président Trump qui, si elles se concrétisent, risquent de nuire à la prospérité de la première puissance mondiale, redoute Hendrix Vachon. « La multiplication des tarifs douaniers aux États-Unis aurait un effet néfaste sur les échanges commerciaux mondiaux et sur la croissance économique en général », juge-t-il. L’effet serait amplifié si d’autres pays décidaient de répliquer en instaurant leurs propres mesures protectionnistes. Dans ce cas, « malgré une croissance plus faible, l’inflation risquerait de demeurer élevée en réponse à l’augmentation des prix à l’importation et à la difficulté de trouver des substituts bon marché au niveau local », met en garde l’économiste.

Celui-ci souligne également que, le mois prochain, il y aura huit ans que l’économie américaine est sortie de sa dernière récession. Et considérant que les cycles économiques durent souvent entre six et 10 ans, il se demande s’il ne faut pas en craindre une autre bientôt. « Le temps seul n’est pas la meilleure variable pour prévoir les fins de cycle. En fait, les crises tendent plutôt à arriver de manière aléatoire à la suite de chocs souvent difficiles à prévoir. L’apparition de déséquilibres ou une mauvaise gestion des politiques budgétaire et monétaire peuvent aussi être une source de fluctuations économiques, mais, à court terme, il ne semble pas y avoir matière à trop s’inquiéter », répond-il.

« Les récessions peuvent être causées par une multitude de chocs surprises, explique-t-il. Un conflit armé majeur pourrait éclater et affecter le commerce mondial ainsi que la confiance. […] Parfois, ce sont les gouvernements qui causent la surprise, par exemple en modifiant subitement leurs politiques budgétaire et fiscale ou en votant des lois pouvant miner un pan important de l’économie. Des scandales ou des difficultés financières au sein d’entreprises d’envergure peuvent aussi accroître la volatilité des marchés et finalement pénaliser la croissance économique. Des mouvements subits des prix des ressources naturelles sont d’autres menaces potentielles. »

 « COMME AU JEU DE LA ROULETTE RUSSE »

Conclusion d’Hendrix Vachon : « Les cycles économiques n’ont pas une date de péremption prédéterminée […] et leur durée est en fait assez variée », mais « ils ne sont pas éternels ». « Comme au jeu de la roulette russe, on peut dire que le temps finit par jouer contre, alors que des déséquilibres peuvent s’accumuler et que des chocs menacent constamment de déstabiliser la situation », écrit-il.

« À l’horizon de 2020, le problème de l’endettement public risque de prendre de l’ampleur en raison de l’augmentation prévue des taux d’intérêt. Un essoufflement de l’économie est aussi prévu après que l’effet des mesures stimulatrices, qui devraient être appliquées aux États-Unis, se sera estompé. Nous ne pouvons pas non plus écarter la possibilité d’un plus grand protectionnisme américain. Cela est sans compter la possibilité que d’autres chocs imprévisibles s’ajoutent », avertit l’économiste.

Sur une note plus positive, il juge qu’« il serait tout de même étonnant qu’une prochaine fin de cycle soit aussi importante qu’en 2008-2009 », notamment parce que le système financier mondial et la situation des ménages aux États-Unis et dans d’autres pays sont plus solides qu’à l’époque.

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