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Lever le voile sur le shadow banking

15 octobre 2015 | Emmanuelle Gril | Commenter

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Avec des actifs évalués à 80 trillions de dollars à la fin de 2014, soit le quart des actifs financiers mondiaux, et plus de la moitié des actifs bancaires, le shadow banking a de quoi inquiéter. Un livre lève le voile sur cette finance de l’ombre.

Le shadow banking (SB) demeure un phénomène méconnu. Pourtant, il se développe à un rythme d’environ 4 à 5 trillions de dollars par an. On estime que les États-Unis, la zone euro et le Royaume-Uni détiennent à eux seuls les trois quarts des actifs relevant du SB, mais c’est du côté des pays émergents et du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) que sa croissance est la plus forte.

L’ouvrage Le shadow banking est le premier à analyser de façon globale la finance parallèle. Conseiller s’est entretenu avec l’un des auteurs, Jean-Jacques Pluchart, professeur à l’Université Paris I-Panthéon-Sorbonne.

Conseiller : Qu’est-ce que le shadow banking?

Jean-Jacques Pluchart : Il n’y a pas de réponse simple à cette question, car ses contours demeurent flous. On peut toutefois avancer la définition du Fonds monétaire international, selon laquelle il regrouperait « des entités exerçant des activités d’intermédiation financière insuffisamment réglementées, non couvertes par des garanties publiques, ne pouvant recevoir de dépôts des épargnants et devant se financer directement sur les marchés financiers ou par divers autres canaux ». Les circuits du SB bénéficient généralement de systèmes de taxation et de contrôle différents de ceux de la banque traditionnelle et des marchés financiers classiques, ce qui les rend à la fois attractifs, mais dangereux.

Concrètement, on y retrouve les banques d’investissement ou credit investment funds (fonds communs, de pension, d’assurance vie, etc.), les fonds négociés en Bourse, les fonds de placement monétaires, les fonds alternatifs ou spéculatifs, les fonds de capital-investissement, les sociétés de garantie de crédit, les trusts de gestion d’actifs, notamment immobiliers.

À cela on pourrait ajouter des entités relevant du « quasi-banking » comme les établissements de microcrédit, les sites de crowdfunding et les sociétés d’affacturage.

C : Quels dangers représente le shadow banking?

J-J P : Le risque systémique est le plus préoccupant, parce qu’une crise du SB pourrait se propager au secteur bancaire traditionnel et à l’ensemble de l’économie. Car derrière le SB, on retrouve souvent des banques ou des filiales de banques. Le fait que les compagnies d’assurances détiennent une part importante d’actifs non régulés relevant du SB est aussi inquiétant.

C : Est-ce que le temps est venu de réglementer le shadow banking?

J-J P : Cela ne sera pas simple, car c’est la surréglementation du crédit bancaire classique qui a fini par encourager le développement du SB pour contourner des règles trop rigides. On pourrait toutefois envisager des mesures préventives obligeant les banques à consolider leurs encours et à les réintégrer dans leurs bilans. Cela pourrait bien fonctionner en Europe, aux États-Unis et au Japon. C’est malheureusement moins vrai dans les pays émergents, où le SB constitue un nouveau levier de financement des économies, car il possède une plus grande souplesse que le crédit bancaire classique. Les activités de SB pourraient donc perdurer dans les pays émergents, et avec la mondialisation des marchés, il sera difficile de prévenir tout risque de contamination…

La tâche de réglementation sera donc complexe, c’est pourquoi dans notre ouvrage, nous recommandons d’opter plutôt pour des mesures de régulation indirecte des instruments financiers, des règles simples permettant une certaine flexibilité.

C : Qu’est-ce qui caractérise le SB dans les pays émergents?

J-J P : Les gouvernements de certains BRIC, de dragons asiatiques et de plateformes régionales comme Hong-Kong, Singapour ou Dubaï, s’efforcent d’attirer les capitaux des fonds locaux et internationaux – notamment des particuliers fortunés – par des produits dérivés présentant de hauts rendements-risques. Ils encouragent aussi le développement de groupes financiers spécialisés dans les fonds repos (sale and repurchase agreement ou « mise en pension »), le crédit immobilier, les créances commerciales, les fonds de pension et d’assurances, les instruments de couvertures de risques en capital, etc.

C : Le shadow banking ne présente-t-il pas malgré tout quelques avantages?

J-J P : Le SB est une soupape et il a même évité que l’ensemble du réseau bancaire ne s’effondre après la crise de 2007-2008, en compensant le retranchement et la déprime du système bancaire réglementé. Il répond aussi aux besoins de certains investisseurs qui recherchent de hauts rendements, alors qu’il permet à d’autres d’obtenir du crédit même s’ils n’ont pas de garanties à offrir. Il peut aussi aider des entreprises en démarrage à se procurer du capital de risque. Mais n’oublions pas qu’il s’agit de produits marginaux comportant des risques encore mal maîtrisés.

Le shadow banking – Qu’est-ce que la finance parallèle ? Quel est son rôle ? Comment la réguler ? Collectif, Éditions Eyrolles, 2015, 221 p. 


 
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