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Économie

Les taux négatifs inquiètent de plus en plus

19 avril 2016 | La rédaction | Commenter

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pourcentage_fracture_crise_instable_425Bien que leurs conséquences demeurent mal connues, les taux d’intérêt négatifs ont la cote auprès de plusieurs banques centrales dans le monde. Cette tendance commence à inquiéter certains professionnels de la finance, rapporte Le Figaro.

«Un peu partout sur la planète, face à la faiblesse de la croissance économique, la réplique des banques centrales est la même : abaisser sans cesse les taux d’intérêt au point de les faire tomber en territoire négatif», relève le quotidien français.

C’est par exemple la voie qu’ont choisi la Banque centrale européenne (BCE), la Banque du Japon, ainsi que leurs homologues danoise, suédoise et suisse. Leur calcul : soumis à des taux d’intérêt à 0%, les consommateurs cesseront d’épargner pour dépenser et consommer davantage, ce qui relancera la machine économique.

RISQUE DE CONTRACTION DES DÉPENSES

Citant des données de l’agence Bloomberg, Le Figaro note que près de 75% des emprunts d’État japonais et allemands se négocient aujourd’hui à des taux situés sous zéro. Or, cette situation jusqu’alors «inédite» préoccupe un nombre croissant de dirigeants du secteur de la finance, à commencer par Larry Fink.

Dans sa dernière lettre aux actionnaires, le PDG de BlackRock, la plus importante société de gestion d’actifs du monde, écrit que cette politique d’argent bon marché a des effets néfastes pour les particuliers désireux d’épargner ou d’investir en vue de leur retraite.

En effet, s’ils veulent atteindre leurs objectifs financiers, ces derniers devront réduire leur consommation, déplore le dirigeant. Autrement dit, au lieu de faire repartir la croissance, la politique des taux négatifs risque plutôt de produire l’effet inverse et de d’aboutir à une contraction des dépenses des ménages.

VERS UN EFFONDREMENT DU PRIX DES ACTIFS?

Toutefois, cette analyse ne fait pas l’unanimité chez les économistes, observe Le Figaro. Le Fond monétaire international (FMI) est d’un tout autre avis. Il constate que les taux négatifs font, «dans la plupart des cas», baisser les coûts du financement pour les entreprises, entre autres.

Si l’on en croit l’institution, les banques profitent aussi de cette politique, qui leur permet d’accumuler des créances plus solides et qui génère une hausse des demandes de crédit.

Malgré tout, le FMI craint que les taux négatifs ne nuisent à l’assainissement du bilan des entreprises et qu’ils n’ouvrent la porte à un cycle «d’emballement et d’effondrement» du prix des actifs.

PÉRIL DE LA STABILITÉ FINANCIÈRE

Quant aux spécialistes de Pimco, le géant américain de la gestion de fonds, ils estiment même qu’à terme, les marchés financiers pourraient considérer «ces expérimentations comme des tentatives désespérées de relance, susceptibles de mettre en péril la stabilité financière et économique», ajoute Le Figaro.

Selon eux, les taux négatifs contribuent largement à la volatilité actuelle sur les grandes places financières, sans compter que «les marges d’intérêt des banques reculent, ce qui les incite à répercuter ces coûts sur les ménages et les entreprises». Cela risque «de limiter le crédit et d’augmenter les taux des emprunts et, finalement, d’entraver la croissance».

Les taux d’intérêt à 0% liés à la montée de l’extrême droite?

C’est en tout cas, ce que pense le ministre des Finances allemand, qui dresse un parallèle entre la percée de l’extrême droite dans son pays et le fait que les comptes d’épargne des Allemands ne leur rapportent plus rien, rapporte Trends-Tendances.

La semaine dernière, Wolfgang Schäuble a même carrément accusé le patron de la BCE, Mario Draghi, d’être responsable de ce phénomène.

«ÉPARGNE VOLÉE»

«Le lien est clair, écrit Trends-Tendances : avec des taux d’intérêt fixés artificiellement à 0%, la population allemande a l’impression qu’on lui vole le fruit de son épargne. Comme elle est assez âgée, ce sont d’abord les retraités qui s’en plaignent le plus. Ils ne peuvent pas vivre uniquement de leur pension et ont besoin d’un complément de revenus qu’ils n’arrivent plus à avoir avec des taux négatifs.»

Les Allemands «sont furieux, car ils estiment que cette politique des taux d’intérêt à 0% incite les pays « fainéants » à ne rien faire pour redresser leurs comptes nationaux».

D’où la forte progression de l’extrême droite, «qui a beau jeu d’expliquer aux ménages modestes et aux retraités allemands que leur malheur est dû aux autres pays cancres de la zone euro», conclut Trends-Tendances.

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